Médecins et professionnels de santé

Pourquoi docteur - Après l’élection d’Emmanuel Macron, les médecins libéraux ne mettent pas en sourdine leurs revendications

8 mai, par Info santé sécu social

Quelle santé pour le nouveau quinquennat ?

Ce n’est pas parce qu’on a appelé à barrer Le Pen – comme l’ont fait la plupart des représentants de la médecine de ville- qu’on a signé un blanc-seing à Macron… Alors que l’élection de ce dernier se confirme ce dimanche soir, les syndicats de médecins libéraux rappellent volontiers au nouveau président qu’ils seront vigilants. À l’image d’un Jean-Paul Ortiz, qui place tout de suite le futur gouvernement devant ses responsabilités. « La confiance va être très difficile à retrouver. Nous attendons du prochain ministre de la Santé qu’il rétablisse la confiance avec la médecine libérale qui sort d’un conflit enkysté avec Marisol Touraine qui n’a pas su prendre en compte la crise, » souligne le président de la CSMF.

Parmi les syndicats, la question du « virage ambulatoire » et des conséquences à tirer pour rééquilibrer le système de soins de l’hôpital vers la ville revient de fait en boucle, quelle que soit l’organisation. « Le virage ambulatoire, il faut arrêter d’en parler. Il faut le faire, » martèle Jean-Paul Ortiz, qui estime qu’un des premiers chantiers du nouveau ministre devra être de « tout faire pour que le malade n’aille à l’hôpital qu’en dernier recours. » « Si le virage ambulatoire doit consister à faire de la chirurgie ambulatoire dans des lits d’hôpital, comme l’a fait Marisol Touraine ça n’est pas la solution, » estime le président de la Conf’.

Pour Jean-Paul Hamon, pour Jean-Paul Ortiz comme pour Claude Leicher, le nouveau pouvoir devra deshospitaliser et afficher clairement la couleur en faveur de la médecine de ville.

La réorganisation des soins dans les territoires apparaît aussi une priorité du côté de MG France. Mais son président, Claude Leicher prévient ses collègues libéraux : « Sur le terrain, nous ne sommes pas les seuls à vouloir nous organiser mieux. Il ne faut pas laisser ce monopole à l’hôpital. » Même tonalité à la FMF, dont le président avertit, à l’intention des futurs responsables gouvernementaux : « L’hôpital doit rester dans ses murs et arrêter de prendre des parts de marché aux médecins libéraux, comme il le fait en multipliant les consultations externes dans des endroits où on ne manque pas de médecins ! » Le thème trouve aussi un écho, du côté du SML : « l’hôpital doit rester à sa juste place, concentré sur l’hospitalisation », martèle son chef de file Philippe Vermesch.

Un vrai plan pour la médecine de ville

Autant dire, que, si le plan d’investissement de 5 milliards -promis par Macron pour la santé- intéresse, il est interprété à cette aune. « Ces 5 milliards d’euros doivent être débloqués pour la médecine libérale », réclame déjà Jean-Paul Hamon. « Pour moi, ce n’est pas 5 milliards pour la santé, mais 5 milliards pour les soins primaires. Sinon on continuera de laisser se dégrader les soins primaires, » analyse Claude Leicher. Et sous cet angle, si les idées manquaient à la nouvelle équipe gouvernementale, le leader de MG France se montrerait tout prêt à lui en trouver. Il espère que le prochain PLFSS sera l’occasion de financer le "fonds d’intervention en soins primaires" que son syndicat réclame depuis plusieurs mois. Et il estime que le nouveau ministre devra trouver le moyen de financer aux généralistes un secrétariat, voire un poste d’assistant médical pour ceux qui le souhaiteraient. « Cela permettrait de travailler dans de meilleures conditions et pour les médecins généralistes d’accueillir 10 à 25 % de malades en plus, réglant ainsi le problème de la crise démographique et des déserts médicaux, » assure-t-il.

Décidément, c’est sur l’ampleur de l’investissement pour la médecine de ville que le nouveau ministre semble bien devoir être jugé. « La médecine libérale a été tellement oubliée qu’il faut absolument mettre le paquet, sinon on aura des départs de médecins et un gros problème de santé publique », analyse Philippe Vermesch, qui insiste pour que – « loin de la pensée unique autour des Maisons de Santé Pluriprofessionnelles »- on ouvre de vraies négociations sur la coordination des soins. « Il faut un plan Marshall pour la médecine libérale » ne craint pas d’affirmer quant à lui Jean-Paul Hamon.

Le nouveau ministre de la Santé devrait être nommé d’ici la semaine prochaine

À croire que, pour le futur locataire de l’avenue de Ségur, l’état de grâce risque donc d’être de courte durée, s’il ne donne pas rapidement des gages aux médecins de ville. Mais pour l’heure, on reste aussi curieux que polis chez les responsables syndicaux du secteur. « On a le sentiment qu’il y a une volonté d’écoute dans cette équipe, mais cela se traduira-t-il dans les faits ? » s’interroge Jean-Paul Ortiz, qui a déjà demandé à changer de convention, mais précise qu’un « copieux avenant » pourrait convenir pour réorienter le cap... « Le prochain ministre devra s’adapter aux besoins du système de santé », estime pour sa part Claude Leicher, qui estime que « le problème, ce n’est pas la personne, mais les idées mises en œuvre. »

Quel médecin pour l’avenue de Ségur ?

Un médecin à la barre du ministère de la Santé ? Ce cas de figure annoncé par Emmanuel Macron intrigue vaguement les leaders syndicaux, mais sans plus. « Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, » lâche même Philippe Vermesch, qui observe que « les médecins ministres n’ont jamais fait d’étincelles, car ce ne sont pas des gestionnaires ». « Pourquoi pas si c’est un libéral ?, » estime néanmoins le président du SML. « Moi, j’aimerais bien qu’on ait un généraliste ministre, qui aurait à la fois une sensibilité soins et santé publique », reconnaît toutefois son homologue de MG France.

Un Olivier Véran, ou un Jean-Louis Touraine, avenue de Ségur comme on le murmure parfois ? À MG, la prégnance d’une culture hospitalo-universitaire inquiète. À la CSMF aussi. Si Jean-Paul Ortiz accueillerait plutôt favorablement la nomination d’un médecin en charge de la santé, il observe quand même avec un peu d’inquiétude que le staff santé d’Emmanuel Macron comprend « pas mal de recyclés de l’équipe Touraine… » et un ancien rapporteur de sa loi de santé. Mais en ce début de quinquennat, le président de la CSMF – qui a souvent rencontré Olivier Véran- préfère positiver : « il y a une vraie volonté d’écouter avec un dialogue possible. » Reste à imaginer une surprise, toujours envisageable lors de la constitution d’un gouvernement. « Si Macron choisit un médecin libéral, je suis volontaire », blague Jean-Paul Hamon. Plus sérieusement, le président de la FMF conseillerait plutôt au nouveau président d’oser la carte droite modérée pour le ministère de la Santé : « s’il veut vraiment faire l’ouverture, qu’il choisisse Jean Léonetti. Il connaît vraiment les dossiers et le terrain… »