L’Anticapitaliste Hebdo du NPA

NPA - Convaincre et non contraindre. Les alternatives à la politique de Macron pour lutter contre la pandémie

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

VERSION LONGUE DE L’ARTICLE DE L’ANTICAPITALISTE DU 29/07/21

La loi instaurant le pass sanitaire a été votée au parlement. Gabriel Attal le porte-parole du gouvernement a affirmé au « Parisien » qu’il n’y a pas d’autre alternative à sa politique pour instaurer la vaccination générale ». C’est faux.

Il n’est pas du tout certain que les mesures édictées par le pass sanitaires soient efficaces pour aboutir à une couverture vaccinale suffisante afin d’enrayer le développement de la pandémie. Un sondage Écoscope Opinion Way–« les Échos » et une enquête menée par les chercheurs de l’Inserm et du CNRS auprès de 86 000 personnes aboutissent à des résultats proches.1 « Plus on est bas dans la hiérarchie sociale, plus on est réticent à la vaccination en particulier contre le vaccin COVID 19 » selon les auteurs de l’étude qui précisent que 17% des ouvriers ont déclaré qu’ils ne se feraient pas vacciner contre 8% des cadres supérieurs. Pour Opinion Way 16% des personnes interrogées n’ont pas l’intention de se faire vacciner : 24 % des ouvriers et employés et 8 % des cadres supérieurs. Le directeur de recherche du CNRS déclare que « toute une partie de la population ne va pas au restaurant, au théâtre, ne prends ni le train, ni l’avion. Pour toucher les réticents des classes populaires, du monde ouvrier et des zones périurbaines, il vaudrait mieux essayer de convaincre plutôt que de menacer ». Le pass sanitaire ne va probablement pas faire changer d’avis les récalcitrants à la vaccinations dans les classes populaires, donc parmi les plus vulnérables alors que 5 millions de personnes souffrant de comorbidités ne sont pas encore vaccinées et « sont en situation à risque au moment où repart l’épidémie » selon le médecin-conseil national de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie »2.

Une politique alternative
Oui il faut vacciner au moins 80% de la population pour aboutir à l’immunité collective 3 et protéger ainsi la population. C’est certainement possible sans les contraintes du pass sanitaire et sans décréter l’obligation vaccinale. Plusieurs dispositifs mis en place et développés notamment par la Sécurité sociale ont permis une progression importante de la vaccination. Une politique alternative à celle du pouvoir est donc possible à condition de donner les moyens nécessaires aux organismes sociaux et sanitaires qui devraient continuer à se mobiliser en toute indépendance vis à vis du gouvernement. Une politique de masse et de proximité pour l’accès à la vaccination est nécessaire car comme le dit J.F.Delfraissy, le président du coneil scientifique, opposé à l’obligation vaccinale sauf pour les soignants « ce n’est pas la mesure qui est importanten c’est l’accessibilit de la mesure qui est importante ». Les exemples exposés dans cet article montrent que c’est possible.

Informer !
La branche maladie de la Sécurité sociale a mené en 2020 une campagne intitulée « cette année encore, la grippe va faire mal » qui avait pour objectif d’augmenter la couverture vaccinale contre la grippe. Après avoir mené une étude pour comprendre les freins à la vaccination et de trouver les leviers des changements de comportements elle a lancé une importante campagne de sensibilisation dans de multiples médias pour frapper les esprits, faire comprendre la dangerosité du virus et inciter à la vaccination. Après trois mois de campagne le bilan est positif et il est constaté une importante progression de la vaccination des personnes ciblées par la campagne. Le taux de vaccinations des personnes âgées de plus de 65 ans ou vulnérables en raison d’une maladie chronique a évolué de 40 à 60 %. Les pharmaciens, autorisés à administrer eux-mêmes le vaccin, ont réalisé les deux tiers des injections. Malgré une période de rupture se stock la progression du taux de vaccination des personnes ciblées en priorité a évolué de 40 à 60 %. Au moins 75% de la population devrait être vaccinée pour atteindre l’immunité, c’est encore insuffisant, ce type de campagne devra donc être développée à une plus large échelle.

« Tester, alerter, protéger » !
La branche maladie de la sécurité sociale a été chargée de rechercher les contacts des personnes qui ont été contaminées par le coronavirus. La stratégie « tester, alerter, protéger » a été considérée par des épidémiologistes comme essentielle à la maîtrise de l’épidémie. Le médecin qui a diagnostiqué un cas de Covid doit envoyer dans un base spécifique sécurisée un dossier sur le patient et son entourage. 4000 enquêteurs de la sécurité sociale recrutés parmi le personnel des caisses et 6000 embauchés en CDD sont chargés de joindre les patients afin de connaître leurs contacts et de donner des consignes (isolement, réalisation des tests, mesures sécuritaires à respecter) et de les informer sur leurs droits (arrêt de travail, délivrance de masques gratuits...), 80% des cas contacts procèdent à un dépistage. Cette politique de contacts permet de remonter et de neutraliser les chaînes de propagation du virus pour faire face à la 4ème vague qui s’annonce. Néanmoins pour être pleinement efficace ce dispositif nécessiterait plus de personnels.

Ce dispositif a fait preuve de son efficacité, il devrait être étendu à la vaccination en recrutant du personnel qui devraient joindre toutes les personnes qui ne sont pas vaccinées (ils sont inscrits dans les fichiers de la Sécu) afin de les convaincre de l’utilité de cette action en commençant par les personnes les plus vulnérables en raison de leur âge et de leur maladie qui pourraient recevoir un bon de vaccination comme c’est le cas pour la grippe. Cela nécessite des moyens humains et financiers supplémentaires attribués aux caisses de Sécu pour procéder à de l’embauche et à la transformations des contrats précaires en CDI. Lorsque l’épidémie sera éradiquée les caisses auront néanmoins besoin d’effectifs supplémentaires. Il faudra revendiquer la titularisation des personnels précaires et de l’embauche pérenne car développer une véritable politique de prévention de la maladie devrait être une obligation permanente de la Sécu.

« Aller vers... »
La CPAM du 93 a décidé en plus des 27 centres de vaccination existant d’instaurer à partir d’avril des vaccinations itinérantes et sans rendez-vous. Elle a installé des barnums dans les cités du département qui ont permis de vacciner sans rendez-vous des personnes vulnérables et isolées. Selon la directrice de la CPAM « en allant dans les quartiers, en bas des immeubles, on décloisonne la vaccination et on règle le problème de la proximité. En jouant sur la pédagogie et la présence sur le terrain, on sent que les craintes changent. La peur du vaccin est toujours présente mais elle n’empêche plus de franchir le cap »4. Mais elle ne pouvait ainsi que vacciner au maximum 200 personnes par jour, un « vaccidrive » géant a donc été installé avec huit files de voitures simultanées, un code couleur permet aux médecins qui vaccinent de connaître le nombre de personnes à piquer dans les véhicules. Cette disposition a été récemment élargi aux cyclistes et aux trottinettes.

Les données des caisses d’assurance maladie révèlent des différences importantes dans l’accès à la vaccination. Les départements où le taux de vaccination est le plus faible sont ceux où les inégalités sociales et économiques sont les plus importants : à la mi-juillet 40,7 % de la population avaient reçue les deux doses en France mais ils n’étaient que 12,2 % en Martinique et 9,5% à Mayotte à en avoir bénéficier. Une autre politique de vaccination est donc nécessaire et possible. Alors avant d’être dans l’obligation d’imposer la vaccination par la contrainte, réalisons sans tarder une campagne intense d’immunisation par la conviction et en se rapprochant de la population la plus défavorisée en priorité.