La psychiatrie

JIM - La psychiatrie ne veut pas être l’oubliée de la nouvelle ère hospitalière

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Paris, le jeudi 23 juillet 2020

Les difficultés spécifiques de la psychiatrie en France n’ont pas été à l’ordre du jour du Ségur de la santé qui s’est achevé ce mardi par des promesses encourageantes du ministre de la Santé, Olivier Véran. Cependant, la prise en charge de la santé mentale n’a pas été totalement oubliée. Ainsi, le ministre a confirmé que la réforme du financement de la psychiatrie, déjà entérinée, serait bien engagée en 2021. Par ailleurs, la mesure 31 du Ségur s’intéresse à « l’offre de soutien psychiatrique et psychologique de la population », en se promettant de « renforcer "l’aller vers" au travers des cellules d’urgences médico-psychologiques ». Alors qu’une telle formulation devra nécessairement être clarifiée, les psychiatres et l’ensemble des intervenants en psychiatrie attendent, au-delà, l’entrée dans une nouvelle ère.

Parenthèse enchantée
Cette volonté est comme dans l’ensemble du monde hospitaliser ravivée par les constatations qui se sont imposées pendant le confinement d’une part des importantes capacités du secteur et d’autre part de la possibilité d’une autre organisation. « Les psychiatres, amoureux du lien, ont su se réinventer pour garder le contact et soutenir leurs patients et la population générale, le plus souvent à distance. Dans ces conditions, exceptionnelles, l’hôpital dans son ensemble a fonctionné comme jamais depuis des années, ayant la santé des patients comme seule priorité (...) Grâce à un contexte administratif favorable (les directions étaient au service du soin et non l’inverse), le service public psychiatrique a montré que les années de plomb de la rigueur budgétaire et les usines à gaz de la loi HPST n’avaient pas altéré ce qui en fait sa force, son personnel soignant. Bien au contraire ces professionnels ont montré que c’était leur attachement au bien commun et au service public qui était leur motivation principale » écrivaient ainsi au mois de mai dans Libération les psychiatres Olivier Bonnot, Antoine Pelissolo et Noël Pommepuy.

Inefficient, inefficace, illisible
Mais si l’attente est forte c’est également parce que plus encore qu’aucun autre secteur, la psychiatrie souffre d’une déshérence chronique qui atteint aujourd’hui un niveau extrême. Est-il encore besoin de décrire les troubles de la psychiatrie, marqués par une demande de soins en forte croissance, tandis que parallèlement les moyens ne cessent d’être restreints ? Les rapports se sont multipliés pour décrire un système qui souffre en outre d’une organisation territoriale « tout à la fois inefficiente et inefficace » et qui se révèle totalement incompréhensible pour les usagers, comme le dénonçaient en septembre 2019 les députés Martine Wonner et Caroline Fiat.

Stade terminal
Puisque ces diagnostics cinglants et répétés ne semblent guère entendus, ces dernières semaines, beaucoup ont une nouvelle fois signalé les symptômes de l’agonie. Dans le Monde, début juillet, l’économiste Jean Kervasdoué et le docteur Daniel Zagury écrivent : « La situation de la psychiatrie en France est passée de grave à catastrophiste ». Les deux hommes énumèrent ainsi les blessures notant par exemple que « plus de 1 000 postes » de psychiatre « ne sont pas pourvus, soit de l’ordre de 20 % des postes du secteur public ». Ils déplorent encore que « les dimensions relationnelles et institutionnelles dans la formation des jeunes psychiatres » aient « disparu », comme dans celles des infirmiers exerçant en psychiatrie, avant de fustiger le poids des « taches bureaucratiques chronophages et débilitantes ». Faisant écho à ce tableau désespérant, plusieurs spécialistes de pédopsychiatrie ont également ces derniers jours une nouvelle fois tenté d’alerter sur l’insuffisance de moyens dans ce secteur. « Les délais d’attente, pour une première consultation dans un CMP pour enfants, peuvent être de plusieurs mois à Paris, voire au-delà d’un an ailleurs » notaient ainsi dans Le Monde la semaine dernière Richard Delorme, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Robert Debré et plusieurs de ses confrères.

Se prendre en main et reconnaître sa part de responsabilité
Face à cette situation, une véritable volonté gouvernementale est attendue. Mais certains professionnels de la psychiatrie estiment que le sursaut doit également venir des acteurs de la discipline. C’est le sens du mouvement Initiative Psychiatrie lancé aujourd’hui par Olivier Bonnot, Antoine Pelissolo, Noel Pommepuy et Halima Zeroug-Vial. « Malgré toutes les compétences et tout l’engagement des personnels (…), la psychiatrie a du mal à se structurer et à dépasser certaines contradictions (…). Nous savons que rien ne pourra être fait sans un fort investissement de l’état (…). Mais nous savons aussi qu’une condition essentielle du changement est un travail collectif de la communauté psychiatrique autour de valeurs et de projets partagés, au-delà des différences d’approches ou de pratiques qui font la richesse de ce champ mais aussi trop souvent sa division » écrivent les praticiens. Choisissant de reconnaître les freins (autres que budgétaires) qui existent face à l’urgence d’une refonte de la prise en charge des questions de santé mentale en France, les quatre praticiens appellent tous ceux qui se sentent engagés à dessiner un projet plus cohérent. Le premier acte de ce mouvement est la constitution d’une plateforme de propositions. A suivre.

Aurélie Haroche