L’Anticapitaliste Hebdo du NPA

L’Anticapitaliste Hebdo : Pharmacie : la rentabilité avant tout

il y a 2 mois, par infosecusanté

Pharmacie : la rentabilité avant tout

Interpellé à l’Assemblée nationale sur le scandale Dépakine, Édouard Philippe déclarait : « On ne doit pas dénigrer une entreprise française qui fonctionne bien », soutenu par Christophe Castaner devant le site de Sanofi Sisteron : « On n’a pas le droit de critiquer une grande entreprise française qui réussit. » Décidément, la « réussite » de Sanofi n’en finit pas d’être sur le devant de la scène. Les années 2018 et 2019 ne sont qu’un échantillon des ravages enregistrés au cours de la dernière décennie.

Il y a encore quelques années, le nom « Sanofi » ne vous disait probablement pas grand-chose, pourtant vous aviez toujours au moins un médicament sur quatre, dans votre armoire à pharmacie, fabriqué ou commercialisé par ce groupe pharmaceutique français.

Aujourd’hui, le nom de Sanofi évoque tout autre chose, une succession de scandales en tout genre, dont la liste qui suit est malheureusement trop longue et surtout non exhaustive :

scandale sanitaire, refus d’indemnisation des victimes de la Dépakine, pollutions (environnement et populations), restructurations permanentes, diminutions drastiques des effectifs, désengagement de pans entiers d’axes de recherche, destruction de millions de doses de vaccin contre la dengue, procès pour négligence grave ayant entrainé la mort, versements de pots-de-vin, entente sur les prix, destruction de bâtiments neufs, dividendes, rachats et destruction d’actions, salaire du DG, lobbying sur les vaccins infantiles, collusion avec le gouvernement…

Bénéfice/risque

Parler de médicaments c’est souvent mettre en balance ce que l’on nomme le bénéfice/risque, concernant Sanofi, il est clair que l’entreprise a définitivement choisi le camp du bénéfice. Un des exemples les plus parlants est l’abandon de la recherche sur les antibiotiques.

Parce que nous sommes de plus en plus nombreux sur la planète et du fait de l’accroissement des résistances aux antibiotiques, l’OMS met en garde depuis des décennies sur le besoin crucial de nouveaux antibiotiques. Elle appelle ainsi à une « mobilisation pour sauver l’arsenal thérapeutique irremplaçable que constituent les antibiotiques » et exhortait de façon alarmante, en 2017 : « Les entreprises pharmaceutiques et les chercheurs doivent s’empresser de travailler sur de nouveaux antibiotiques pour certains types d’infections très graves [...], contre lesquels nous ne sommes pas armés. »1

Le rôle d’une entreprise du médicament se revendiquant au service du patient devrait être des plus clairs. Mais en 2018, Sanofi annonce l’abandon de sa recherche sur les anti-­infectieux et sa décision de vendre l’ensemble de son unité à l’allemand Evotec.

Les raisons évoquées sont les suivantes : « Au regard de la difficulté particulière de ce domaine thérapeutique et [...] des réalités budgétaires, Sanofi R&D reconnait ne pas être en mesure aujourd’hui de soutenir efficacement les ­projets de recherche. »

Comment croire que Sanofi, en tête du CAC40 avec ses 7 milliards de bénéfices, ne serait pas en mesure, compte tenu des « réalités budgétaires », de financer un axe thérapeutique majeur et crucial en termes de santé publique ?

Comment la société Evotec, avec un chiffre d’affaire de 250 millions d’euros (c’est-à-dire 140 fois moins que Sanofi) aurait, elle, la possibilité, l’ambition et les moyens de devenir un leader mondial en maladies infectieuses ? En quoi serait-elle plus experte que Sanofi dans ce domaine ?

Désintérêt pour les antibiotiques

D’un point de vue financier, l’antibiotique a plusieurs gros défauts : c’est un bon médicament, c’est-à-dire que très souvent il soigne le patient rapidement, il ne traite pas des maladies chroniques nécessitant des traitements à vie comme le diabète.

De plus, une grande partie du « marché » des antibiotiques se situe dans des pays pauvres et, qui plus est, un nouvel anti­biotique traitant les souches de bactéries multi-résistantes ne doit en aucun cas inonder le marché, sinon les bactéries exposées développeront une nouvelle résistance. Un tel médicament, dont nous avons cruellement besoin, devra être utilisé avec parcimonie, seulement en ­deuxième ou troisième intention, quand les traitements classiques auront échoué. Et tout ça ne plait pas aux financiers !

Devant les arguments avancés par Sanofi pour délaisser la recherche sur les anti-infectieux, une solution s’impose : il ne faut pas laisser aux financiers le choix des médicaments dont nous avons besoin !

Pour ne parler que de Sanofi, vouloir faire des profits rapidement en oubliant les règles du métier aboutit à un énorme fiasco.

Nous voulons un accès aux traitements pour tous, un choix des axes thérapeutiques en fonction des besoins, un juste prix des médicaments, une indemnisation des victimes à hauteur des préjudices subis, une production industrielle respectueuse de l’environnement et de la santé des salariés et des riverains, une politique de l’emploi ambitieuse et respectueuse des salariés.

Parce que le système actuel, soumis aux exigences des financiers, des actionnaires, des fonds de pensions, ne permet pas d’avoir cette politique au service de l’intérêt général, changeons le système !

Collectif Sanofric