Réforme retraites 2023

Libération - Cette réforme fait essentiellement des perdants

il y a 2 jours, par Info santé sécu social

Certes, le dispositif « carrières longues » va permettre à certains de partir à 62 ans au lieu de 64 mais, sans cette réforme, ceux-là auraient pu partir à compter de 60 ans. On ne peut pas dire qu’ils y gagnent.

publié le 22 janvier

On les appelle « éléments de langage ». Ce sont ces phrases et ces mots chocs utilisés par un pouvoir politique ou économique pour communiquer un message destiné à convaincre une opinion qui ne saurait quoi penser d’un sujet. Par exemple, cette réforme des retraites est une « réforme juste » qui « ne fait aucun perdant ». Ces éléments de langage sont martelés à l’envi depuis quelques jours dans les médias par les ministres du gouvernement Borne.

C’est que, après la manifestation monstre du 19 janvier contre la réforme des retraites, l’exécutif a compris qu’il fallait faire vite et fort pour convaincre une population qui doute de plus en plus du bien-fondé de ce projet. Et plus encore depuis que le patron du Conseil d’orientation des retraites (COR), Pierre-Louis Bras, a déclaré le même jour que les dépenses de retraite sont « relativement maîtrisées » et même qu’elles « diminuent à terme dans trois hypothèses sur quatre ». Cette réforme des retraites ne ferait donc aucun perdant ? Nous avons fait nos calculs, interrogé les premiers concernés et la conclusion est sans appel : faux, cette réforme fait essentiellement des perdants.

Certes, le dispositif « carrières longues » va permettre à certains de partir à 62 ans au lieu de 64 mais, sans cette réforme, ceux-là auraient pu partir à compter de 60 ans. On peut difficilement dire qu’ils ne sont pas perdants. Comment expliquer à un ouvrier du bâtiment qui travaille dans des conditions météo parfois extrêmes et en portant de lourdes charges, ou à une caissière qui passe des heures devant sa caisse dans un bruit permanent qu’ils vont devoir travailler plus longtemps mais qu’ils ne sont pas perdants ? Et tous ces seniors éjectés des entreprises ou ne parvenant plus à trouver un emploi après 60 ans, et qui devront attendre 64 ans au moins pour toucher leur retraite, seraient des gagnants ? Bref, ça ne colle pas. S’il veut convaincre les Français, l’exécutif ne peut se contenter d’éléments de langage, il va lui falloir revoir sa copie.