L’aide sociale

Alternatives économiques - Revenu universel d’activité : il faudra le mériter

il y a 3 semaines, par Info santé sécu social

MARC CHEVALLIER
12/06/2019

C’est une mesure phare du plan d’Emmanuel Macron contre la pauvreté : le gouvernement a lancé la phase de concertation autour du futur revenu universel d’activité, pour préparer une loi qui devrait être votée en 2020. Quel sera son esprit ?

Si jamais vous avez encore en tête la proposition faite par Benoît Hamon lors de la dernière présidentielle, oubliez tout. La philosophie du gouvernement, ça n’est pas de verser à tous un revenu d’existence pour pallier le manque d’emplois ou s’émanciper d’un travail aliénant.

Le revenu universel version Emmanuel Macron n’a en fait rien d’universel. L’objectif affiché, c’est de fusionner le maximum de prestations sociales existantes : le RSA, la prime d’activité, les aides personnalisées au logement, voire l’allocation adulte handicapé, le minimum vieillesse ou l’allocation versée aux chômeurs en fin de droits. Pour que leurs ayants droit y accèdent plus facilement.

C’est difficile de percevoir ces minimas sociaux ?

Oui, trois personnes sur dix qui ont droit au RSA ne le touchent pas, par méconnaissance du dispositif, découragement face aux démarches ou peur d’être stigmatisé. Le bon côté du projet du gouvernement, c’est que le revenu universel d’activité devrait être versé automatiquement à ceux qui y ont droit, le nombre de bénéficiaires va donc augmenter.

Le côté inquiétant, c’est que le gouvernement entend faire cette réforme à budget constant : plus de bénéficiaires avec autant d’argent, il y aura forcément des perdants. L’autre point noir, c’est l’inspiration libérale du projet.

En quoi est-il libéral ?
Parce que le revenu universel d’activité sera conditionné à des contreparties. Pour Emmanuel Macron, ses bénéficiaires doivent suivre un parcours d’insertion et ne pas refuser plus de deux offres raisonnables d’emploi.

Edouard Philippe, lui, a évoqué des activités d’intérêt général, ça sonne un peu comme les TIG, vous savez les travaux d’intérêt général imposés aux personnes condamnées par la justice… On se demande bien quelles contreparties on va demander aux titulaires du minimum vieillesse ou de l’allocation adulte handicapé…

Pour vous, ce n’est pas la bonne manière de s’y prendre…
Non, derrière tout ça, il y a l’idée qu’il y aurait des bons et des mauvais pauvres. Demander des contreparties ne résout pas le problème de fond : le manque d’offres d’emplois sur le marché du travail.

Par ailleurs, le gouvernement reste flou sur les modalités selon lesquelles les jeunes pourraient bénéficier de ce dispositif. Or, un quart des 18-24 ans vit sous le seuil de pauvreté et ils sont aujourd’hui exclus des minima sociaux.

La concertation autour du revenu universel d’activité va durer jusqu’à la fin de l’année. On verra si les associations et les partenaires sociaux arrivent à convaincre le gouvernement d’amender sa copie.