Les mobilisations dans les hôpitaux

Libération - Dans la désespérance », les hospitaliers s’apprêtent à débrayer le 15 octobre

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Par Nathalie Raulin — 7 octobre 2020 à 09:06

Les syndicats et des collectifs de soignants appellent à une nouvelle journée d’action pour les salaires mais aussi « des embauches massives immédiates ».

« Dans la désespérance », les hospitaliers s’apprêtent à débrayer le 15 octobre
C’est un télescopage qui en dit long. Alors que le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2021 est officiellement présenté ce mercredi en conseil des ministres, le collectif Inter-Hôpitaux a décidé de se joindre à l’appel à une journée de mobilisation nationale le 15 octobre lancé par la CGT, SUD, les collectifs Inter-Urgences et Inter-Bloc. Objectif : obtenir « une revalorisation significative des salaires » et « des embauches massives immédiates ».

Un retour de colère à première vue incompréhensible. Déflorées fin septembre par les ministres de la Santé et du Budget, Olivier Véran et Olivier Dussopt, les grandes lignes du projet de budget de la Sécu semblaient pourtant rompre avec dix-huit ans de retour à marche forcée vers l’équilibre comptable. Entre le coût de la crise sanitaire et la hausse des salaires des soignants actée en juillet à l’issue du Ségur de la santé, le gouvernement, après avoir entériné pour 2020 un déficit abyssal de 44,7 milliards d’euros, anticipait pour 2021 un trou toujours « très élevé » de 25,5 milliards d’euros.

Surtout, le projet de budget prévoit une hausse programmée des dépenses maladie « sans précédent depuis dix ans » : l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam) s’envole de 7,6% (contre 2,3% en 2020). De quoi en apparence faire face à la dynamique naturelle des dépenses de santé de la population (+4,5%), liée au vieillissement de la population et à la multiplication des maladies chroniques. En apparence seulement, notamment pour l’hôpital. Car une fois déduits les coûts liés à la crise sanitaire et les revalorisations encore à venir des salaires des soignants, le reste à vivre pour l’hôpital se révèle famélique.

« Fuite du personnel »
« Je n’ai jamais vu un Ondam hospitalier aussi faible, s’inquiète Anne Gervais, médecin à l’hôpital Bichat et coordinatrice du collectif Inter-Hôpital. Pour 2021, il est fixé à 92,3 milliards d’euros, mais si l’on ne tient pas compte des revalorisations salariales, il ressort à 88,3 milliards d’euros, soit seulement 600 millions de plus qu’en 2020. C’est ce qu’il va rester à l’hôpital pour faire face à la hausse de ses charges de fonctionnement l’an prochain, du remplacement de matériel à l’entretien des locaux. » Et de calculer : « Cela signifie qu’on demande à l’hôpital de faire un milliard d’euros d’économie en 2021… »

Pour le gouvernement, une régulation plus performante et une meilleure organisation du travail (comme l’a d’ailleurs redit Emmanuel Macron mardi lors d’un déplacement à l’hôpital de la fondation Rothschild) peut y suffire sans nuire à la « qualité des soins ». Par temps calme, l’argument récurrent fait déjà grincer des dents à l’hôpital. Mais alors que la marée Covid remonte et que l’hiver porteur de virus approche, la pilule a cette fois beaucoup de mal à passer. Tous les praticiens le disent : si l’hôpital public était « en souffrance » avant la crise sanitaire, son modèle est désormais menacé de « disparition ». « La fuite du personnel soignant se poursuit, alerte le Dr Olivier Milleron, cardiologue à Bichat et membre du collectif Inter-Hôpitaux. Le Ségur a été un échec total du point de vue de l’attractivité des métiers. Augmenter les salaires, ça ne résout pas tout. Les discussions autour des conditions de travail, très dégradées, sont restées sans suite. »

Sous-effectif inquiétant
Un point dur. C’est qu’après l’épreuve du printemps, la démotivation a gagné du terrain. Entre les congés, les arrêts maladie, et les mises en isolement pour garder des enfants cas contact, le taux d’absence frise les 10% à l’AP-HP et l’AP-HM. Les départs (demande de disponibilité, démission, retraite) aussi se multiplient. A l’inverse, les postes d’infirmières et d’infirmiers ouverts et financés ne trouvent pas tous preneurs… Même après sa campagne de recrutement de sortie d’école, 450 postes étaient toujours non pourvus à l’AP-HP fin septembre. Officiellement. Car le sous-effectif est sans doute bien plus inquiétant. « Il manque déjà 100 infirmières rien que sur le groupe de l’hôpital Nord », indique Olivier Milleron.

Or, faute de soignants en nombre suffisant pour s’occuper des patients, les médecins sont contraints de fermer des lits d’hospitalisation dans leur service. Les urgentistes qui n’ont, faute de lits d’aval, plus d’autres solutions que de faire patienter les malades des heures sur un brancard, craquent… Même s’il ne mésestime pas les difficultés de mobiliser les hospitaliers le 15 octobre entre sous-effectif et contraintes liées au Covid-19, le Dr Milleron le dit : « On est dans la désespérance. On a besoin du soutien des citoyens. »

Nathalie Raulin