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Lequotidiendumedecin.fr : Primaire à gauche : pleins feux sur la santé, la protection sociale et les mutuelles !

il y a 3 semaines, par infosecusanté

Primaire à gauche : pleins feux sur la santé, la protection sociale et les mutuelles !

Anne Bayle-Iniguez

20.01.2017

Jeudi soir, la première demi-heure du troisième débat de la primaire à gauche a montré à quel point la santé et la protection sociale sont – enfin – des questions capitales dans la course à la présidentielle.

À une heure de très grande écoute, les sept candidats de cette primaire, dont le premier tour à lieu dimanche, ont attaqué bille en tête sur le périmètre de la Sécurité sociale et la place des complémentaires dans le système de santé, déroulant leur programme en la matière, et pilonnant volontiers celui de François Fillon.

Frais de gestion

Les concurrents ont été interrogés sur l’idée d’une « assurance-maladie universelle » (défendue par le patron de l’AP-HP Martin Hirsch dans une récente tribune cosignée avec l’économiste Didier Tabuteau dans le journal « le Monde ») et d’un remboursement à 100 % pour les soins dentaires, d’optique et d’audioprothèses.

Refusant de défendre des mesures trop radicales à ses yeux, mais partisan d’une complémentaire santé publique, Vincent Peillon a souhaité que lunettes, soins dentaires et prothétiques soient « de mieux en mieux remboursés ». Il a préféré orienter le débat sur la médecine libérale et sur la nécessité d’« agir » pour améliorer l’accès aux soins primaires par des dispositifs incitatifs (avantages sociaux et fiscaux) en faveur des 20 000 médecins libéraux remplaçants. L’hôpital ? « Donnons-lui de l’air ! », a-t-il assuré une nouvelle fois.

Plus prolixe, Arnaud Montebourg a défendu sa mutuelle publique à 10 euros, qui constitue selon lui un « effort pour rendre l’assurance-maladie universelle ». Alors que les complémentaires santé sont régulièrement égratignées pour leurs frais de fonctionnement, cette mutuelle à 10 euros aurait comme avantage d’avoir des coûts de gestion de 4 % seulement, promet Arnaud Montebourg. « Dans les monts-de-piété, on voit des personnes qui viennent mettre en gage de quoi financer une prothèse auditive », a-t-il encore argumenté.

De Rugy tacle Hirsch

Sur la même thématique, François de Rugy a raillé le principe d’assurance-maladie universelle, disant ne pas savoir pourquoi Martin Hirsch, pour qui « ça ne doit pas être facile » en ce moment à l’AP-HP, « a eu une idée pareille ». « Cela coûterait 42 milliards d’euros en plus à trouver pour l’assurance-maladie ! », a-t-il lancé. Militant pour le maintien d’un système de prise en charge mixte, François de Rugy a réclamé un plus grand champ d’investissement pour les mutuelles « à but non lucratif ».

Les propositions de Manuel Valls sont sans doute celles les plus à même de braquer le corps médical libéral. L’ancien Premier ministre a jugé que la médecine libérale ne joue « plus tout à fait son rôle » dans les zones rurales et les quartiers difficiles, assumant une politique d’installation plus volontariste. Concernant les dépassements d’honoraires, « il faudra engager des discussions avec les médecins », a-t-il nuancé. Sous sa présidence, le numerus clausus sera par contre bien « supprimé ». Quant au financement de la Sécu, Manuel Valls a ménagé la chèvre et le chou, disant vouloir « conforter » l’assurance-maladie tout en rappelant le lien historique entre la gauche et « le mouvement mutualiste à but non lucratif ».

Benoît Hamon a de son côté défendu sa proposition sur le déconventionnement des médecins en zones surdotée. Droit dans ses bottes, l’ancien ministre de l’Éducation de François Hollande a rappelé que la suppression de la liberté d’installation était déjà une réalité pour les masseurs-kinésithérapeutes et d’autres professions de santé. « Ça peut être parfaitement applicable aux médecins ! » Benoît Hamon a orienté les discussions sur le coût des médicaments innovants (citant notamment l’hépatite C). « Si nous ne parvenons pas à négocier les prix, il faudra avoir recours à la licence d’office, qui permet l’utilisation immédiate de génériques », a-t-il explicité.

La santé publique esquissée

Sylvia Pinel a elle aussi présenté les points forts de son programme santé, encourageant la lutte contre le gaspillage sanitaire et médical, défendant la vente de médicaments à l’unité et un effort accru sur les génériques. « Il faut faire un chemin d’économies important sans que cela soit au détriment de soins de qualité », a-t-elle prôné. Pour elle, le grand soir de l’assurance-maladie n’est pas pour aujourd’hui : « Je crois au système de protection que nous avons. »

Sur la même ligne, Jean-Luc Bennahmias a indiqué « ne pas être dérangé » par les mutuelles. Le candidat a rappelé sa volonté d’« aider » les professionnels de santé à monter des maisons de santé dans les régions rurales et des dispensaires « pour les petites maladies » dans les quartiers en difficulté.

Alors que le débat semblait clos, les candidats n’ont pas pu s’empêcher, à l’instar de Manuel Valls, de faire durer le plaisir en évoquant le volet santé publique de leur projet. Benoît Hamon, François de Rugy et Vincent Peillon ont mis l’accent sur la santé environnementale et la lutte contre les perturbateurs endocriniens. « Ça fait 30 ans que les écolos défendent ce débat », a observé Jean-Luc Bennahmias.

Source : Lequotidiendumedecin.fr