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Libération - Droit à l’IVG : pourquoi les Polonaises manifestent de nouveau ?

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Par Juliette Deborde — 24 octobre 2016 à 19:24

Un projet de loi visant à interdire totalement l’avortement a été rejeté au début du mois, mais les conservateurs au pouvoir envisagent de préparer un nouveau texte tout aussi restrictif.

Les Polonaises battent de nouveau le pavé. Des milliers de femmes ont défilé vêtues de noir dimanche et lundi dans plusieurs villes de Pologne pour faire entendre leur voix. Début octobre, le Parlement avait rejeté une proposition de loi interdisant pratiquement complètement l’interruption volontaire de grossesse (IVG), après des mobilisations massives de femmes. Mais le parti au pouvoir n’a pas dit son dernier mot.

L’accès à l’IVG pourrait-il encore être restreint ?

Le 6 octobre, le parti conservateur au pouvoir en Pologne, Droit et justice (PiS), avait renoncé à durcir encore la loi sur l’IVG, déjà l’une des plus restrictives d’Europe. Les députés polonais avaient rejeté, à une large majorité (352 contre, 58 pour, 18 abstentions) un projet de loi d’initiative citoyenne, trois jours après une mobilisation sans précédent des femmes. Pour beaucoup d’observateurs, les parlementaires ont surtout cédé à la pression de l’Église, opposée à la pénalisation des femmes. Le texte, en l’état, a été écarté. Mais une nouvelle version pourrait être mise sur la table, cette fois à l’initiative du gouvernement.

Plusieurs responsables politiques ont en effet fait part de leur intention d’introduire des restrictions à la loi actuelle, qui n’autorise l’avortement que dans trois cas (risque pour la vie ou la santé de la mère, pathologie irréversible de l’embryon et grossesse résultant d’un viol ou d’un inceste). Le leader du PiS Jaroslaw Kaczynski ainsi déclaré récemment qu’il présenterait un nouveau projet de loi pour « la protection de la vie », afin que toutes les grossesses soient menées à terme, même dans le cas où le fœtus n’a aucune chance de survie. « Nous nous efforcerons de faire en sorte que même les cas de grossesse très difficiles, lorsque l’enfant est condamné à mort, avec de fortes malformations, s’achèvent par une naissance pour que cet enfant puisse être baptisé, inhumé et possède un prénom », a-t-il ainsi fait savoir dans un entretien à l’agence de presse polonaise PAP. Ce texte pourrait être « pire » que celui du collectif Stop avortement rejeté le 6 octobre à l’Assemblée, juge sur Facebook le mouvement à l’origine de la nouvelle mobilisation de ce lundi.

Le droit à l’IVG est-il la seule revendication des Polonaises ?

Au-delà du droit à disposer de leur corps, les manifestantes protestent ces jours-ci plus généralement contre le climat de la société polonaise, jugée machiste. Les organisatrices des mobilisations de dimanche et lundi dénoncent notamment trois points, détaille la page Facebook de la mobilisation : le mépris et la violence à l’égard des femmes, notamment de la part de la classe politique, l’ingérence croissante de l’Eglise catholique dans la politique et un système éducatif trop politisé. Une pétition pour protester contre la haine et le mépris contre les femmes, destinée au gouvernement et aux députés a d’ailleurs été lancée.

« Le climat général autour des manifestations de femmes est très dur, explique par mail à Libération Weronika Grzebalska, chercheuse à l’Académie polonaise des sciences. Les politiciens d’extrême droite, les militants anti-choix et les internautes utilisent quotidiennement un discours haineux contre les femmes, qualifiant les pro-choix de "putes", d’"égoïstes", de "meurtrières" ». Une partie des responsables politiques avait ainsi tourné en dérision la journée de mobilisation du 3 octobre, le ministère des Affaires étrangères la qualifiant de « farce », tandis que la télévision publique assimilait les manifestantes à des « provocatrices ».

Les femmes sont-elles toujours mobilisées ?

Plusieurs centaines de milliers de femmes avaient défilé à travers le pays le 3 octobre. Les dernières manifestations ont été beaucoup plus modestes : celle de dimanche, organisée devant le Parlement à Varsovie a ressemblé 3000 à 4000 personnes, selon les organisatrices, contactées par Libération. « Nous en avons assez ! », « nous ne plions pas nos parapluies », ont notamment scandé les manifestantes dimanche, en référence à l’objet brandi lors de la mobilisation du 3 octobre, rapporte Associated Press. Des rassemblements ont également été organisés ailleurs dans le pays. Lundi, des échauffourées avec des partisans des conservateurs au pouvoir ont eu lieu dans la capitale, selon des photos publiées sur Twitter.