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Nouvel internat : les généralistes enseignants redoutent une catastrophe démographique

il y a 5 mois, par infosecusanté

Nouvel internat : les généralistes enseignants redoutent une catastrophe démographique

Christophe Gattuso

| 20.03.2017

Le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) s’alarme à son tour du projet de réforme du 3e cycle. Alors que les arbitrages doivent être rendus prochainement sur les maquettes des diplômes d’études spécialisées (DES), les universitaires de médecine générale redoutent deux changements de dernière minute susceptibles, selon eux, de détourner les futurs internes de leur spécialité.

Selon le CNGE, un projet d’arrêté prévoit que le futur DES de médecine générale, maintenu à trois ans et non porté à 4 ans comme le réclament les enseignants, ne comprendra plus un stage en santé de l’enfant et un stage en santé de la femme comme initialement prévu. Les étudiants devraient suivre l’un ou l’autre de ces stages et auraient le choix d’un stage libre « même s’il n’a pas de rapport avec la médecine générale ».

Plus grave encore aux yeux du CNGE, les internes de médecine générale pourraient accéder à toutes les formations spécifiques transversales (FST) possibles, « formations complémentaires sans rapport avec leur spécialité ».

Enseignants exaspérés

Ces évolutions – soutenues par les internes – mécontentent le CNGE car la réforme du troisième cycle avait été justement conçue pour éviter de détourner les futurs généralistes de leur cursus.

À ce titre, la médecine d’urgence et la gériatrie, auparavant des DESC accessibles aux généralistes, vont devenir des spécialités à part entière à la rentrée. Les généralistes enseignants ont accepté que la proportion d’internes en médecine générale soit revue à la baisse (de 49 % à 39 % d’une promotion) car ils avaient la garantie que ces internes exerceraient bien à terme cette spécialité. Ils se sentent aujourd’hui floués. « En ouvrant l’accès à toutes les FST, on donne le signal aux internes de médecine générale qu’ils pourront faire autre chose, confie au "Quotidien" le Pr Vincent Renard, président du CNGE. On ne va pas résoudre le problème démographique de notre discipline, on va l’aggraver ! »

Selon le patron des généralistes enseignants, le gouvernement trahit l’esprit de la réforme et casse l’identification de la discipline de médecine générale. « Il ne faudra pas compter sur nous pour mettre en place cette réforme », clame le Pr Renard, qui demande aux ministères concernés (Santé, Enseignement supérieur) de revenir sur ces changements.

Lettre à Touraine

Dans ce contexte, 65 généralistes enseignants, des professeurs et l’ensemble des directeurs des départements de médecine générale ont cosigné une lettre à l’attention de Marisol Touraine dans laquelle ils expriment leur exaspération et la crainte d’une « catastrophe » pour la formation et la démographie médicale.

« Nous ferons tout pour sauvegarder la médecine générale et la formation de jeunes professionnels destinés à s’installer dans les territoires, écrivent-ils. Tous les universitaires de médecine générale de toutes les facultés de France sont prêts à s’opposer à une telle réforme, à la dénoncer publiquement, et à ne rien faire pour l’appliquer lors de la rentrée prochaine. »