Le droit à l’IVG

Pourquoi docteur - Dr Gilles Lazimi : IVG, "110 centres ont fermé en dix ans"

il y a 5 mois, par Info santé sécu social

par Anne-Laure Lebrun

Le Haut Conseil à l’égalité estime que plusieurs progrès ont été accomplis en 3 ans. Mais il souligne qu’il reste beaucoup à faire pour renforcer ce droit.

En 2015, 218 100 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été réalisées en France. Plus d’une femme sur 3 a déjà eu recours à l’avortement. Depuis le vote de la loi Veil, le 17 janvier 1975, ce droit s’est peu à peu renforcé et son accès facilité, notamment grâce aux actions mises en œuvre ces dernières années. Mais ce droit à disposer de son propre corps est encore un droit fragile, prévient le Dr Gilles Lazimi, médecin au centre municipal de santé de Romainville (Seine-Saint-Denis) et membre du Haut Conseil à l’égalité (HCE) qui vient de publier un bilan sur l’accès à l’IVG en France.

Vous saluez 3 années de progrès qui permettent de garantir l’accès à l’avortement...
Gilles Lazimi : Effectivement ce sont 3 années de progrès car les deux-tiers des propositions du HCE ont été acceptées par le gouvernement et mises en œuvre. On peut notamment citer la suppression du délai de 7 jours entre les deux consultations ou la suppression de la notion de détresse qui a également permis de réaffirmer ce droit. Le remboursement à 100 % de l’IVG lui-même, et le remboursement plus récents des examens associés comme les échographies et prises de sang sont aussi des mesures majeures.
On peut également saluer le lancement du site internet et du numéro unique d’information, ainsi que le site rhévo.fr ou ivglesadresses.org qui permettent aux femmes de savoir rapidement où est pratiqué l’avortement et le type d’IVG.

Pour le moment, aucune étude ne permet d’évaluer l’impact de ces avancées sur les délais de recours ou l’accueil qui est réservé aux femmes. Personnellement, les femmes que je vois me rapportent que c’est plus facile qu’avant. Mais je travaille en Seine-Saint-Denis, un département qui compte plus de 110 centres de planification, des cliniques et des hôpitaux qui pratiquent les IVG jusqu’à 14 semaines d’aménorrhée.

Cette inégalité territoriale est-elle toujours une réalité ?

Gilles Lazimi : Il est vrai que l’accès à l’IVG n’est pas le même partout. Depuis plus de 10 ans (entre 2001 et 2011, ndlr), 130 centres ont été fermés. C’est pour cette raison que nous avons demandé un moratoire car nous voulons que les femmes puissent être accueillies et avoir recours à l’IVG si elles le désirent. Mais pour cela il faut que les centres restent ouverts. C’est un point sur lequel nous attendons réellement des mesures.

Pour améliorer l’offre de proximité, il serait possible d’augmenter la tarification de l’acte, et faire en sorte que plus de médecins se forment à ces techniques. La formation des jeunes générations est aussi très importante. Il faut que la sexualité, la contraception et l’avortement soient mieux enseignés dans nos facultés pour casser les a priori.

Le droit à l’IVG reste-t-il fragile ?
Gilles Lazimi : Oui et pour le conforter, nous demandons que la clause de conscience soit supprimée car elle existe déjà pour l’ensemble des professionnels. Cette clause légale permet à certains médecins de mal accueillir les femmes alors qu’il est très important de les accompagner avec bienveillance et empathie pour que l’avortement se passe bien.

Nous attendons également que certains sites qui avancent masqués sur internet soient écartés ou encourent des peines grâce à l’extension du délit d’entrave car ils donnent des informations pernicieuses aux femmes pour tenter de les dissuader.

Nous devons veiller à ce que ce droit ne soit pas détricoté. A chaque fois qu’il y a des retours en arrière, c’est surtout aux droits des femmes que l’on s’attaque.