Luttes et mobilisations

Le Figaro - Indre : les habitants du Blanc à Paris pour alerter sur le sort de leur maternité

il y a 1 semaine, par Info santé sécu social

Par Marie BOETTI Mis à jour le 21/11/2018 à 18:48

REPORTAGE - Une centaine de membres du collectif créé en réaction à la fermeture de la maternité du Blanc, dans l’Indre, se sont mobilisés ce mercredi au cœur de Paris. Devant l’enceinte du Congrès national des maires et l’Assemblée nationale, ces habitants ont reçu le soutien de plusieurs élus.

C’est dans le silence que le collectif « C pas demain la veille », constitué d’habitants du Blanc dont la maternité est vouée à la fermeture, a manifesté ce mercredi matin devant le Parc des expositions qui accueille le Congrès national des maires à Paris. Vêtues de capes rouges et de bonnets blancs, à l’image du roman de Margaret Atwood La Servante écarlate , des dizaines de femmes ont défilé sur la place Porte de Versailles. Elles ont ensuite formé un cercle au sein duquel des manifestants se sont allongés, couverts de pancartes en tissu avec des inscriptions telles que « les bébés ne naissent pas dans les choux, mais en sécurité dans notre maternité » ou encore « le déclenchement, c’est pas automatique ».

« Il y a zéro dialogue et on ne nous entend pas. Nous avons non seulement l’impression d’être méprisés parce qu’ils ont fermé notre maternité (le 19 octobre dernier, NDLR), mais aussi parce qu’ils ont décidé de ne pas nous recevoir. S’ils ne veulent pas venir au Blanc, c’est nous qui allons venir à Paris », explique Jérémie Godet, l’un des membres du collectif, au Figaro. Les manifestants n’ont pas pu rentrer dans le Congrès. Ils ont donc mené leur manifestation silencieuse et non-violente devant l’enceinte. « Nous sommes aussi visibles comme ça », affirme-t-il en précisant que le but est « d’interpeller les gens qui sont autour ».

Ce déplacement dans la capitale leur permet également de témoigner physiquement du soutien apporté par les élus municipaux. « On a 350 maires de l’Indre, de la Haute-Vienne, de la Vienne, de l’Indre-et-Loire qui ont signé une motion de soutien après des délibérations », nous indique Annick Gombert, la maire du Blanc. Sans oublier ceux qui avaient démissionné plus d’une semaine après la publication d’un rapport d’audits, selon lequel « les effectifs de la maternité du Blanc » étaient « insuffisants » et « les perspectives de recrutement trop incertaines ». Il indiquait « son remplacement par un centre périnatal de proximité (CPP) », où auraient notamment lieu des suivis de grossesse.

Des habitants épaulés par des parlementaires
Aux alentours de 13 heures, le collectif s’est dirigé vers l’Assemblée nationale pour rencontrer les parlementaires qui se mobilisent contre la fermeture des services de santé et sollicitent un rendez-vous avec la ministre Agnès Buzyn. Le député de l’Oise Maxime Minot a dit aux journalistes avoir fait cette demande à plusieurs reprises, mais en vain. La maire du Blanc ne comprend pas cette absence de réponse. Elle s’interroge : « Est-ce qu’elle se sent mal et pense que notre combat est juste ? Elle serait alors embêtée d’être en face de nous ? Moi, je commence à me poser la question. » Les défenseurs de la maternité ont déposé une invitation au ministère de la Santé.

D’après le député Alain Brunel, rencontré par Le Figaro, les Français vivent « dans un système où la santé est devenue une marchandise ». Il a exprimé son exaspération face à la presse : « On a besoin de moyens matériels et financiers, mais on ne les a pas et quand on demande à Madame Buzyn de nous écouter, elle ne nous écoute pas. » François Ruffin, député de la Somme, a évoqué une problématique bien plus globale. « On a aujourd’hui dans ce pays en matière d’hôpitaux un problème de démocratie, c’est-à-dire d’avoir un interlocuteur quand il y a un désaccord, quand il y a un conflit », a-t-il déploré en abordant également le cas de l’hôpital de Vierzon et d’autres communes.

La question de la femme rurale face à la citadine
Les manifestantes ont à nouveau arboré l’accoutrement de La Servante écarlate, en référence à leur sentiment d’abandon et à la condition de « la femme rurale » au sein de la société. Pour Judith, une mère résidant dans la ville du Blanc, la fermeture de la maternité s’apparente à une véritable injustice. « Les femmes (rurales) devraient avoir les mêmes droits que les autres Françaises qui vivent en ville. Parce que nous habitons dans un milieu rural, nous avons l’impression d’être condamnées », clame-t-elle avec émotion.

Fermer ce service reviendrait « à mettre les mamans en situation de risque », regrette Jean-Paul Chanteguet, ancien maire du Blanc qui avait annoncé sa démission de la présidence du Parc Naturel Régional de la Brenne pour dénoncer les raisons évoquées. « J’étais président du conseil d’administration de l’hôpital du Blanc pendant près de 30 ans et cette maternité n’a jamais été fermée, raconte-t-il au Figaro, nous n’avons jamais suspendu les accouchements et les conditions de sécurité étaient respectées. » D’après lui, « il risque d’y avoir la fermeture du service de chirurgie, du plateau technique et aussi de l’école des infirmières et des aides-soignantes ». Cette crainte fait écho aux propos d’Annick Gombert qui expliquait plus tôt que le collectif venait « dire que le Blanc n’est pas si loin de Paris et qu’il y fait bon vivre à condition que l’État ne saborde pas tout le système de santé publique ». La fermeture pourrait aussi entraîner « une perte d’attractivité qui sera forcément préjudiciable en termes de développement local », précise Jean-Paul Chanteguet. Un certain nombre de commerces ont déjà fermé dans le centre-ville. « Nous avons perdu notre tribunal d’instance et nous n’avons plus d’antenne de Pôle emploi », détaille-t-il.

Le collectif « C pas demain la veille » continuera son combat au-delà de cette journée d’actions. Le 1er décembre, il lancera « la marche des oreilles » afin de se faire entendre par le Gouvernement. Ce pèlerinage durera 15 jours et s’achèvera alors à Paris, le 16 décembre prochain.