Luttes et mobilisations

JIM - La grève des urgences ne prend pas de vacances

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Paris, le jeudi 1er août 2019

Les titres de la presse régionale se ressemblent. De la Nouvelle République au Midi Libre en passant par France Bleu et d’autres médias, partout on remarque que les services des urgences poursuivent leur grève en cette période estivale. Les articles font le même constat : face à un afflux de patients qui ne diminue pas et alors que les effectifs sont, en cette période, en diminution, les professionnels de santé des urgences se montrent plus que jamais désemparés.

Ils ressentent avec une amertume grandissante l’impossibilité d’offrir une prise en charge de qualité aux patients. Car les inévitables fermetures de lit estivales conduisent à une augmentation du nombre de malades contraints de passer plusieurs nuits sur des brancards. Ainsi, ce 30 juillet, un patient de 72 ans est sorti de l’hôpital de Saint-Étienne après avoir passé 120 heures sur un brancard. La situation est loin d’être inédite : la semaine dernière déjà, les personnels avaient signalé comment l’indisponibilité de 28 lits dans deux services post-urgences favorisait des conditions d’accueil indignes. Ils citaient ainsi le cas d’une personne demeurée soixante-dix heures sur un brancard. La presse locale évoque d’autres exemples de ce type, tandis que dans un communiqué publié lundi le collectif Inter Urgences indique : « A saint Saint-Nazaire, 103 hospitalisations brancards ont été comptabilisées pour la seule semaine dernière ».

SOS
La presse locale se concentre également sur les difficultés de maintien d’effectifs suffisants en cette période estivale. Parfois, les difficultés sont telles que le service doit être suspendu. Ce fut ainsi le cas vendredi 26 et le dimanche 28 juillet à Thouars et Parthenay, limitant à un seul service l’offre d’accueil en urgences dans le nord des Deux-Sèvres. A Perpignan, désespérée, la direction du service des urgences du centre hospitalier a publié le 29 juillet sur le site de Pôle Emploi cette annonce qualifiée de « SOS » par le Midi Libre : « Recherche médecin urgentiste (homme ou femme), gardes à pourvoir du 1er au 31 août 2019 (…). Expérience souhaitée. A défaut, débutant accepté ».

Suspension de la grève dans quelques établissements
Mais parfois, les informations sont plus rassurantes. Ainsi, la Nouvelle République relaie le message soulagé et satisfait de la direction de l’hôpital de Loches : les gardes médicales seront pleinement assurées tout au long du mois d’août par le service des urgences/Smur de Loches, après un mois de juillet également sans encombre. Ce maintien du service à un niveau suffisant a été rendu possible entre autres grâce à la mobilisation de l’Agence régionale de santé (ARS) qui a accepté de financer les renforts temporaires nécessaires. De la même manière, dans de nombreuses localités en France, les discussions entre les ARS et les centres hospitaliers ont pu être fructueuses, répondant à une directive de Matignon incitant les administrations à l’ouverture du dialogue. Ces négociations ont permis un apaisement des tensions dans certains établissements. Dans de rares cas, les propositions ont même été considérées si satisfaisantes que les mouvements de grève ont été levés. Ce fut le cas à Libourne ou à l’hôpital Trousseau à Paris, où le plan de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris (AP-HP) a été majoritairement salué comme positif.

Une réponse globale attendue
Cependant, en dépit de ces avancées et alors que d’une manière générale les organisations syndicales et le collectif Inter-Urgences à l’origine du mouvement constatent une ouverture et une réelle prise de conscience de la part des pouvoirs publics, la mobilisation ne faiblit pas. Elle a même pris ces dernières semaines une nouvelle ampleur : 211 services participent aujourd’hui à la grève contre 119, le 17 juin. La contagion de ces soulèvements dénote la volonté d’une réponse plus structurelle et plus globale qui ne se limite pas à des accords locaux, qui sont tributaires du bon vouloir des ARS et des directions hospitalières. « La majorité des services n’a pas vu la couleur des enveloppes fléchées pour pallier aux difficultés estivales » affirme le collectif Inter-Urgences. Le président de Samu-Urgences de France, François Braun partage ce diagnostic d’une intervention insuffisante « Il faut absolument un traitement de choc, sinon la maladie sera toujours là et il y aura des rechutes (…). Le problème est multiple (…). Les urgences ne sont pas valorisées, alors que c’est une mission noble du service public » analysait en ce début de semaine le praticien pour France TV Info. En outre, les organisations craignent que les fonds aujourd’hui débloqués ne soient retirés à d’autres services, en raison de l’absence d’augmentation globale du budget des hôpitaux. « Ce que l’on craint, c’est que les postes qu’on libère pour les urgences ne soient pas des créations de postes et que dans les faits l’on déshabille Paul pour habiller Pierre », observe dans Libération, Christophe Prudhomme (CGT, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France). D’ailleurs, fortes de cette préoccupations, les organisations continuent à caresser l’espoir d’une mobilisation plus générale.

Des enjeux divers
Cette question sera sans doute un point majeur de l’assemblée générale du collectif Inter Urgences prévue le 10 septembre, à la veille d’une possible journée d’action. Mais le gouvernement aura peut-être fait d’ici là de nouvelles annonces alors qu’une mission de réflexion a déjà été confiée au député LREM Thomas Messnier et au professeur Pierre Carli, qui doivent en novembre remettre leurs conclusions notamment sur la question des "hospitalisations brancard". Les deux spécialistes de l’organisation des soins pourraient également être intéressés d’entendre la voix de ceux qui remarquent que parallèlement à la question des moyens, celle de l’éducation des populations est également cruciale. Ainsi, le chef des urgences du Centre hospitalier de Dunkerque, Christophe Couturier a sur Twitter évoqué le 28 juillet sa colère face aux motifs de consultation des urgences de ces derniers jours. "5h du matin : mal à l’oreille depuis 24h, douleur musculaire aux cervicales depuis un massage en vacances il y a 4 jours, mal à la gorge depuis Dour festival il y a 15 jours etc. Continuez à tuer les urgences" a lancé le praticien, dont le service est lui aussi en grève.

Aurélie Haroche