Le droit à la santé

Les Echos - Low cost : le vrai coût des soins dentaires

Avril 2016, par Info santé sécu social

Low cost : le vrai coût des soins dentaires

Solveig Godeluck

Les difficultés d’accès aux soins forcent les patients à se débrouiller.

Dans le centre Dentexia de Vaulx-en-Velin, 9 patients sur 10 bénéficiaient de la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C). « Pour les centres dentaires low cost, vous êtes un bon client si vous êtes titulaire de la CMU, car la Sécurité sociale rembourse intégralement les soins », assure Abdel Aouacheria, du Collectif contre Dentexia. De nombreux patients modestes ont été appâtés par ces établissements dotés de beaux plateaux techniques, et ayant pris un statut rassurant d’association loi 1901 à but non lucratif. Sauf que ces associations sont adossées à des sociétés commerciales, avec un seul et même gérant, qui vendent des prestations de management aux associations - pour faire remonter les bénéfices. Elles n’ont donc rien de « social ».

Un modèle économique bien particulier

Les tarifs sont certes bien plus bas que dans les cabinets libéraux : pour Abdel Aouacheria, l’addition s’est élevée à 13.400 euros, contre un devis initial de 19.000 euros. Mais cela correspond à un modèle économique pas forcément assumé par les pouvoirs publics. En effet, on ne soigne pas tout le monde dans les centres low cost. Certains n’acceptent pas les enfants - trop long, trop compliqué. La plupart refusent de faire un simple détartrage ou de soigner une carie. Pourquoi ? Ces « soins conservateurs » mobilisent les deux tiers du temps des dentistes libéraux, mais ne rapportent que le tiers de leurs honoraires. Les professionnels réclament depuis longtemps une revalorisation de la prévention, en échange d’une modération du prix des prothèses.

Au-delà de cette dispute, c’est le désengagement de l’assurance-maladie qui rend les patients vulnérables et qui favorise le low cost en santé. Le reste à charge des ménages sur les soins prothétiques s’élève à 27 % du débours, et même à 50 % pour les bénéficiaires de l’aide à la complémentaire santé (qui choisissent généralement des contrats d’entrée de gamme). Face à ces tarifs, certains patients renoncent à se faire soigner. D’autres prennent un billet pour la Hongrie, la Roumanie ou l’Espagne, où des cliniques dentaires cassent les prix. Dentexia proposait d’emblée de souscrire un crédit bancaire. Alors on peut certes incriminer les ARS, qui depuis 2009 ont donné des agréments à des établissements sans y regarder de trop près et qui ne contrôlent pas grand-chose par la suite. Mais, même si l’on resserre la vis, cela ne réglera pas le problème de fond de l’accès aux soins dentaires.

S. G., Les Echos