Les retraites

Capital : Retraite : les pistes avancées par le Medef pour la réforme

il y a 1 semaine, par infosecusanté

Retraite : les pistes avancées par le Medef pour la réforme

Adeline Lorence

Publié le 18/04/2019

Alors que la fin des concertations sur la réforme des retraites approche, le Medef a présenté, ce jeudi 18 avril, ses principales propositions. Sans surprise, l’organisation patronale demande le report de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans.

Il avait décidé jusqu’à présent de ne pas donner son avis. Mais à quelques jours de la fin de la concertation sur la réforme des retraites, le Medef a choisi de mettre sur la table, jeudi 18 avril, ses principales propositions. Report de l’âge légal de départ à la retraite, préservation des réserves des caisses de retraite ou encore soutien à l’emploi des seniors, si certaines pourraient faire consensus entre les représentants des employeurs et des salariés, d’autres risquent d’être de véritables points de blocage.

Travailler jusqu’à 64 ans en 2028
“Si l’on ne fait rien, l’équilibre financier du régime de retraite sera dans le rouge l’année prochaine”, prévient d’entrée le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Alors, pour éviter cette situation, la solution avancée est simple, reporter l’âge de départ à la retraite. Le plan est déjà prêt : à raison d’une augmentation d’un trimestre par an, l’âge de départ atteindra 64 ans en 2028. Après cette date, l’idée serait d’indexer mécaniquement l’âge légal sur l’évolution de l’espérance de vie. Ainsi, si elle continue d’augmenter, l’âge de départ augmenterait également. Si elle stagne, on pourrait rester à 64 ans pendant plusieurs années. Pour l’organisation patronale, cette mesure pourrait permettre de gagner jusqu’à 17 milliards d’euros par an d’ici à 2028. De quoi financer la prise en charge de la perte d’autonomie des personnes âgées ou encore l’adaptation de l’offre de soins aux pathologies du vieillissement. Mais de quoi aussi soulever les foudres des représentants des salariés. Un sujet tendu qui a déjà incité Force ouvrière à suspendre sa participation aux dernières concertations. “Il faut sortir de l’ambiguïté et dire la vérité aux Français, plaide Geoffroy Roux de Bézieux. Soit on baisse les pensions, soit on travaille plus longtemps”. Pour le patron du Medef, la volonté du haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, de maintenir un âge de départ à 62 ans n’est pas viable économiquement “à moins de mettre en place une très grosse décote pour ceux qui partent à cet âge”, précise-t-il.

Pour couper court à la critique selon laquelle le report de l’âge de départ n’est pas efficace car une personne sur deux qui liquide ses droits n’est plus en emploi, le Medef met sur la table des propositions favorisant l’emploi des seniors. Il suggère que le cumul emploi retraite permette de continuer à se constituer des droits et ainsi d’augmenter sa future pension, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Il souhaite aussi mieux faire connaître la retraite progressive qui permet de cumuler une activité professionnelle à temps partiel et la perception d’une partie de sa future pension. L’idée serait d’ouvrir un tel dispositif aux cadres qui travaillent en forfait jour et qui jusqu’à présent n’y ont pas accès. Enfin, l’organisation veut développer les dispositifs d’accompagnement des seniors dans leur évolution de fin de carrière.

Si le but est de maintenir les seniors dans l’emploi, la centrale veut également mettre en place des mesures pour ceux qui pointent au chômage. Pour les encourager à reprendre une activité même si le salaire proposé est moindre que celui qu’ils percevaient précédemment, elle propose de mettre en place une aide financière. “Elle serait versée par Pôle emploi et compenserait ainsi le différentiel entre le nouveau salaire et l’ancien”, suggère Geoffroy Roux de Bézieux.

Préserver les réserves des caisses de retraite
Regrouper les 42 régimes actuels en un régime universel pourrait signifier mettre toutes les ressources en commun. Pour le Medef, il en est hors de question. “Nous ne voulons pas confisquer les réserves des régimes fourmis pour financer les régimes cigales”, prévient le patron du Medef. Traduction : ceux qui ont fait des efforts comme le régime complémentaire des salariés du privé Agirc-Arrco ou les caisses de libéraux ne doivent pas financer ceux qui ont eu des comportements moins prudents comme le service de retraite de l’Etat (SRE). L’organisation patronale propose de cantonner les réserves de chaque régime ce qui signifie qu’elles pourraient être utilisées uniquement à destination des personnes qui ont cotisé dans ces régimes. Si le futur régime est géré par une super caisse gouvernée par l’Etat, pour le Medef rien n’empêcherait qu’à un deuxième niveau des caisses spécifiques subsistent en fonction des spécificités professionnelles.

Financer la solidarité par l’impôt
Pour la mise en place du futur régime universel, le Medef veut faire apparaître deux étages bien distincts. Le premier serait le régime de retraite par répartition, financé par les cotisations. A côté existerait un socle commun de solidarité dans lequel on pourrait par exemple retrouver la pension de réversion. Pour la centrale, celui-ci doit être géré par l’Etat et financé par l’impôt. “Si l’on ne distingue pas les deux on ne pourra pas dire qu’un euro cotisé ouvre les mêmes droits, considérant que tout le monde ne bénéficie pas de ces mécanismes de solidarité”, prévient Claude Tendil, le monsieur retraite du Medef.

Rapprocher les règles des régimes avant de les fusionner
Le Medef a aussi sa propre vision de la phase de transition entre la situation actuelle et le futur régime universel. L’étape préalable est que l’ensemble des régimes existant passe à un système par points. Il faut également que les règles soient les mêmes entre tous ces régimes par exemple au niveau de l’âge de départ ou encore de l’assiette de cotisations. L’organisation ne souhaite pas voir cette phase de transition s’éterniser et estime qu’il faudrait 8 ans pour tout harmoniser et ainsi faire coïncider cette étape avec le report de l’âge légal de départ à 64 ans.