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NPA - SNCF : « La perspective d’un mouvement d’ensemble renforce notre détermination »

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Le 10/01/20

Notre camarade Basile, cheminot à la Gare de l’Est, analyse la mobilisation à la SNCF, une mobilisation qui reste une exception par sa force et sa durée par rapport aux autres secteurs.

Comment expliques-tu que les cheminotEs soient de nouveau mobiliséEs ?

Le fait que la RATP ait ouvert le bal dès le mois de septembre a été un élément déterminant pour nous redonner confiance.

Malgré les défaites, il semble que « la lutte entraine la lutte ». Au début du mouvement, pour prendre un exemple, un collègue faisait naturellement référence à une discussions de « la dernière AG »… de 2018. Il y a également un sentiment de revanche par rapport aux défaites. La conscience ne semble pas avoir reculé et les luttes se sont alimentées les unes les autres.

Par ailleurs, nous sommes confrontéEs à des attaques réelles et concrètes : le passage en Société Anonyme et les discussions sur le statut des cheminotEs. Il y a aussi un sentiment d’être le dernier bastion face à ces attaques, de devoir résister.

L’expérience des luttes précédentes produit aussi une compréhension que, pour gagner, il faut un « tous ensemble ». On ressent l’attente des autres secteurs vis-à-vis de nous, cela renforce la détermination. C’est toute la contradiction de la « grève par procuration » : elle ne remplace pas la grève, loin de là, mais elle nous encourage. Nous ne tirons pas le mouvement, nous sommes portés par celui-ci.

Quelle est l’ampleur de la grève ?

Cela fait un mois exactement que nous sommes en grève. C’est un record. Les cheminotEs restent une exception dans cette capacité à construire des grèves si dures. Au-delà du pacte ferroviaire, en 2018, Macron voulait dégommer un secteur combatif de la classe ouvrière. Il a échoué !

La grève tient bien, les conducteurs sont en pointe, comme souvent. Il y a un turn over, avec une fraction importante en reconductible qui permet de maintenir un mouvement fort. Le mouvement est largement majoritaire dans l’entreprise : rares sont celles et ceux qui n’ont pas participé à un moment ou un autre à la mobilisation.

La grève tient aussi dans l’espoir que les autres secteurs s’y mettront : la tâche du moment est, en s’appuyant sur les journées de manifestations qui regroupent plus largement, de s’adresser à eux. 140 000 cheminotEs, 40 000 agents RATP et plusieurs milliers de salariéEs des raffineries ne réussiront pas seuls contre une réforme qui touche 30 millions d’actifs.

Que donnent les assemblées générales ?

La présence en AG est variable. Sur Paris ce n’est pas évident : les cheminots habitent de plus en plus loin. Mais il y a des AG fortes sur des endroits où il n’y avait rien depuis longtemps. Par exemple, sur la région de Paris Est, à Vaires (triage, dépôt et cité cheminote) il y a un mouvement dynamique avec des manifestations, des liens interpro. Sur des « petits sites » comme Château-Thierry ou Romilly-sur-Seine, des AG se tiennent tous les jours… mais l’AG de Paris connait une participation moyenne.

La faiblesse des AG est un frein à l’auto-organisation par en bas : les cadres qui se mettent en place regroupent souvent une dizaine de participants et les militants politiques y sont nombreux. Ce manque laisse la place à des « initiatives par le haut », qui illustrent plus la faiblesse de l’auto-organisation à la base que sa force.

Les AG ressemblent plus à des meetings qu’à des AG vivantes où la parole circule. Elles ne représentent qu’une minorité des grévistes qui s’exprime au nom de tous. C’est normal mais pas satisfaisant. Enfin, les défaites jouent. Certains font grève avec de forts doutes sur la possibilité de gagner. Alors si on perd une journée de salaire, on gagne au moins une journée de repos, en famille et à la maison.

Mais, il y a des progrès. Les AG sont interservices, ce qui décloisonne à l’intérieur même de la SNCF. Mais les cheminots osent moins parler : ils ne se connaissent pas forcement, il faut prendre le micro, etc.

Quelle est l’attitude des syndicats ?

Dès le début dans les AG il y a eu des motions insistant sur le retrait de la réforme. La CGT insistait sur la situation interne dans l’entreprise. Ce n’est pas faux en soi mais notre objectif principal est de trouver un dénominateur commun avec le reste de la classe ouvrière et c’était aussi une façon de ménager une porte de sortie si la grève ne prenait pas.

La CFDT et l’UNSA sont absentes de la construction de la lutte. La grève se joue entre les équipes Sud et CGT, parfois FO.

L’annonce, le 19 décembre, de la date du 9 janvier comme prochaine journée de grève a entrainé de la déception. Ça faisait long… Mais on a tenu ! Plusieurs motions dans les AG demandaient une autre date de mobilisation, notamment le samedi 28 décembre. Mais on voit bien la difficulté : on cherche une proposition plus offensive que l’intersyndicale, mais on se rabat sur une manif un samedi.

Quels sont les liens avec les autres secteurs et les perspectives ?

Toutes les AG ont vu intervenir des salariéEs d’autres secteurs : RATP, Éducation nationale, santé, impôts, boites privées, etc. Avec le privé, le lien se fait surtout des cheminots vers le privé. Ils sont plus mobilisés sur des problématiques propres à l’entreprise comme les licenciements que sur les retraites. Les diffusions de tracts aux usagers et aux portes des entreprises privées se passent toutes bien. L’accueil est très bon. On rencontre parfois des salariés très précaires qui soutiennent le mouvement sans vraiment pouvoir le rejoindre. Mais les grévistes en reviennent reboostés.

Tout cela est positif. Cette lutte est historique, elle produit de nouvelles expériences collectives. On n’a pas encore gagné mais on n’entend plus Macron, sauf pour les vœux. On a obtenu le départ de Delevoye. Les explications sur cette réforme qui veut privatiser les retraites et qui s’inscrit dans la logique libérale de privatisations de ces trente dernières années sont largement comprises.

Le fait que les cheminotEs ou les salariéEs de l’Opéra aient refusés les marchés égoïstes de dupes – la clause du grand-frère ou du grand-père – qui étaient proposés sont un formidable message à l’ensemble du monde du travail et un encouragement à s’y mettre tous ensemble.