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JIM - Addiction : le gouvernement a un peu forcé sur la sobriété

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Publié le 08/01/2019

Paris, le mardi 8 janvier 2019 – Les militants de santé publique sont des incorrigibles optimistes. En dépit des déceptions qu’ont pu leur inspirer de précédents gouvernements, ils veulent toujours croire en la force du renouveau. L’arrivée d’une nouvelle équipe est en effet toujours l’occasion de croire en une dynamique nouvelle.

Avec Agnès Buzyn, les espérances étaient d’autant plus fortes que son attachement à la prévention, révélée lors de sa présidence de l’Institut national du cancer, était de bon augure. Mais, en matière de lutte contre les addictions, les désillusions ont été rapides. Ainsi, l’approche plus judiciaire que sanitaire de la contraventionnalisation du délit de possession de cannabis a été regrettée par les spécialistes de la lutte contre l’addiction. Surtout, les discours démagogiques et anti scientifiques proférés par le chef de l’Etat et plusieurs membres du gouvernement sur le vin et face à eux les dénégations inaudibles d’Agnès Buzyn ont inquiété.

Cependant, l’annonce d’un véritable plan addiction demeurait une lueur à l’horizon permettant de croire en une politique plus courageuse et cohérente.

Dans des préfectures vides ou presque…
Las, les atermoiements se sont multipliés et après un énième report en octobre, la colère était palpable. Ce n’est sans doute pas l’adoption en catimini du fameux plan fin décembre qui rassérénera les esprits. Le Monde révèle en effet aujourd’hui que sans aucune publicité, la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) qui dépend des services du premier ministre a transmis le 27 décembre (date idéale s’il en est !) aux préfets le plan gouvernemental de lutte contre les addictions. Ce programme qui n’a donc pas été dévoilé in extenso au grand public s’articule autour de 19 priorités et repose sur l’adoption de quelques deux cent mesures, souvent techniques. Certaines ont déjà été actées, comme le passage du tarif du paquet de cigarette à dix euros ou encore la contraventionnalisation de l’usage de cannabis.

Mobilisation générale
Plutôt que des mesures symboliques, le programme se donne pour ambition une mobilisation générale plus efficace, en mettant à contribution l’ensemble des acteurs, des préfets aux distributeurs, afin notamment de mieux faire respecter les règles (par exemple d’interdiction de vente aux mineurs). Il s’agira également de mieux reconnaître certaines spécificités locales, telles les salles d’injection à moindre risque, qui feront l’objet de nouveaux cahiers des charges. Le plan préconiserait également la promotion des chartes de la vie nocturne.

Sur l’alcool, quelques gouttes d’eau
Les mesures concernant l’alcool retiennent plus particulièrement l’attention même si les spécialistes de la lutte contre les addictions ont déjà été prévenus : aucune des mesures fortes préconisées par la majorité des spécialistes n’a été retenue. Il n’y aura pas de prix minimum ou de nouveaux encadrements de la publicité (en direction notamment des plus jeunes). On ne trouve que quelques mesures que beaucoup considéreront comme symboliques, comme le doublement de l’amende pour ivresse publique ou encore l’augmentation, qualifiée de « significative » (mais sans autre précision ni de calendrier) de la taille du pictogramme avertissant du danger de la consommation d’alcool pendant la grossesse. Tant l’absence (pour l’heure) de publicité autour de ce plan d’action, dont le caractère politique évident nécessitait pourtant une présentation générale plus marquée, que les mesures déjà connues ne pourront que confirmer la fin des illusions pour les militants de santé publique. Qui n’auront plus qu’à espérer en d’autres renouveaux.

Aurélie Haroche