Le droit à la santé et à la vie

Sciences et avenir - Espérance de vie : de grandes inégalités entre les plus aisés et les plus modestes

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Par Camille Gaubert le 06.02.2018

En France, les hommes les plus aisés ont une espérance de vie de 13 ans plus élevée que les plus modestes, cependant dépassée par la majorité des femmes, selon un rapport de l’Insee. En cause, le niveau de vie et l’exposition aux risques, mais aussi... des traits de caractère.

L’espérance de vie des hommes varie de 13 ans selon son niveau de vie
En 2017, l’espérance de vie à la naissance était de 85,3 ans pour les femmes et de 79,5 ans pour les hommes.

En France, les hommes les plus aisés ont une espérance de vie de 13 ans plus élevée que les plus modestes, tandis que chez les femmes cet écart n’est que de 8 ans, selon un rapport de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) de février 2018 examinant la période 2012-2016. En cause : l’accès aux soins, le niveau de vie, l’exposition aux risques, le tabac, ou encore une corrélation entre la capacité à grimper les échelons et celle de préserver sa santé. En 2017, l’espérance de vie à la naissance était de 85,3 ans pour les femmes et de 79,5 ans pour les hommes (soit 5,8 ans d’écart), contre respectivement 84,4 et 77,4 ans en 2007 (7,8 ans d’écart).

Le renoncement aux soins : premier lien entre espérance de vie et niveau social

Le niveau de vie "peut être la cause directe d’un état de santé plus ou moins bon, et donc d’une durée de vie plus ou moins longue". Selon l’Insee en effet, 11% des adultes parmi les 20% plus modestes disent avoir renoncé aux soins pour des raisons financières, contre seulement 1% des 20% les plus aisés. Les "comportements moins favorables à la santé" sont également plus courants chez les plus modestes, dont 39% fument, que chez les plus aisés, dont 21% s’exposent au tabac, comme le montre le Baromètre Santé 2016. De plus, l’exposition à des accidents du travail et des risques professionnels importants est plus élevé chez les ouvriers que chez les cadres. Cependant, il se peut également qu’un mauvais état de santé soit la cause du faible niveau de vie observé en "freinant la poursuite d’études" ou l’accès à un "emploi plus qualifié".

Et si le caractère influait sur l’espérance de vie ?

En 2016, une étude danoise portant sur les données de plus de 6.000 personnes de 20 à 79 ans suggérait que les personnes les plus adeptes des comportements à risque étaient celles qui étaient le moins observants sur leurs traitements (en l’occurence, c’était la prise des statines, molécules contre le cholestérol, qui étaient observées). Ainsi, il existerait une corrélation entre ne pas respecter ses ordonnances et adopter des comportements à risque tels que ne pas mettre sa ceinture de sécurité, fumer, consommer trop d’alcool,etc. L’Insee suggère également qu’il pourrait exister un lien entre "la capacité à surmonter ou éviter les maladies et les accidents" et "la capacité qui permet d’atteindre un niveau de rémunération élevé". Ainsi, une personne capable d’obtenir un salaire élevé malgré l’absence de diplôme" pourrait avoir fait usage d’"aptitudes à la fois favorables dans le domaine professionnel et dans le domaine de la santé", tandis qu’à l’inverse une personne diplômée à faible niveau de vie "reflète parfois des difficultés de santé", la sienne ou celle d’un proche. Une étude américaine de 2009 passant en revue l’espérance de vie de 856 hommes nés entre 1904 et 1915 avait ainsi suggéré qu’une carrière "à succès" était autant prédictive d’une diminution du risque de mortalité que la caractéristique d’être consciencieux/appliqué. Selon les auteurs, des études précédentes avaient en effet montré qu’être consciencieux permettait de mieux auto-évaluer sa santé, d’adopter des comportements favorables à la santé, et donc de baisser le risque de mortalité.

LE DIPLOME FAIT PEU DE DIFFERENCE.

L’Insee précise que c’est bien l’augmentation du niveau de vie et non l’obtention d’un diplôme qui est corrélée à une augmentation de l’espérance de vie. Cependant, plus on est aisé et moins l’augmentation de niveau de vie a un effet sur le gain d’espérance de vie. Ainsi, si un ajout de 100 euros à un niveau de vie de 1.000 euros par mois, est associé "à 0,9 an en plus d’espérance de vie chez les hommes et 0,7 an chez les femmes", à 2 000 euros par mois, ce gain d’espérance de vie passe à "0,3 an chez les hommes et 0,2 an chez les femmes".

Les femmes, toujours grandes gagnantes de l’espérance de vie

Avec 6 ans d’espérance de vie supplémentaire en moyenne, les femmes vivent souvent plus longtemps que les hommes, même les plus aisés. Seules les 30 % des femmes parmi les plus modestes ont une espérance de vie inférieure aux 5% des hommes les plus fortunés. Selon l’Insee, en plus "d’avantages biologiques", les femmes seraient moins susceptibles d’avoir des comportements à risque, puisque d’après le Baromètre Santé 2014 elles seraient seulement 5% entre 18 et 75 ans "à consommer quotidiennement de l’alcool", contre 15% des hommes du même âge. De plus, leur suivi médical accru pendant leurs grossesses et leur plus faible durée de travail et donc exposition aux risques professionnels aurait également une incidence sur leur espérance de vie moyenne.

DES DISPARITES REGIONALES.

Selon l’Insee, les français d’Occitanie et des Pays de la Loire vivent le plus longtemps, et ceux de Hauts-de-France, précédée par la Normandie, ont la moins bonne espérance de vie, et ce en ayant tenu compte des disparités d’âge, de diplôme, de catégorie sociale et du sexe. Ainsi, en Occitanie le risque de décès est de 6% inférieur à celui d’Auvergne-Rhône-Alpes (région référence au risque estimé à 1), tandis qu’en Hauts-de-France le risque est augmenté de 14%. Ces disparités sont attribuées à des différences "culturelles (habitudes alimentaires...), comportementales (consommation d’alcool, tabagisme...), environnementales (pollution...) ou encore celles liées à l’offre de soins (plus ou moins dense...)".