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il y a 1 semaine, par infosecusanté

Tiers payant : après la virevolte de Buzyn, les médecins ne savent plus sur quel pied danser

Christophe Gattuso

12.07.2017

Tiers payant : après la virevolte de Buzyn, les médecins ne savent plus sur quel pied danser

Le TPG est-il encore à l’ordre du jour ? Agnès Buzyn a semé le trouble dans la profession en tenant deux discours sensiblement différents, depuis une semaine, sur l’avenir de la réforme du tiers payant généralisé.

Dans nos colonnes, la ministre de la Santé a annoncé mercredi 5 juillet le lancement d’une enquête IGAS sur la faisabilité technique. « Soyons clairs : mon objectif serait d’éviter l’obligation de tiers payant généralisé. J’ai horreur des obligations, déclarait-elle. [...] Je ne souhaite pas mettre en œuvre une telle réforme contre l’adhésion des professionnels qui seraient chargés de l’appliquer. »

Quelques jours plus tard, la ministre infléchissait son propos, soulignant que l’extension de la dispense d’avance de frais ne serait pas enterrée, bien au contraire. « C’est vraiment une question d’équité et d’accès aux soins puisque beaucoup de Français renoncent à aller se faire soigner parce qu’ils ne veulent pas avancer l’argent chez un médecin, c’est donc impératif d’aller vers un tiers payant généralisé », affirmait mardi Agnès Buzyn sur France Inter.

Valse-hésitation

Les médecins y perdent leur latin. « Dans son programme, Emmanuel Macron parlait non pas de tiers payant généralisé mais bien de tiers payant "généralisable", ce que tout le monde a traduit comme possible mais non obligatoire, observe la CSMF du Dr Jean-Paul Ortiz. Finalement, quelle politique va être suivie ? »

Même si la loi ne prévoit aucune sanction à l’encontre des praticiens qui refuseraient d’appliquer le tiers payant généralisé, les médecins libéraux continuent de réclamer la suppression de toute obligation. La CSMF réaffirme son soutien à un tiers payant social pour les populations défavorisées (CMU, CMU-C, ACS) mais son hostilité déterminée à un tiers payant « pour tout le monde et pour tout ».

Pas en reste, la Fédération des médecins de France (FMF) souligne à nouveau son rejet du tiers payant généralisé « qui va rajouter du temps administratif aux médecins et grignoter encore sur leur temps de soin, tout en les rendant dépendants des caisses payeuses en termes de rémunération ».

Le changement de pied d’Agnès Buzyn interpelle aussi le Dr Jérôme Marty. Le président de l’Union française pour une médecine libre (UFML) a publié une vidéo pour demander, comme pour les vaccins obligatoires, une… « clause d’exemption » pour les médecins qui refuseraient d’appliquer le tiers payant.

Le flou et la peur d’être floués

Sur notre site, nombre de praticiens expriment leur ras-le-bol. « Au moins c’est très clair désormais, à gouvernement faux-cul, promesses électorales hypocrites. Le flou artistique avant les élections, le coup de bâton après », écrit un internaute. « Voilà la première (et sûrement pas la dernière) des promesses présidentielles qui ne seront pas tenues », ajoute un autre médecin amer.

Pour certains, la position ambiguë de la ministre de la Santé ne laisse pas de place au doute. « Les politiques se dirigent tout droit vers un conflit dur avec les médecins, sûrement avec les syndicats, mais aussi avec les médecins de base, ceux qui font des actes en pagaille et à qui on demande environ 10 fois par jour s’ils prennent des nouveaux patients », commente Dominique P.

Décision à l’automne

Une association de professionnels de santé salue au contraire la décision d’Agnès Buzyn. « Le maintien de la généralisation du tiers payant généralisé est une mesure nécessaire pour renforcer l’accès aux soins », affirme « Soins coordonnés », présidée par le Dr Martial Olivier-Koehret, ex-patron de MG France. Il réclame cependant des garanties de paiement pour la part complémentaire.

La question d’aménagements éventuels à la loi de santé ne sera prise qu’en « septembre ou octobre » après le rapport de l’IGAS, a confié Agnès Buzyn au « Quotidien » . En attendant, la loi Touraine prévoit toujours que le tiers payant sera un droit pour tous les patients (sur la part obligatoire) à compter du 30 novembre 2017.