Les mobilisations dans les hôpitaux

Le Quotidien du médecin - Les praticiens hospitaliers en grève illimitée pour dénoncer l’« injustice » de leur nouvelle grille salariale et de reclassement

il y a 1 semaine, par Info santé sécu social

Les organisations de praticiens hospitaliers (PH) ne désarment pas face à la nouvelle grille de rémunération et de progression de carrière, jugée injuste par une partie significative de la profession.

À l’initiative du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs élargi (SNPHARe), du Syndicat national des médecins hospitaliers (SNMH-FO), de l’Union fédérale médecins ingénieurs cadres techniciens (UFMICT-CGT) de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), une grève « illimitée » des PH a été déclenchée ce lundi 11 janvier partout en France.

Reclassements très mal vécus

Le syndicat Jeunes Médecins (JM) a déposé de son côté un préavis de grève qui prendra effet à compter du 15 janvier. Le syndicat précise toutefois que tous les jeunes médecins hospitaliers sont « couverts par le préavis de grève du SNPHARE » et peuvent donc se déclarer grévistes dès ce lundi. Action Praticiens Hôpital (APH, union d’Avenir Hospitalier et de la Confédération des Praticiens des Hôpitaux), est lui aussi « associé » à cette journée de mobilisation et incite les PH à rejoindre le mouvement, « le Ségur n’étant que poudre aux yeux ».

Ces syndicats, qui dénonçaient déjà un Ségur de la santé « sans aucun effet » sur l’attractivité du métier, s’offusquent principalement des conditions de reclassement des médecins consécutives au remodelage de leur grille de rémunération. Selon le Dr Hervé Pichon, chirurgien à Voiron (Isère) et membre du SNMH-FO, la suppression des trois premiers échelons et la création de trois nouveaux en toute fin de carrière laisse « 45 000 praticiens sans revalorisation et sans espoir ».

Accélération de carrière de quatre ans

« Il y a des problèmes à tous les niveaux », abonde le Dr Anne Geffroy-Wernet, présidente du SNPHARe. En fin de grille, le treizième et dernier échelon serait presque impossible à atteindre avant la retraite en raison de l’allongement de la durée de carrière (avec des paliers de quatre ans), avance l’anesthésiste-réanimateur de Perpignan.

À l’inverse, la non-conservation de l’ancienneté pour les PH des trois premiers échelons et nommés avant le 1er octobre 2020 conduirait à une situation où « les jeunes qui arrivent aujourd’hui doubleraient en salaire ceux qui sont titulaires depuis déjà trois ou quatre ans », s’émeut le Dr Geffroy-Wernet. Pour le Dr Yves Rebufat, trésorier du SNPHARe, « les sacrifiés sont les 45-55 ans mais aussi les 32-45 ans ».

Afin de corriger ces « injustices », les organisations mécontentes réclament une « accélération de carrière de 4 ans d’ancienneté pour tous les praticiens nommés avant 2020 ». Pour APH, chaque médecin peut envoyer de la sorte un « message clair » au gouvernement pour « obtenir la bonification de quatre ans pour tous ». Le syndicat évoque déjà une nouvelle journée de grève nationale de défense de l’hôpital public le 21 janvier.

À l’AMUF et au SNPHARe, on rappelle également que la rémunération des gardes et astreintes « n’a pas bougé depuis 2002 ». « Nous touchons deux fois moins que les universitaires et sommes maintenant dépassés par les libéraux alors que l’intérim flambe », alerte ce lundi le Dr Patrick Pelloux, président de l’AMUF.

Fin de non-recevoir

Malgré le contexte de crise sanitaire, les syndicats espéraient une mobilisation importante dans les hôpitaux – même si en pratique nombre de médecins sont assignés et travailleront. « Le reclassement a été pour beaucoup un grand coup au moral », assure le Dr Essam Koteira (SNMH-FO), à l’unisson de ses collègues

En décembre, un appel à contester massivement les procédures de reclassement avait été lancé. Quelques semaines plus tard, le Dr Geffroy-Wernet assure que les recours arrivent « par centaines » tant la mesure a été « très mal vécue » par les médecins – dont beaucoup ont découvert à cette occasion la portée des accords du Ségur. « On ne peut pas continuer à mépriser les PH », tance le Dr Christophe Prudhomme de l’UFMICT-CGT.

Quelques heures avant le début de la grève, ce lundi, les syndicats ont reçu d’Olivier Véran un courrier en forme de fin de non-recevoir. Le ministre y fait l’étalage des mesures salariales issues du Ségur mais campe sur ses positions. « L’intégralité des praticiens hospitaliers qui a un exercice public exclusif voit sa rémunération augmentée », souligne le locataire de Ségur.