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Le Monde.fr : Coronavirus : Hidalgo et Baroin critiquent les lourdeurs de l’Etat

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Le Monde.fr : Coronavirus : Hidalgo et Baroin critiquent les lourdeurs de l’Etat

Auditionnés mercredi par la commission d’enquête parlementaire du Sénat, les maires de Paris et de Troyes ont dénoncé un « mur d’incompréhension » entre les élus locaux et les services de l’Etat.

Par Solenn de Royer

Publié le 30/07/2020

Quelles leçons tirer de la crise sanitaire alors qu’une deuxième vague pourrait se profiler ? Juste avant de suspendre ses travaux pour la pause estivale, mercredi 29 juillet, la commission d’enquête parlementaire du Sénat a recueilli les « retours d’expérience » de trois élus locaux de premier plan : la maire socialiste (PS) de Paris Anne Hidalgo, le maire (Les Républicains, LR) de Troyes et président de l’association des maires de France (AMF) François Baroin, et le président du conseil départemental du Bas-Rhin, Frédéric Bierry, qui représentait l’Assemblée des départements de France.

Alors qu’Anne Hidalgo et François Baroin sont jugés présidentiables au sein de leurs familles politiques, le président de la commission d’enquête, le sénateur (LR) de Vaucluse Alain Milon, a tenté un trait d’humour en leur demandant de livrer leurs propositions, tout en évitant de dérouler un « programme présidentiel sur la santé ».

Discours erratique des autorités
C’est sans sourire que ces deux opposants à Emmanuel Macron – qui ont précisé ne pas vouloir accabler l’exécutif – ont regretté la pénurie de masques et de tests, ainsi que le discours erratique des autorités sur le sujet. « J’ai compris assez vite que les masques et les tests nous permettraient de reprendre une vie à peu près normale, y compris dans le déconfinement », a fait valoir Anne Hidalgo, qui s’est agacée contre la « doctrine » de l’Etat en la matière. « On nous répondait qu’il ne fallait pas donner les masques à nos personnels, a-t-elle ajouté. Au bout d’un moment, je suis passée outre. »

La maire de Paris a raconté que ses services avaient puisé dans des stocks municipaux qui, contrairement à ceux de l’Etat, n’avaient pas été détruits au cours des dernières années. « J’ai pu fournir 2,5 millions de masques à l’AP-HP [Assistance publique-Hôpitaux de Paris] », a-t-elle indiqué. Mais aussi 500 000 aux soignants du secteur libéral ou aux associations de lutte contre la précarité.

Même discours chez François Baroin, pour qui « la tension sur les masques a été le premier sujet de préoccupation des maires ». Lui aussi a jugé la doctrine de l’Etat en la matière « variable, évolutive, avec des crêtes et des creux ». Il a regretté que la médecine de ville, « qui prodigue 98 % des soins », n’ait pas été destinataire de masques, réservés à l’hôpital.

S’il a, lui aussi, critiqué la pénurie, c’est sur les tests que le patron du département du Bas-Rhin s’est montré le plus sévère. Pour Frédéric Bierry, l’absence de tests au début de la crise a coûté des vies. « Si nous avions pu faire des tests immédiatement (…), nous aurions pu réduire de moitié les décès dans les Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] », a-t-il affirmé, en expliquant que les professionnels de santé, quand ils ne pouvaient être testés, avaient « involontairement contribué à communiquer la maladie dans les Ehpad ».

De son côté, Anne Hidalgo a indiqué avoir réclamé un dépistage dans les maisons de retraite « dès la semaine du 23 mars », pour les résidents mais aussi les membres du personnel, y compris asymptomatiques. « J’ai entrepris de faire évoluer la doctrine de l’Etat », quand celle-ci ne semblait « pas adaptée », a-t-elle argué.

Des relations trop rigides
Les trois élus ont regretté les ratés et les incompréhensions ayant émaillé les relations entre les collectivités et des services de l’Etat, jugés trop rigides. « S’il y a un cadre administratif strict, ça freine la flexibilité et la réactivité nécessaires », a noté la maire de Paris pour qui le « dépassement de ce cadre » doit être la principale leçon de la crise.

Elle a rappelé son désarroi devant la décision du ministère de l’intérieur de laisser fermés les jardins de la capitale, alors qu’elle plaidait pour leur réouverture. « La décision la plus débile et la plus bureaucratique qui m’ait été imposée, a-t-elle relevé. Celle-là, je n’ai pas pu la contourner. »

Encore aujourd’hui, la maire regrette de ne pas avoir accès aux informations concernant les clusters parisiens. Ce qui lui permettrait de « travailler plus efficacement ». « Laissons la possibilité aux maires d’organiser leur territoire en fonction de la situation », a-t-elle dit.

Même agacement chez M. Baroin qui a dénoncé les lourdeurs d’un Etat « ultra-centralisé » : une des causes, selon lui, du « ralentissement » de l’action publique au début de l’épidémie. S’il a fait état de multiples échanges avec les ministres et les services de l’Etat – « il n’y a pas à se plaindre, je n’en ai jamais vu autant », a-t-il ironisé –, il a regretté un « mur d’incompréhension » entre ces derniers et les élus locaux. Les agences régionales de santé (ARS), « qui nous sont apparues comme des éléments à part, mais pas dans le cœur de ce que nous vivions », ont concentré ses critiques.

Les pouvoirs des maires « rognés »
Le patron de l’AMF a regretté en outre que les pouvoirs des maires aient été « rognés » par l’état d’urgence sanitaire, voté au début de la crise. Il a cité un arrêté pris par un édile pour imposer le port du masque dans les lieux publics avant que ce texte ne se fasse retoquer par le Conseil d’Etat, qui attribuait à l’Etat les pleins pouvoirs en matière de santé publique.

« Il y a une question d’organisation des pouvoirs publics », a pointé M. Baroin, en expliquant que les maires souhaitaient prendre la tête des conseils d’administration des hôpitaux et devenir des acteurs du rapprochement entre le public et le privé. « Il est stupéfiant de constater qu’il y a eu dans certaines parties du territoire des hôpitaux aux limites de la saturation et des cliniques privées avec des lits non utilisés », a-t-il relevé.

Le maire de Troyes a suggéré en outre que les départements héritent intégralement de la gestion des Ehpad et de la filière médico-sociale. « Cela aurait été plus fluide », a-t-il résumé, même s’il a reconnu à l’Etat un rôle de coordinateur dans la crise sur un sujet « régalien ». « Après ce qui s’est passé, le statu quo n’est pas possible. »

Lui aussi, Frédéric Bierry a dénoncé « un fossé entre les procédures administratives imposées et le cousu main attendu par nos concitoyens ». Et jugé « inadaptée » l’organisation centralisée de la santé. Il a mis également en doute la pertinence du périmètre régional, « trop grand ». « Il faut redonner le pouvoir d’agir aux collectivités » et « tenir compte des réalités territoriales », a-t-il insisté.

Anne Hidalgo n’a pas dit autre chose quand elle a reconnu la difficulté de « faire cohabiter » deux impératifs : un « commandement centralisé à l’échelle de l’Etat » et « la nécessité de donner aux collectivités territoriales la liberté d’agir, de prendre des initiatives et d’aller au-delà des contraintes administratives ».