Assistance Publique des Hopitaux de Paris (AP-HP)

Appel de 105 médecins de l’AP-HP à Martin Hirsch - " Le moment n’est-il pas venu pour vous de refuser d’appliquer la politique du gouvernement en le plaçant face à ses responsabilités ? "

il y a 6 jours, par Info santé sécu social

Cher Martin Hirsch, pour l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, les années se suivent et, hélas, se ressemblent. En 2017, l’AP-HP, que vous dirigez, enregistrait un déficit de près de 200 millions d’euros. Vous nous expliquiez alors que nous nous "focalisions" trop sur la question du financement en nous renvoyant gentiment à nos responsabilités en matière d’activité, d’organisation, d’animation d’équipe et d’amélioration de la qualité des soins… Votre plan de redressement financier misait sur une stabilité de la masse salariale et, de façon assez irréaliste, sur une reprise de l’augmentation de l’activité pour compenser la baisse autoritaire des tarifs. Vous avez, en fait, réussi à diminuer les effectifs de près de 500 agents, mais l’activité n’a pas augmenté.

Cette course sans fin à l’activité poussée jusqu’à l’absurde ne fonctionnera plus. À nouveau, l’AP-HP va connaître pour 2018 un déficit de près de 200 millions d’euros. Faute de pouvoir compter sur un accroissement des recettes, vous avez annoncé une poursuite de la diminution d’effectifs de 800 à 1.000 postes chaque année jusqu’en 2023. Le temps passé par les soignants au lit des malades va encore diminuer. Quelle que soit leur pertinence, les changements annoncés dans le plan de restructuration prévu pour la «  nouvelle AP-HP  » n’y changeront rien. La diminution du nombre de services et la réduction des effectifs entraîneront inévitablement une baisse d’activité.

Les hôpitaux ne peuvent qu’enregistrer des déficits dans la mesure où le budget qui leur est alloué croît chaque année entre 2 et 2,5 % quand les dépenses programmées augmentent, elles, de plus de 4%. Et lorsque l’équilibre financier est obtenu au prix de grands efforts, il s’avère toujours précaire : il est remis en cause l’année suivante.
Le moment n’est-il pas venu de refuser d’appliquer une politique qui dégrade la qualité des soins ?

La cause de cette situation n’est ni l’incurie des directeurs ni la paresse des professionnels. Elle est politique : baisse automatique des tarifs, sous-valorisation de la recherche, réduction des dotations pour les maladies rares comme pour les patients précaires, décidées année après année par les différents gouvernements. Y compris en 2018, sans aucune justification possible autre que le choix de transférer une partie du déficit de l’assurance maladie aux hôpitaux et la volonté de contraindre ces derniers à restreindre leur activité. Quitte à réduire l’offre de soins et à en dégrader la qualité. Le dernier avatar législatif d’une rémunération des hôpitaux pour éconduire les patients arrivant aux urgences en les adressant à la médecine de ville n’en est qu’une démonstration supplémentaire.

Cher Martin Hirsch, dans votre livre L’Hôpital à cœur ouvert (Stock), vous déclariez que le fil rouge de votre action était la qualité des soins. Savez-vous comment a évolué cette qualité sous votre direction ? Notre conviction, c’est qu’elle s’est dégradée, parallèlement à l’aggravation des conditions de travail des aides-soignantes, des infirmières, des cadres de santé, des secrétaires, des internes et des médecins. Vous n’en êtes pas directement responsable mais expliquer que la faute en revient aux personnels réfractaires au changement, accrochés à leur statut, à leurs routines et à leurs "privilèges" reviendrait à se défausser.

En tant que personnalité politique intervenant régulièrement sur la scène médiatique, vous vous posez sûrement la question : "Quelle est ma ligne rouge, celle que je n’accepterai pas de franchir pour ne pas trahir mes valeurs ?" Nous ne connaissons pas votre réponse intime.

Mais le moment n’est-il pas venu pour vous de refuser d’appliquer cette politique en plaçant le gouvernement face à ses responsabilités ? Par exemple, à l’occasion d’une intervention solennelle lors de la matinale de France Inter.

Les signataires :
Catherine Adansbaum
Frédéric Adnet
Hélène Affres
Thierry André
Fabrizio Andréelli
Judith Aron Wisnewsky
Anne Bachelot
Thomas Bardin
Zina Barrou
Sophie Barthier
André Baruchel
Dominique Batisse
Hakim Bécheur
Françis Berenbaum
Jean-François Bergmann
Catherine Bernard
Bruno Bernot
Hervé Blanchard
Jacques Boddaert
Raphaël Borie
Clara Bouché
François Boué
drien Bougle
Pierre Bourgeois
Muriel Bourgeon
Olivier Bourron
Damien Bresson
Eric Bruckert
Claire Carette
Eric Caumes
Marina Cavazzana
Hugues Chabriat
Philippe Chanson
François Chast
Olivier Chosidow
Laurent Cohen
Jean-Philippe Collet
Jean-Christophe Corvol
Sophie Crozier
Nicolas Danchin
Christian De Gennes
Françoise Divisia
Michel Dru
François Durand
Stéphane Ederhy
Alain Fischer
Bertrand Fontaine
Philippe Fossati
Vincent Gajdos
Alain Gaudric
Jean-François Gautier
Stéphane Giraudier
Cécile Goujard
Bernard Granger
André Grimaldi
Philippe Grimbert
Jérôme Guéchot
Marine Halbron-Guenancia
Julien Haroche
Agnès Hartemann
Véronique Haudouin
Pierre Hausfater
Patrick Henry
Emmanuel Houdart
Richard Isnard
Paul Jacquin
Sophie Jacqueminet
Guillaume Jondeau
Christel Jublanc
Jean Baptiste Julia
Marina Karmochkine
Etienne Larger
Véronique Leblond
Raphaël Lepeule
Catherine Lubetzki
Xavier Mariette
Olivier Milleron
Gilles Montalescot
Marie-Pierre Mosset
Lionel Naccache
Juliette Pavie
Sarah Peiffer
Michel Polack
Marc Popelier
Marie-Laure Raffin-Sanson
Anne Revah-Levy
Caroline Rey-Salmon
Pascal Richette
Sylvie Rosenberg
Ronan Roussel
Jean-Pierre Riveline
Yves Samson
Marc Sanson
Philippe Touraine
Florence Travert
Christophe Trivalle
Nadia Tubiana
Jean-Christophe Vaillant
Dominique Valla
Jean-Paul Vernant
Tiphaine Vidal-Trécan
Laurence Weiss
Jacques Young
Jean-Marc Zini
Catherine Zittoun