Les deserts médicaux

Le Parisien - Désertification médicale : la surenchère des maires pour trouver des généralistes

il y a 4 semaines, par Info santé sécu social

Daniel Rosenweg| 17 novembre 2018

Certains élus proposent des salaires et avantages importants pour attirer les candidats. L’édile de Marolles-les-Braults (Sarthe) promet jusqu’à 8 000 euros brut par mois pour 35 heures.

Qui proposera la plus grosse carotte ? Face à la désertification médicale qui gagne, les élus locaux font des ronds de jambe pour séduire les généralistes. Cet été, le maire de Barneville-Carteret (Manche), Pierre Gehanne, avait fait le buzz en déclarant : « Je mets à disposition un logement, mon bateau et je paye, s’il le faut, des repas au restaurant de la Marine » !

Les idées ne manquent pas. La dernière en date ? Mettre un gros chèque sur la table en même temps que des conditions de travail idéales. La mairie de Vouillé (Deux-Sèvres) propose ainsi un contrat à durée déterminée de trois ans renouvelable en CDI pour « 4 000 € à 5 500 € nets par mois selon le profil », et pour 35 heures.

Un salaire qui fait jaser
La surenchère n’a pas tardé. Elle émane de Jean-Michel Lefebvre, maire (DVD) de Marolles-les-Braults, commune de la Sarthe de 2 300 habitants qui va perdre deux de ses trois médecins d’ici février. Il a dressé un pont d’or : il est prêt à construire une maison de santé, à rémunérer les deux généralistes « 7 000 à 8 000 € bruts chacun », le tout pour 35 heures hebdomadaires de travail !
Un salaire qui fait jaser. En 2016, dernier chiffre publié par la Carmf, la caisse de retraite des médecins, un généraliste libéral (qui travaille près de 50 heures par semaine), a gagné en moyenne 6 351 € nets par mois. « 8 000 € pour 35 heures hebdo c’est complément disproportionné », s’inquiète Yannick Schmitt, président du syndicat ReAGJIR qui défend les jeunes généralistes.

Une question de survie
C’est qu’à Marolles-les-Braults, il y a urgence. En février, la commune ne comptera plus qu’un médecin de 63 ans pour un bassin de 5 000 patients. « Nous avons fait des recherches de notre côté », explique l’épouse et assistante du docteur Olive, qui anticipe son départ en retraite. « Si les stagiaires ont tous apprécié de travailler ici, poursuit-elle, ils ne sont pas prêts à s’installer. Ils ont peur. Pourtant, on n’est qu’à vingt minutes du Mans. »

Dix CV sont arrivés à la mairie, dont cinq collent avec les profils recherchés. Mais comment une petite commune peut-elle financer une telle dépense ? Deux salaires à 7 500 € brut coûtent 255 000 € par an, charges comprises. S’y ajoutent 250 000 € de frais de fonctionnement pour une maison de santé. Soit une enveloppe de 500 000 € par an. Le maire a fait ses comptes : il estime que les consultations des deux généralistes rapporteront 28 000 € par mois, soit 336 000 € par an. On est encore loin du compte.

Mais pour Jean-Michel Lefebvre, c’est une question de survie pour la commune. « Le danger, prédit Yannick Schmitt, c’est que les maires fassent dans la surenchère. Et que les médecins se mettent au nomadisme, courant après les plus offrants. »
Sans compter le risque que les médecins se détournent des hôpitaux publics où les salaires – encadrés — ne sont pas si élevés et où un quart des postes de médecins sont vacants… C’est d’autant plus inquiétant que selon Matignon il manque un généraliste dans… 9 000 communes.