Luttes et mobilisations

Paris Normandie.fr : Près de Rouen, la situation des grévistes de l’hôpital du Rouvray pousse les élus locaux à réagir

il y a 1 semaine, par infosecusanté

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Près de Rouen, la situation des grévistes de l’hôpital du Rouvray pousse les élus locaux à réagir

Christophe HUBARD

Publié 05/06/2018

Rouvray. La situation des grévistes de la faim a fini par déclencher quelques réactions, pas toujours adroites, parmi les élus locaux. Pendant ce temps, la lutte continue à l’hôpital.

Depuis le début de la grève illimitée, le 22 mars, et de la grève de la faim, deux mois plus tard, les salariés de l’hôpital psychiatrique du Rouvray additionnent leurs soutiens mais ne comptent pas sur celui de tous les élus. Logiquement, ils ont vu défiler quelques personnalités nationales de gauche (Benoît Hamon, Philippe Poutou, David Cormand...). Mais localement, certains élus ont brillé par leur silence, souvent entendu d’avance, certes, néanmoins dommageable

Hier matin, peut-être à la lecture de votre quotidien qui l’interpellait à ce sujet, Frédéric Sanchez, président de la Métropole Rouen Normandie, a pris position pour la première fois, sur le réseau social Twitter. « L’hospitalisation des grévistes de la faim du #Rouvray est très préoccupante », écrit-il, avant de soutenir la tentative de médiation de la préfète de Normandie et de Seine-Maritime.

Plus tard dans la journée, le président de la Métropole annoncera, par le biais d’un communiqué de presse, avoir rencontré plusieurs représentants de l’intersyndicale.
Dans la rubrique « je-soutiens-du-bout-des-lèvres », Laurent Bonnaterre, maire PS de Caudebec-lès-Elbeuf, a trouvé une place de choix hier en « likant » le message du président de la Métropole. L’élu habitué sur Twitter à dégainer le premier sur tous les sujets concernant l’agglo n’avait, avant ce mardi, rien trouvé à dire sur le Rouvray.

En Marche arrière

Tout aussi policée, la lettre du maire de Sotteville-lès-Rouen, Luce Pane (PS) (dont Frédéric Sanchez était le suppléant dans la précédente mandature parlementaire), envoyée lundi au Premier ministre. Appelant de ses vœux « une médiation préfectorale », elle s’attire surtout les foudres des grévistes, en choisissant ces mots : « Les conditions du dialogue nécessaire à la sortie de crise ne semblent pas réunies aujourd’hui, malgré le sérieux et le professionnalisme de la direction de l’établissement ».

Les députés LREM étaient plus que discrets jusque-là. Notre rédaction a reçu un coup de fil, hier matin, d’un attaché parlementaire d’Annie Vidal, députée de la 2e circonscription de Seine-Maritime. « Un communiqué de presse va tomber », nous fait-on savoir. Piqués au vif par l’article de Paris-Normandie, les députés En Marche cosignent donc ce communiqué. Les noms de Damien Adam (1re), Xavier Batut (10e), Annie Vidal, Stéphanie Kerbarh (9e) et Sira Sylla (4e) s’inscrivent à la fin. Inquiets de la santé des grévistes de la faim, ils assurent : « Notre priorité, à tous, est de mettre en sécurité la vie des personnes et cela passe par la reprise du dialogue ».

Pas de quoi donc, avec un tel communiqué, risquer de passer pour un frondeur. Et pourtant ! Une version modifiée est envoyée à notre rédaction à l’heure de la pause déjeuner. « Madame Syra Sylla ne souhaite pas être cosignataire de ce communiqué de presse », nous est-il annoncé. Heureusement, « le ridicule ne tue pas, écrivait l’auteur Louis Gauthier, mais il met mal à l’aise ».

Au titre des présents

Au titre des élus intervenus dans ce dossier, il ne faut pas oublier Christophe Bouillon (PS), député de la Seine-Maritime (5e circonscription) qui avait interpellé la directrice régionale de l’ARS et le directeur de l’établissement du Rouvray après avoir été sollicité par l’intersyndicale, le 23 mai. Il avait reçu une réponse le jour même de l’ARS lui faisant un point sur la situation, à l’époque. Il est toujours sans nouvelles du directeur de l’HP.

Les événements s’accélèrent

Mardi midi, un quatrième gréviste de la faim a été hospitalisé.
Anne est retournée auprès de sa famille, Jean-Yves Herment est sorti de l’hôpital et a participé à l’assemblée générale des salariés hier. Marc-Aurélien était toujours hospitalisé, ainsi que Manos, le quatrième gréviste à avoir été évacué. Hier, ils étaient encore quatre à poursuivre, avec René (58 ans) arrivé lundi.
Les événements se sont accélérés hier. Tandis que la ministre de la Santé évoquait le sujet du Rouvray devant l’Assemblée nationale , une délégation (intersyndicale, comité de grève et président de la Commission médicale d’établissement du Rouvray) a été reçue par la directrice de l’Agence régionale de santé Normandie, à 18 h. Une rencontre sollicitée par les médecins de l’hôpital psychiatrique, restés jusque-là très discrets.

Des réponses rapides

En parallèle, la CGT des dockers et du port autonome faisait pression auprès de la préfète de Normandie et de Seine-Maritime pour agir au plus vite. Ils menaçaient de bloquer Rouen jeudi, avec l’appui des cheminots.
Trois experts ont été missionnés, annonçait hier la ministre. Ils seront sur place demain. La préfète souhaite que cette mission d’audit ne dure « que quelques jours » et non plus trois semaines comme précédemment évoqué.
Enfin, ce mercredi 6 juin, au matin, une marche en soutien aux grévistes (à l’initiative de citoyens) était annoncée au départ de la mairie de Sotteville-lès-Rouen, direction le centre hospitalier.


Bulletin de santé
Lors d’une grève de la faim, la phase de réalimentation (qui commence par des bouillons) est particulièrement périlleuse. En l’absence d’alimentation, l’organisme met « en veille » certaines fonctions. « Quand on redéclenche, ça peut ne pas redémarrer », évoque Frank Prouhet, médecin suivant les grévistes du Rouvray. Outre les violentes diarrhées, certaines carences peuvent entraîner des troubles cérébraux. Pour les quatre grévistes qui ont arrêté l’action, les nouvelles semblent bonnes. « Ça se passe bien », assure le médecin. Dans de très nombreux cas, les personnes sont sujettes à des dépressions.

Christophe HUBARD