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Poutou 2017 : Revenu universel : qu’en pense Philippe Poutou ?

22 février, par infosecusanté

Revenu universel : qu’en pense Philippe Poutou ?

La "primaire à gauche" a placé la proposition d’un "revenu universel" ou "revenu de base" au centre du débat politique.

Alors que plusieurs générations n’ont connu que le chômage de masse et la précarité, l’idée d’un revenu garanti, quelles que soient les circonstances séduit en particulier dans la jeunesse.

Popularisée par Benoit Hamon (PS), cette proposition a été débattue lors des Nuits de debout et défendue par Nathalie Kosciusko Morizet (Les Républicains) ou Y. Jadot (EELV). Même Marine Le Pen (FN) dit "y réfléchir"

Qu’en pense Philippe Poutou, candidat du NPA à la présidentielle ?

Question : Attribuer à chacunE un revenu déconnecté de l’emploi ne serait il pas la seule solution dans une société où les robots supprimeraient des dizaines de milliers d’emplois, et où les plateformes numériques transformeraient les salariés en "travailleurs indépendants" ou "auto entrepreneurs" ?

Ph Poutou : Les rapports annonçant la disparition massive d’emplois salariés dus à la "robotisation" sur lesquels s’appuient souvent les défenseurs du revenu de base sont fortement contestés par des économistes de tous bords. Ils constatent plutôt une baisse des gains de productivité liés à l’utilisation de nouvelles machines.

Mais, l’essentiel n’est pas là.

Ce ne sont pas les robots qui suppriment des emplois, pas plus que ce ne sont les smartphones et les applications numériques qui font la précarité et les bas salaires des chauffeurs d’Uber.

Les "nouvelles technologies" sont mises au service d’une offensive de la classe dominante pour "baisser le coût du travail" et généraliser la précarité, elles n’en sont pas la cause.

Si demain les robots font à notre place les tâches les plus pénibles, et permettent de produire en moitié moins de temps les biens et les services dont nous avons besoins, ce devrait être une excellente nouvelle. C’est le système capitaliste qui, pour assurer les profits d’une infime minorité utilise les innovations technologiques pour imposer le chômage d’un coté, les conditions de travail i au travail et la précarité de l’autre. C’est bien la preuve qu’il faut en sortir au plus vite.

Pour moi, il ne s’agit pas d’accepter le chômage comme inévitable et de compenser les faibles revenus des emplois précaires par l’attribution d’un revenu déconnecté du travail

Le projet que je défends c’est une société des "producteurs associés" C’est à dire "travailler tous pour travailler moins", et donc avoir tous du temps hors travail à consacrer aux relations avec ceux qui nous entourent, aux loisirs, à la culture, au sport à des activités créatrices et au repos nécessaires et au partage des tâches domestiques.

La réduction massive du temps de travail crée aussi les conditions pour que chacunE puisse être acteur de la vie sociale et politique. Dans cette campagne, je suis le seul à porter l’idée que la politique ne doit pas être une affaire de professionnels et que nous, producteurs, devons prendre nos affaires en main. Est ce vraiment possible quand on passe huit heures à un travail exténuant, ou que l’on vit dans l’angoisse de boucler ses fins de mois ou de trouver un emploi ou encore que l’on jongle entre le boulot et les enfants ? Le partage du travail est aussi la seule manière de ne plus nous en remettre à d’autres pour décider à notre place, c’est une condition de la démocratie réelle, pour toutes et tous.

Face à tous les candidats qui annoncent la suppression ou "l’assouplissement" des 35 h je préconise au contraire de passer immédiatement aux 32 heures, puis aux 30 heures pour tous, sans diminution de salaire, et avec embauches correspondantes, d’abaisser le temps de travail jusqu’à extinction complète du chômage.

Face à tous les candidats qui veulent encore reculer l’âge d’une retraite complète , je revendique, en particulier pour les femmes, souvent condamnées à des retraites de misère, le droit à une retraite complète, au minimum de 1700 € au plus tard à 60 ans


Question : Mais affirmer le droit de chacunE a avoir un revenu lui permettant de vivre décemment n’est ce pas une bonne idée ?

Ph Poutou Bien sûr c’est même un point essentiel du programme que je défends, mais ce n’est pas pour autant défendre un revenu universel versé à chacunE par l’Etat.

Je partage l’une des préoccupations des défenseurs du revenu de base : toucher un revenu de remplacement quand on poursuit des études, que l’on est pas en état de travailler à cause de la maladie du handicap , que l’on est au chômage ou à la retraite doit être un droit.

Il faut en finir avec la stigmatisation des prétendus "assistés", qui vivraient au dépend de ceux qui travaillent. Ceux qui vivent vraiment à nos dépend, ce ne sont pas les chômeurs, les immigrés ou les réfugiés, mais en premier lieu les 21 plus grosses fortunes de France ( les Bettencourt, Arnault et compagnie) qui possèdent à elles seules autant que les 40% les plus pauvres !

Il faut en finir avec l’humiliation infligée aux plus précaires de devoir toujours justifier leur misère et prouver leur bonne volonté.

Je défends que personne dans cette société ne doit toucher un salaire ou un revenu de remplacement (allocations chômages , retraite) inférieur à 1700€ net, c’est à dire le SMIC que nous revendiquons. Je pense aussi que ce doit être le cas pour les jeunes qui doivent tous bénéficier d’une allocation d’étude dès 15 ans, puis d’un prè salaire étudient s’ils poursuivent leurs études..

Question : Quelle est la différence avec le revenu inconditionnel ?.

Ph Poutou Il existe plusieurs versions du revenu inconditionnel.

Avec les défenseurs libéraux qui préconisent un revenu en dessous même du RSA, à 450 ou 500 € et prévoient de supprimer l’essentiel de la protection sociale, l’opposition est totale .

Ce revenu de base là est un outil d’accompagnement des contre réformes et de l’austérité.

Il permet d’instaurer la prétendue "flexi sécurité" : Sous prétexte du versement d’une allocation de misère, les salaires pourraient encore baisser et toutes les formes d’emploi précaire se généraliser. Temps partiel imposé, contrats courts, auto entrepreneurs, seraient ainsi encouragés. Les femmes sont les premières concernées.

C’est le jackpot pour les employeurs, d’autant plus qu’ils ne sont pas ou peu mis à contribution pour financer le revenu de base.

Pour les libéraux, le revenu de base, permet suppression partielle ou totale de l’assurance chômage, le retour à une couverture minimum pour les retraites ou l’assurance maladie. ChacunE pouvant ensuite soit disant "choisir" (selon ses moyens) une assurance complémentaire.

Les défenseurs de gauche du revenu inconditionnel proposent en général un revenu d’un niveau plus élevé (pouvant aller jusqu’à 1000€) et affirment vouloir maintenir la protection sociale existante.

Je note que la proposition de Benoit Hamon, est d’atteindre dans plus de 5 ans la somme de 750€. C’est en dessous du seuil de pauvreté (fixé selon les définitions entre 840 et 1000 €), pas vraiment de quoi vivre décemment !

Mais fixer le revenu universel à un niveau relativement élevé, sans toucher à la protection sociale, place ses défenseurs "de gauche" devant une contradiction insoluble : la hausse de la fiscalité nécessaire pour le financer. Cela permet à leurs adversaires d’agiter, comme l’a fait Valls dans la primaire l’épouvantail des 300 à 400 Milliards d€ à trouver (plus que le budget de l’Etat !)

Pour moi la vraie question n’est pourtant pas le montant, mais qui paie.

je ne vois aucune raison de faire financer par des impôts reposant avant tout sur les classes populaires, ce que les patrons devraient verser en salaires et cotisations sociales.

Ce qu’il faut au contraire, c’est augmenter la part des salaires (c’est à dire les salaires net et les cotisations sociales) au détriment de celle des profits.

Pour finir j’ajouterai que la société pour laquelle je me bats, c’est une société ou chacun pourra vivre en fonction de ses besoins et non de ses revenus monétaires.

C’est pourquoi dès aujourd’hui je propose l’extension du domaine de la gratuité, pour les besoins les plus fondamentaux , la santé et la compensation du handicap qui doivent être pris en charge à 100% par la Sécurité sociale, l’éducation, la prise en charge de la petite enfance et de la dépendance, les transports, le logement, l’eau et l’électricité.. (pour les besoins personnels).

Cela n’a rien d’irréaliste compte tenu des richesses existantes dans notre société, mais cela suppose une modification radicale de la répartition des richesses entre ceux qui les produisent et leurs exploiteurs. Bien sûr les possédants s’y opposeront avec acharnement, et il ne suffira pas d’une élection, ni d’une majorité parlementaire pour les faire céder.