Parti Socialiste

Pourquoi docteur - Vincent Peillon : "Fusionner la CSG et l’impôt sur le revenu pour financer la protection sociale"

14 janvier, par Info santé sécu social

Après le succès de la Primaire de la droite et du centre (4,4 millions d’électeurs au second tour) qui a couronné François Fillon, c’est au tour de la gauche française d’élire - les 22 et 29 janvier prochains - son candidat pour la présidentielle de 2017. Et un changement notable s’est opéré par rapport au précédent scrutin, la santé est au centre des débats. Assurance maladie, hôpital... les Français voulaient en entendre parler, ils sont servis.

Mais à quelques jours du second débat télévisé (1), Pourquoidocteur souhaite élargir la liste des sujets médicaux à aborder (cannabis, environnement, etc.) Notre série d’entretiens avec les sept candidats à la Primaire de la Belle Alliance populaire termine la semaine avec l’ancien ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon.

La collectivité ne pourra plus prendre en charge le coût des médicaments innovants. Doit-on consacrer un budget spécifique à la prise en charge de ces thérapies, et comment le financer ?

Vincent Peillon : La négociation des prix des thérapies ciblées, essentiellement en oncologie, doit se faire collectivement, à l’échelle européenne, pour bénéficier de l’effet volume le plus important possible. Le coût de la recherche clinique est l’argument essentiel justifiant ces prix très élevés. Mais le modèle d’essai thérapeutique actuel, très onéreux, avec ses larges cohortes de patients, est-il encore adapté à l’heure de la médecine personnalisée ? Revoir nos normes permettrait de baisser les coûts. Enfin, il est capital de mieux valoriser la recherche fondamentale française. Nous avons des chercheurs, des médecins, des pharmaciens de haut niveau. Un certain nombre de médicaments sont issus des découvertes de nos équipes. La mise en place d’une filière publique du médicament est une option qu’il nous faut étudier.

Pour assurer la prise en charge des dépenses de santé, faut-il limiter les remboursements obligatoires aux maladies lourdes et/ou chroniques (panier de soins), ou plutôt agir sur le financement en élargissant l’assiette des prélèvements (par exemple avec la CSG) ?

Vincent Peillon : Je ne dérembourserai aucun soin. Financer notre protection sociale est un acte politique fort, il correspond au souhait des français, celui de maintenir un système performant et solidaire. Je propose une fusion de la CSG avec l’impôt sur le revenu, parce que c’est le moyen le plus juste pour financer la protection sociale. Des économies structurelles importantes sont possibles : en mettant en place une stratégie de prévention ambitieuse, en poursuivant le virage ambulatoire, en mettant en place le dossier médical partagé, et pour les hôpitaux publics en révisant le code des marchés publics et en renégociant le taux des emprunts bancaires. Je veux donner les moyens budgétaires suffisants au système de santé, tout en optimisant la dépense publique dans ce secteur.

L’hôpital doit à la fois concilier l’excellence médicale avec ses missions sociales. Compte tenu des contraintes budgétaires, la tarification à l’activité (T2A) vous paraît-elle adaptée à cette double exigence ?

Vincent Peillon : La tarification à l’activité doit évoluer pour s’adapter à toutes les activités hospitalières, mais sa philosophie n’est pas à remettre en cause : il permet de valoriser au plus près les activités de soin des hôpitaux. Ce qui est en cause, c’est le niveau des tarifs, qui baissent sans discontinuer, plusieurs fois par an, depuis trop longtemps ! Il faut enrayer cette baisse, raison pour laquelle le niveau de l’ONDAM doit évoluer en phase avec l’évolution naturelle des dépenses de santé. Nous avons atteint un plancher intenable pour l’hôpital public.

Un généraliste sur quatre ne sera pas remplacé d’ici 2025. Comment comptez-vous lutter contre les déserts médicaux ?

Vincent Peillon : Je suis défavorable aux mesures coercitives, inefficaces et contre-productives. Les seuls effectifs de médecins disponibles sont ceux cumulant emploi et retraite, et les remplaçants, toujours plus nombreux. Je veux les inciter à exercer dans des zones qui seront reconnues comme prioritaires au niveau des grandes régions, par des mesures fiscales avantageuses. Sur le long terme, il s’agit de favoriser l’émergence d’équipes de soins ambulatoires, regroupées, coordonnées, et structurées, portant un projet médical et paramédical au service d’un bassin de population. La régionalisation de l’incitation à l’installation autour d’un acteur unique, l’ARS, est essentielle. Enfin, le développement de la télémédecine, dont l’efficacité est démontrée, doit être une priorité.

La France est la championne d’Europe de la consommation de cannabis. C’est aussi le pays qui a la loi la plus prohibitive. Faut-il dépénaliser l’usage et l’Etat doit-il organiser la production et la distribution de cannabis ?

Vincent Peillon : Je pense que ce sujet mérite un débat honnête, en prenant en compte les impératifs de santé publique. De nombreux travaux de qualité existent, ainsi que plusieurs exemples à l’étranger. Je m’engage à ouvrir une consultation, sans passion ni dogmatisme, pour aboutir à une proposition concertée et raisonnable. Sur ces sujets comme sur les autres, je revendique une méthode de gouvernement : celle de l’intelligence.

Dans un manifeste, des médecins français ont reconnu avoir aidé des couples lesbiens et des femmes seules à recourir à la PMA à l’étranger. Peut-on continuer à la réserver aux couples hétérosexuels ?

Vincent Peillon : Je suis favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes, il s’agit d’une mesure d’égalité et de progrès social. Je m’engage à la mettre en œuvre.

Quelle serait la première mesure concrète que vous adopteriez pour limiter les effets néfastes de la pollution dans notre vie quotidienne ? Et à quelle échéance ?

Vincent Peillon : Les premières victimes de la pollution sont, comme toujours, les plus fragiles : ceux qui vivent dans des logements mal-isolés, qui habitent près des grands axes routiers. La question écologique est intimement liée à la question sociale. Nous devons rendre nos modes de déplacement plus sobres, en sortant progressivement du diesel, dont je prévois l’interdiction en 2025, mais aussi en investissant dans la recherche sur le véhicule propre et les énergies renouvelables. Je veux porter leur part à 32 % de la consommation finale d’énergie en 2030 et à 40 % de la production d’électricité. J’orienterai les crédits de la recherche vers les questions de production et de distribution d’énergies renouvelables.