Luttes et mobilisations

Libération - Droit au logement. Occupation symbolique de l’Hôtel-Dieu pour demander la mise à l’abri de sans logis

il y a 4 jours, par Info santé sécu social

Migrants, réfugiés... face à l’exodedossier
Une centaine de personnes occupent depuis samedi après-midi une cour de l’établissement dans une aile inoccupée.

publié le 13 février 2021

Le rendez-vous avait été donné à 13 heures 30, devant l’Hôtel-Dieu, à Paris. Une cinquantaine de bénévoles issus de différentes associations et collectifs (Utopia 56, Droit au logement, Wilson…) et une centaine de sans-abri, pour la plupart des exilés, se sont installés ce samedi, dans une cour de l’établissement hospitalier situé en plein cœur de la capitale, juste derrière la cathédrale Notre-Dame. Objectif de l’opération : « On se met au chaud ». Alors qu’une importante vague de froid frappe la capitale depuis le début de la semaine, le collectif réclame la mise à l’abri « immédiate et pérenne » de « tous ceux qui en ont besoin ». Dès la fin de l’après-midi, deux autocars de France Terre d’asile, une association de soutien aux demandeurs d’asile qui travaille notamment pour la préfecture, sont arrivés pour acheminer les femmes avec ou sans enfants, les familles et les mineurs vers « des hôtels », et les hommes seuls dans « des gymnases ou autres hébergements d’urgences », selon les bénévoles présents sur place.

Dénoncer les « dysfonctionnements » du plan grand froid
« Aujourd’hui pour être mis à l’abri il faut passer par le 115. Mais le numéro d’urgence est toujours saturé, c’est très compliqué de trouver une place par ce biais », dénonce Kérill Theurillat, un coordinateur de l’association d’aide aux migrants Utopia 56, joint par téléphone par Libération. Il regrette les « importants dysfonctionnements » du plan grand froid qui ne permet pas selon lui de garantir l’hébergement des personnes à la rue. « On souhaite que toutes les personnes présentes ici soient mises à l’abri rapidement. Et pour y parvenir, on est obligés de passer par ce type d’actions de visibilisation, ce n’est pas normal », se désole-t-il. Pour lui, ce plan grand froid est « inadapté » et son fonctionnement reste « trop opaque ». « C’est difficile de trouver des informations, ça implique souvent d’avoir un téléphone, ce qui n’est pas le cas pour beaucoup de personnes à la rue », souligne-t-il. Lui plaide pour « la création de points de rendez-vous où les gens pourraient se rendre pour être mis à l’abri » ainsi que « l’instauration d’un dispositif de premier accueil pour les exilés qui arrivent à Paris ».

Réquisitionner les logements vacants

Le choix des bénévoles ne s’est pas porté par hasard sur l’Hôtel-Dieu. « C’est un peu symbolique, reconnaît Philippe Caro du collectif Solidarité migrants Wilson. Les hôpitaux avaient initialement une vocation d’accueil. Mais il s’agit surtout à nouveau d’un lieu qui possède des milliers de mètres carrés vides, inutilisés ». En occupant ces endroits parisiens laissés à l’abandon, les bénévoles militent pour que les pouvoirs publics aient recours à la loi de réquisition. Ce texte autorise l’Etat à réquisitionner des logements vacant depuis plus d’un an. « Quand les pouvoirs publics appliqueront-ils cette loi ? Quand prendront-ils les dispositions nécessaires pour mettre à l’abri de manière pérenne les plus fragiles ? », interroge Yann Manzi, cofondateur d’Utopia 56. « On a besoin d’une refonte du système d’hébergement. Il faut arrêter ce système où les personnes sont mises à l’abri un jour et remises à la rue le lendemain », insiste-t-il.

Le 24 janvier, le collectif avait déjà occupé une ancienne école maternelle du XVIe arrondissement de Paris pour demander un hébergement pour environ 300 migrants. Ils avaient été mis à l’abri temporairement dans des gymnases parisiens puis orientés vers des centres d’hébergement.