Les mobilisations dans les hôpitaux

Site arguments pour la lutte sociale - Salaires et santé publique contre SÉGUR !

il y a 4 mois, par Info santé sécu social

23 mai 2020

Réagissant aux mobilisations des soignants, cette « nouvelle forme de lutte de classe » sur laquelle alertait Le Figaro mardi 12 mai, qui combine l’action des professions qui protègent les gens et que les gens soutiennent, le droit de retrait, des rassemblements publics avec gestes protecteurs et distanciation physique, le conseil des ministres du mercredi 20 mai a lancé un Ségur de la Santé. Le ministère de la Santé est rue de Ségur : il s’agit donc de l’équivalent d’un « Grenelle », une grande messe visant à associer les personnels à travers leurs syndicats et leurs collectifs, aux projets du gouvernement.

Sous le verbiage, ces projets sont transparents mais ils sont avancés dans une situation compliquée pour le pouvoir. Le « Ségur » a « 4 piliers ».

Le premier comporte explicitement la phrase : « le « Ségur » abordera la question de la hausse des salaires et de la revalorisation des carrières à l’hôpital et dans les EHPAD. » Ils sont obligés de le dire et – presque- de le promettre. Mais les « pistes » pour ce faire disent autre chose : « modernisation de la gestion des carrières et des compétences » et surtout « assouplissement de la gestion du temps de travail pour ceux qui le souhaitent ». Ce sera donc du « donnant-donnant » avec la hausse du temps de travail à la clef, c’est du moins ce que le gouvernement voudrait imposer.

Le second « pilier » concerne les investissements et les modes de financement. Il comporte plein de beaux mots mais surtout cette formule : « la réforme de la tarification à l’activité sera accélérée. » Aucune illusion n’est ici de mise : c’est bien la tarification à l’activité, ce moyen radical de transformer la santé publique en santé privée en mettant la rentabilité à l’acte et non la santé des gens à son fondement, qui est réaffirmée. Sa « réforme » consiste dans son approfondissement et même dans son accélération.

Le troisième « pilier » vise la « souplesse » du système. La bureaucratie ministérielle faisant en sorte, on le sait par le pourtant fort peu « complotiste » journal Le Monde, de brûler des masques encore fin mars ! Est-ce elle la cible ? Certainement pas : il faut redonner, est-il annoncé, « du pouvoir aux hôpitaux », faire un « choc de simplification » et procéder à la « levée de bon nombre de règles ».

Le gouvernement pointe ici la question du pouvoir dans les hôpitaux. Cette question est en effet posée : le pouvoir pour lequel est lancé le « Ségur de la Santé » est celui des directeurs d’ARS (Agences Régionales de Santé) et des directeurs généraux des centres hospitaliers. C’est le pouvoir de ceux qui ont fermé des services et des lits et organisé la saturation des services de réa en mars, c’est le pouvoir de ceux qui ont interdit les masques avant de nous obliger à les acheter, le pouvoir des ennemis de la santé publique. Celles et ceux qui peuvent reconstituer dans ce pays un système de santé public digne de ce nom sont les soignants, infirmiers, médecins, scientifiques avec la société organisée.

Ajoutons que ce troisième « pilier » reprend cette tarte à la crème : la télémédecine, le télétravail. Ne pas toucher les malades, telle est leur médecine …

Enfin le quatrième « pilier » nous explique, sans surprise, que tout cela sera « décliné » au niveau des « territoires » ; la proximité, en même temps niée au nom de la télémédecine, est l’alibi de l’instauration de « communautés professionnelles de territoire de santé », une formulation qui fleure bon le terroir et l’intégration corporatiste des personnels et de leurs organisations, sous la coupe des directeurs d’ARS et d’Hôpitaux et dans l’association avec le privé.

Le « Ségur » doit être lancé ce lundi 25 mai, les « consultations dans les territoires » début juin avec un « rendu d’expériences » aboutissant à des « annonces » mi-juillet. La direction officielle des opérations a été confiée à Mme Nicole Notat, dont le seul nom signifie, dans l’histoire du mouvement ouvrier en France, l’achèvement du « recentrage » de la CFDT et la tentative de normalisation et de division du monde du travail pour faire passer les contre-réformes visant la protection sociale et le salaire socialisé.

Il est pressant pour ce gouvernement de reprendre l’initiative. Le soutien aux soignants n’est pas un vain mot pour la population. Plus que jamais, leurs mobilisations sont pour elle un porte-voix.

Une mobilisation nationale se dessine, sur la base des nombreux rassemblements devant les hôpitaux, pour le mardi 16 juin, pour la hausse des salaires et « des hôpitaux qui répondent aux besoins de la population ». CGT, SUD-Santé-Sociaux, UNSA-Santé-Sociaux, CFE-CGC, Syndicat national des professionnels infirmiers, Association des médecins urgentistes de France, Collectifs inter-blocs, Collectifs inter-Hôpitaux, Collectifs Inter-Urgences, Printemps de la Psychiatrie, Coordination nationale de défense des hôpitaux et des maternités de proximité, appellent ce jour là la population à manifester avec les soignants, avec gestes protecteurs et distanciation physique. Les collectifs Bas les masques, formés depuis le confinement, sur le terrain et dans les réseaux sociaux, sont en train d’y appeler en préconisant de ne pas attendre, mais de monter en puissance pour en faire le jour du grand retour des manifs dans ce pays.

En outre, l’ensemble des fédérations syndicales, dont celles qui n’appellent pas ou pas encore au 16 juin, FO et CFDT, ont adressé au ministère de la Santé une lettre commune exigeant des négociations salariales immédiates. En effet, le gouvernement a annoncé son « Ségur » avec Mme Notat, mais il n’a pas lancé de négociations salariales avec les syndicats, et prétend ne vouloir le faire qu’avec les médecins et les infirmiers.

Se rassembler devant les hôpitaux, faire du 16 juin une levée générale pour la santé publique, contre Macron et le gouvernement, oui. Pour ce faire, faut-il participer au « Ségur » ou demander à y participer comme le font certains collectifs ? Le « Ségur » ne vise pas à satisfaire les revendications. Tous les soignants sont vaccinés, sans jeu de mot, sur les intentions de ce gouvernement. Ils ont la capacité de lui arracher des hausses de salaires en dehors de tout « Ségur ». Et nous avons avec eux la capacité de nous débarrasser du danger sanitaire, social, antidémocratique, que ce pouvoir constitue !