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Libération - Logement. L’exécutif reste sourd aux APL à l’aide

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Pour équilibrer les comptes en 2017, le gouvernement a décidé de diminuer les aides au logement de 5 euros par mois à partir d’octobre. La mesure, qui touchera 5,8 millions de foyers, principalement les plus modestes, fait polémique.

Trend de crises pour Emmanuel Macron. Après les armées, encore sous le choc de l’humiliation infligée à leur ex-chef d’état-major, Pierre de Villiers, c’est au tour des représentants du petit peuple de monter à l’assaut de l’exécutif. A l’origine de la flambée de colère, la nouvelle trouvaille de Bercy pour dégager quelque 100 millions d’économies (sur un total de 4 milliards) : une baisse de l’aide personnalisée au logement (APL) de 5 euros par mois pour tous les bénéficiaires, dès le 1er octobre. « On répond à une urgence », a justifié lundi le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner. « Il manque 150 millions d’euros dans le budget ». Mais c’est, du même coup, mettre sous le boisseau la promesse du Président de ne « laisser personne au bord de la route » et sa préoccupation « des plus fragiles ». D’autant que cette annonce vient en télescoper une autre, tout aussi symbolique : la décision de Macron de mettre au menu du budget de l’automne « sa » refonte de l’impôt de solidarité sur la fortune très coûteuse pour les deniers publics (de 3 milliards à 4 milliards d’euros par an).

« Aveugle »

Sans surprise la polémique enfle. « Voir annoncer une baisse des aides au logement qui ciblent vraiment les ménages les plus modestes, les plus pauvres, nous semble être un signe assez préoccupant », s’insurge Christophe Robert, délégué général de la fondation Abbé-Pierre, qui réclame une rencontre rapide avec l’Elysée. Cette réaction ajoutée à celles tout aussi acerbes d’ATD Quart-Monde, des syndicats étudiants Unef et Fage, mais aussi de la CGT et de la CFDT a brutalement sorti l’opposition de sa torpeur. « Inique », tempête le patron socialiste du groupe Nouvelle Gauche à l’Assemblée, Olivier Faure, qui accuse le gouvernement de faire « les poches de ceux qui ne peuvent pas se défendre ». L’ancien grand patron aujourd’hui à la tête de la Fédération des acteurs de la solidarité (Fnars), Louis Gallois, n’est pas en reste, dénonçant dans le Monde une mesure « aveugle » et qui « frappe les plus pauvres ».

De son côté, le président UDI du conseil régional de Normandie, Hervé Morin, s’inquiète du retour de la « mécanique du coup de rabot » : « On a le sentiment que la gangue technocratique a déjà repris le dessus. » Quant au sénateur maire FN, David Rachline, il saisit là l’occasion de renvoyer Hollande et Macron dos à dos, tous deux soumis aux « exigences de Bruxelles ».

« Du techno »

Même les plus chauds partisans de Macron rament. « Une telle polémique pour 5 euros, c’est déraisonnable, confie le sénateur François Patriat, compagnon de la première heure du candidat En marche. Mais je comprends que le signal soit reçu de manière négative par l’opinion publique. » Le patron du groupe SOS, Jean-Marc Borello, ami du Président et membre fondateur du mouvement macronien, tente, lui, d’élargir la focale : « La baisse de 5 euros des APL, c’est du techno pour boucler le budget 2017, je conçois que ça fasse réagir. Pour sortir par le haut, il faut remettre à plat l’ensemble des aides au logement dont on sait qu’elles sont absorbées à hauteur de 80 % par l’augmentation des loyers. » Telle réforme est d’ailleurs dans les tuyaux, le gouvernement préparant un projet de loi sur le logement pour l’automne.

Interrogé sur ses intentions, l’Elysée renvoie la patate chaude à Matignon. Qui tient le cap. « On sait bien que ce n’est pas populaire, mais on a notre conscience pour nous », indique l’entourage d’Edouard Philippe. Qui ajoute : « Une mesure sociale non financée n’est pas une mesure sociale. » Un membre du gouvernement soupire : « Cette baisse de 5 euros des APL pour tous, c’était déjà un arbitrage favorable au regard des autres scénarios proposés par Bercy… » En clair, un moindre mal. A moins que… Et la présidente LR d’Ile-de-France, Valérie Pécresse, de rappeler : « Sous Sarkozy, François Baroin, alors au Budget, avait mis les APL sous condition de ressources. On a tenu deux semaines. »
Nathalie Raulin