Les retraites

Alternatives économiques - Seniors Inégaux face à la fin de vie

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Le vieillissement de la population en France a d’importantes retombées en termes d’accueil des personnes âgées en institution. Trois études de la Direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques (Drees) du ministère de la Santé le démontrent.

Soins de suite et de réadaptation
La première réalisée par Claire Charaval, Léa Mauro et Tom Seimandi concerne les établissements de soins de suite et de réadaptation : structures qui prennent en charge des patients, majoritairement âgés, en proposent une hospitalisation de jour ou de nuit. Leur activité, comptabilisée en jours de présence dans ces structures, a augmenté de 16 % entre 2008 et 2016, année où elle atteint près de 38 millions de journées d’accueil pour plus d’un million de patients.

Cela s’explique par le fait que la population vieillissante est plus nombreuse mais aussi par un taux de recours à ce type de structure qui est plus important pour les plus de 90 ans. L’augmentation de l’activité est particulièrement importante dans les cliniques privées, qui concentrent 34 % de l’activité en 2016 contre 30 % en 2008. Sur 1 828 établissements de santé prodiguant ce type de soins, la moitié (900) appartiennent au secteur public, un quart (471) au secteur privé à but lucratif et un autre quart (457) environ au secteur non-lucratif (établissements associatifs, mutualistes, fondations et congrégations). Sachant qu’entre 2008 et 2016, le nombre d’établissements publics est demeuré stable, les cliniques privées ont augmenté de 8 % (+34 établissements) et le secteur privé à but non-lucratif a perdu 23 établissements (- 5 %).

L’offre a surtout augmenté dans les cliniques privées (+ 32 % en huit ans)

Pour faire face à l’augmentation de la demande, la capacité d’accueil (lits et places) a augmenté de 13 % en huit ans. Mais ces places sont aussi mobilisées de manière plus intensive (avec un taux d’occupation des lits qui a crû de 3 points). L’offre a surtout augmenté dans les cliniques privées (+ 32 % en huit ans), soit nettement plus que dans les hôpitaux publics (+ 8 %) et les établissements du secteur non-lucratif (+ 2 %). Ces structures ont également « développé des alternatives à l’hospitalisation complète ». Le nombre de jours en hospitalisation partielle a ainsi augmenté de 74 % en huit ans contre 11 % en hospitalisation complète.
Néanmoins, la durée moyenne de séjour passe de 30 à 31 jours en huit ans, et augmente en particulier pour les patients de 50 à 69 ans (passant de 28,5 jours en 2008 à 30,5 jours en 2016).

« Les disparités territoriales de capacités d’accueil subsistent encore, note la Drees, mais se résorbent peu à peu. » Ainsi, il existe un nombre important de structures dans le Sud de la France, en lien avec les activités traditionnelles de cures, maisons de repos et établissements de moyen séjour. Mais elles sont désormais mieux réparties sur le territoire. C’était l’un des objectifs de la réforme de 2008 qui a notamment encouragé la médicalisation de ces structures.

Financement des maisons de retraites
La deuxième étude de Malika Zakri et Xavier Besnard analyse la façon dont les seniors financent leur maison de retraite. La moitié des résidents en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépensent au moins 1 850 euros mensuels pour financer leur prise en charge. Il s’agit de la somme déboursée une fois déduites les allocations et les contributions des personnes ayant une obligation alimentaire vis-à-vis de ces personnes. Montant qui varie selon le niveau de perte d’autonomie, mais dépend essentiellement du statut de l’établissement. Cette participation est en effet bien plus élevée dans les établissements privés à but lucratif, puisqu’elle s’élève à au moins 2 420 euros pour la moitié des résidents contre 1 800 euros pour les autres types d’établissements, du secteur non-lucratif ou du secteur public hospitalier.
En dehors des ressources telles les pensions de retraites, leur principal moyen de financement est l’épargne personnelle

Fin 2016, les retraités perçoivent une pension moyenne de 1 500 euros nets mensuels. Aussi, beaucoup doivent, rappellent les chercheurs de la Drees, « mobiliser d’autres ressources pour financer les coûts liés à la prise en charge en établissement ».

Ainsi, en dehors des ressources telles les pensions de retraites, leur principal moyen de financement est l’épargne personnelle (livret d’épargne, livret d’épargne logement, livret d’assurance-vie…). Un tiers des résidents déclarent devoir y puiser pour financer les frais liés à la prise en charge de leur dépendance en institution, 11 % sont contraints de mobiliser leur entourage pour payer une partie de ces frais et 5 % sont obligés de vendre leur patrimoine. Ils sont plus nombreux encore à estimer devoir recourir à l’un de ces moyens de financements à l’avenir pour leur maison de retraite.

Mourir en Ehpad
Or, il s’agit là souvent de leur dernier lieu de vie, rappelle la troisième étude de la Drees de Marianne Muller et Delphine Roy. En 2015, 150 000 personnes résidant en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) sont décédées. Cela représente un quart des décès annuels en France. En moyenne, les résidents de ces établissements pour personnes âgées décèdent à 89 ans, après une durée de séjour de trois et quelques mois environ. Les femmes sont plus nombreuses à vivre en institution, probablement parce que leur espérance de vie est supérieure.
Lorsqu’une infirmière est présente 24 heures sur 24, la probabilité de décéder lors d’une hospitalisation est plus faible

Un quart des décès des résidents en Ehpad n’ont par ailleurs pas lieu dans l’établissement mais au cours d’une hospitalisation.

Lorsqu’une infirmière est présente 24 heures sur 24, la probabilité de décéder lors d’une hospitalisation est plus faible. L’accompagnement de la fin de vie est donc une question centrale pour ces institutions. « La progression de la prise en compte de la fin de vie, notamment avec le plan gouvernemental 2015-2018 pour le développement des soins palliatifs, a eu pour corollaire une sensibilisation croissante au sein des établissements », estiment les chercheurs de la Drees.

Ainsi, en 2015, 5 500 Ehpad, soit trois établissements sur quatre, ont signé une convention avec une équipe mobile ou un réseau de santé en soins palliatifs. Et 87 % des Ehpad ont mis en place des procédés spécifiques : protocoles, procédures ou référentiels liés à la fin de vie, soit 12 points de plus qu’en 2011. Une progression marquée à la fois dans les Ehpad privés à but lucratif (+ 14 points), les Ehpad privés à but non lucratif (+ 10 points), et les Ehpad publics (+ 14 points). Néanmoins, seul un quart de ces établissements emploie au moins un salarié possédant un diplôme universitaire de soins palliatifs.