Europe

Les Echos - Vers la fin des chirurgiens ?

il y a 2 semaines, par Info santé sécu social

LE CERCLE/POINT DE VUE - Le Royaume-Uni veut encourager certains infirmiers à opérer seuls. Les chirurgiens, délestés des actes médicaux simples, peuvent ainsi se concentrer sur les cas les plus complexes. La France doit suivre cet exemple.

Le National Health Service anglais (NHS) va promouvoir les surgical care practitioners (SCP), ces personnels infirmiers qui pouvaient déjà opérer sous le contrôle d’un chirurgien, mais en les autorisant cette fois à devenir autonomes et responsables de leurs actes. Un pas de plus vers ce partage indispensable des actes médicaux que la France refuse de mettre en place sous la pression de lobbies divers et d’une administration tétanisée par la précaution.

Bouleversement du sacro-saint ordre médical sous une double pression : celle de la facilitation qu’offrent les progrès techniques conçus par les chercheurs et diffusés par les industriels des matériels et celle des contraintes économiques, sachant que le système de santé n’est pas un sanctuaire hors du monde marchand.

Le sens de l’histoire

Médicalement, la qualité des résultats obtenus par les surgical car practitioners a été évaluée identique à celle des chirurgiens. Economiquement, leur coût est inférieur en termes de revenus nets, 50.000 livres contre 150.000 en moyenne pour un chirurgien à Londres. L’avenir est bien au transfert d’un nombre important d’actes relativement simples à réaliser afin de réserver aux chirurgiens le rôle de décision et d’action dans les cas complexes.

«  La poussée irrésistible de l’intelligence artificielle [...] nous oblige à repenser la totalité des métiers dévolus aux soins et leur articulation.  »

La poussée irrésistible de l’intelligence artificielle dans sa composante diagnostique effectuée par l’ordinateur, comme dans sa composante thérapeutique avec le développement de la robotique, nous oblige à repenser la totalité des métiers dévolus aux soins et leur articulation. Alors que nous traitons les maladies à un stade de plus en plus précoce nécessitant des actes opératoires moins lourds et moins longs, la place de ces praticiens chirurgicaux non-médecin est donc toute trouvée.

Chirurgiens « low cost » ?

Les résistances à cette promotion sont féroces aussi bien de la part de mes collègues chirurgiens que des malades qui hurleront au scandale d’une chirurgie « low cost » pour les pauvres quand les riches pourront toujours se payer un chirurgien pour retirer un petit lipome du dos ! Tous se trompent, car il ne s’agit pas de réduire la sécurité et la fiabilité des actes opératoire, mais de les optimiser en créant ce corps de professionnels dédiés à des actes fréquents, programmés et assez simples à effectuer.

Trois conditions sont nécessaires pour réussir cette mutation : créer les centres de formation initiale et continue de ces nouveaux experts ; reconnaître leur responsabilité juridique pleine et entière ; les adjoindre aux équipes chirurgicales dans lesquels ils s’épanouiront.

La fin du « tout docteur »

Conséquence immédiate : les responsables politiques en charge de la santé doivent intégrer dès aujourd’hui dans leurs réflexions prospectives cette transformation. D’abord en finir avec la division artificielle et stigmatisante entre personnels dits « médicaux » et « paramédicaux ». Cela suppose de considérer que tous les personnels soignants sont médicaux à responsabilités variables.

Ensuite, en n’augmentant surtout pas le numerus clausus à l’entrée en faculté de médecine sous peine de nous retrouver avec une armée de médecins et chirurgiens chômeurs dans quinze ans, tant les évolutions technoscientifiques modifieront de fond en comble les métiers.

Enfin faire comprendre aux malades et à leur entourage que l’avenir de la médecine et de leur santé ne passera plus uniquement par le seul docteur, mais bien par la collaboration des divers professionnels entre eux, utilisant les moyens les plus innovants de la computation pour répondre efficacement et avec bienveillance à leur détresse et à leurs souffrances.

Guy Vallancien est membre de l’Académie nationale de médecine