Les retraites

Capital.fr : Déficit des retraites : les mesures d’économie auxquelles vous n’échapperez peut-être pas

il y a 1 semaine, par infosecusanté

Capital.fr : Déficit des retraites : les mesures d’économie auxquelles vous n’échapperez peut-être pas

Adeline Lorence

Le 18/11/2019

Le Conseil d’orientation des retraites vient, dans un rapport, d’annoncer que le déficit du régime de retraite pourrait être compris entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros en 2025. Un résultat qui pourrait inciter le gouvernement à prendre des mesures d’économie en touchant par exemple à la durée de cotisation ou au niveau des pensions, avant la mise en place du régime universel.

Le gouvernement a l’embarras du choix. Dans le rapport du Conseil d’orientation des retraites, sur “les perspectives des retraites à l’horizon 2030”, que Capital a pu consulter, plusieurs mesures figurent pour rétablir l’équilibre du système de retraite en 2025. Le choix de la date n’est pas pris au hasard, puisque c’est en 2025 que devrait entrer en vigueur le régime universel de retraite. Et ce n’est pas une surprise, à cette date, le système ne devrait pas être à l’équilibre. D’après l’étude du Cor, le déficit devrait être compris entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros en fonction des hypothèses retenues (croissance, taux de chômage…). “Cette projection est réalisée à législation inchangée, c’est-à-dire en supposant que l’évolution des paramètres actuels de retraite restera identique à l’avenir, à l’exception néanmoins des modifications prévues dans le cadre du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020”, annonce le Conseil, en introduction de son rapport.
Or, le premier ministre a été clair, lors de son discours devant le Conseil économique, social et environnemental en septembre dernier, lorsqu’il a demandé au Cor des projections sur la situation financière de notre système de retraite durant la prochaine décennie. “Chacun sera donc parfaitement informé, à la fois de la situation à laquelle nous faisons face et des leviers disponibles pour agir. Je ne doute pas que nous réussirons alors à convenir des mesures nécessaires pour équilibrer le dispositif”, avait-il alors déclaré. Et des leviers disponibles, le gouvernement n’en manque pas dans le rapport du Cor. Ce dernier présente plusieurs hypothèses concernant l’âge de départ à la retraite, l’augmentation des cotisations ou encore la baisse des pensions.

Mais alors que s’annonce un important mouvement social contre la réforme des retraites le 5 décembre prochain, prendre de telles mesures paraît risqué. “Le gouvernement n’est pas obligé de tenir compte de l’avis du Cor”, rappelle Pascale Coton de la CFTC. Conscient que le sujet est plus que sensible, le Cor lui-même prend un maximum de précautions. “Tous les scénarios n’ont pu faire l’objet d’une analyse systématique avec un modèle de microsimulation et certains ont été obtenus par extrapolation linéaire. Ils visent essentiellement à indiquer des ordres de grandeur afin d’éclairer le débat”, appuie le rapport. C’est avec tous ces arguments de prudence qu’il présente différentes solutions pour permettre au système d’être à l’équilibre en 2025.

Les mesures d’âge
Le président de la République a toujours été clair : l’âge légal de départ à la retraite restera à 62 ans. Ce qui n’empêche pas par d’autres moyens d’inciter les Français à travailler plus longtemps et donc dans les faits à partir bien après cet âge légal. Ainsi dans plusieurs scénarios “pour équilibrer financièrement le système de retraite en 2025, via le seul levier de l’âge de départ à la retraite il serait nécessaire d’augmenter de 4,4 mois l’âge de liquidation par rapport à la législation actuelle”, pointe le Cor. Il faudrait donc que l’âge auquel les actifs peuvent partir à taux plein atteigne 63,2 ans en 2025, alors que les prévisions l’estiment à cette date à 62,8 ans. En 2018, il était de 62,2 ans. “L’âge d’ouverture des droits cible pour la génération 1963 irait dès lors de 63 à 64,3 ans en fonction du scénario retenu pour calibrer la mesure”, analyse le Cor.

Autre possibilité, allonger la durée de cotisations pour obtenir une retraite à taux plein. Selon le Cor, cet allongement devrait être de l’ordre de 5 à 10 mois par génération en fonction des scénarios présentés. Ainsi, la durée de cotisation pour obtenir le taux plein pourrait passer à 44,1 ans pour la génération 1963. Cette hausse viendrait remplacer celle programmée dans le cadre de la réforme Touraine. Elle doit entrer en vigueur à partir de 2020 et prévoit d’allonger la durée de cotisations d’un trimestre tous les trois ans à partir de la génération née en 1958.

“Même si je ne fais pas de politique fiction, il est clair que l’accélération de la réforme Touraine est l’une des pistes les plus plausibles si le gouvernement était amené à prendre des mesures paramétriques avant 2025”, envisage Michel Beaugas de Force ouvrière.
Mais ce n’est pas la seule possibilité. Le Cor présente également une mesure combinant une hausse de l’âge d’ouverture des droits et une augmentation de la durée d’assurance. Dans ce cas, “la condition d’atteinte de l’équilibre financier en 2025 modifierait, pour la génération 1963, l’âge d’ouverture des droits de 0,9 an et la durée d’assurance de 0,4 an”.

Augmenter les cotisations
Si le gouvernement ne veut pas toucher à l’âge, il a une autre possibilité : faire peser le poids de l’effort sur les actifs en augmentant le taux de cotisation. Il faudrait l’augmenter d’une fourchette comprise entre 0,7 et 1,5 point selon le scénario choisi. “Le taux de cotisation tous régimes d’équilibre serait, in fine, de l’ordre de 25,9 % des revenus d’activité bruts en 2025 contre 24,9 % à législation inchangée”, précise le Cor. Mais l’impact sur les salariés pourrait être quasiment indolore. “Les hausses de cotisation ne doivent pas nécessairement être lues comme une hausse globale des prélèvements obligatoires : il s’agit de se substituer à une baisse de ressources provenant d’entités publiques comme l’assurance chômage, la Caisse nationale d’allocation familiale ou régimes des fonctionnaires qui dégageront de facto des marges de manœuvre financières supplémentaires”, tient à rappeler le Conseil.

Quasi-gel des pensions
Enfin, le gouvernement peut aussi décider de demander des efforts aux retraités. Pour le Conseil, il s’agirait d’appliquer une moindre indexation des pensions déjà liquidées entre 2021 et 2025. “La recherche de l’équilibre financier par la seule mesure d’indexation des pensions liquidées imposerait une indexation plus stricte, de 0,5 % par an, soit une perte de pouvoir d’achat d’environ 1,1 % chaque année entre 2021 et 2025”, détaille-t-il. C’est un peu ce que le gouvernement a déjà commencé à faire. Pour rappel en 2019, l’ensemble des pensions de base a été seulement revalorisé de 0,3%. Pour 2020, seul un coup de pouce pour les plus petites pensions (inférieures à 2.000 euros), est prévu. Ces dernières seront revalorisées au niveau de l’inflation (prévue à 1%) alors que les autres profiteront d’une hausse de seulement 0,3%. Le président de la République a annoncé, en avril dernier, qu’à partir de 2021 l’ensemble des pensions sera revalorisé par rapport à l’inflation. Les perspectives du Cor pourraient l’inciter à ne pas tenir cette promesse.