Psychiatrie, psychanalyse, santé mentale

Libération - Les séances chez le psy bientôt remboursées

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Dans les prochaines semaines, les consultations chez le psychologue pourront être prises en charge par les assurances santé et les mutuelles. Si les professionnels du secteur saluent ce nouveau dispositif, ils déplorent la nécessité d’une prescription médicale.

La Fédération française de l’assurance, la Mutualité française et les institutions de prévoyance se sont engagés lundi à prendre en charge les séances chez les psychologues libéraux, dans la limite de 60 euros par consultation.

par Miren Garaicoechea
publié le 23 mars 2021

Alors que l’on s’inquiète de plus en plus de l’impact de la crise sanitaire sur la santé mentale des Français, la nouvelle est tombée lundi : la Fédération française de l’assurance, la Mutualité française et les institutions de prévoyance s’engagent à prendre en charge les séances chez les psychologues libéraux, dans la limite de 60 euros par consultation, et ce pour un nombre limité de visites. Cela devrait intervenir dans les semaines à venir. Il revient aux personnes couvertes de se rapprocher de leur complémentaire santé pour connaître le nombre maximal de séances prises en charge.

Alors que les assureurs n’iront pas au-delà de quatre séances, les mutuelles ont fixé ce chiffre comme seuil minimum. A noter que les consultations chez un psychothérapeute ou un psychanalyste, s’ils n’ont pas de diplôme de psychologue, ne seront pas concernées. Quant aux psychiatres, ils sont déjà partiellement remboursés par l’assurance maladie.

« Soulager un public vulnérable »
Autre différence notable, l’obligation (ou non) d’une prescription médicale. Pour bénéficier du remboursement par son assureur complémentaire, il faudra obligatoirement être orienté par un médecin généraliste. Dans le cas d’une mutuelle, au contraire, la Mutualité française confirme que la personne pourra directement prendre rendez-vous avec un psychologue, sans orientation médicale.

Les professionnels du secteur se réjouissent d’une telle initiative. « Rien à voir avec les remboursements d’une vingtaine d’euros proposés par les expérimentations de la CNAM », souligne Gladys Mondière, psychologue à Lille et co-présidente de la Fédération française des psychologues et de psychologie (FFPP).

Quelques consultations, cela permet de « décompresser un peu la personne, c’est déjà ça. Mais on ne va pas non plus faire une psychothérapie », prévient-elle. Patrick-Ange Raoult, maître de conférences en psychologie clinique et secrétaire général du Syndicat national des psychologues (SNP), ajoute : « Quatre séances, ce n’est pas suffisant, même pour des troubles anxieux. En moyenne, il faut une dizaine de séances pour les problèmes du tout-venant. » Ceci étant, « l’annonce pourrait soulager un public vulnérable qui s’arrange parfois déjà financièrement avec son psychologue », estime-t-il. L’obligation de prescription médicale de la part des assureurs est une erreur, selon la FFPP et le SNP. « On va passer à côté de personnes qui ne veulent pas parler de leur mal-être psychique à leur médecin. Le passage par le généraliste devrait être recommandé, mais pas obligatoire ! » s’insurge Gladys Mondière.

« 70 euros, c’est dix jours de courses alimentaires »
Chez certains patients, le soulagement pointe. June (1), 29 ans, fonctionnaire, est en arrêt maladie depuis un an et demi. La pandémie a accentué son isolement, son mal-être. Avec cette annonce, elle espère amorcer une nouvelle étape dans sa thérapie : « Le psychiatre qui me suit, mon médecin généraliste, tout le monde m’a dit de faire de l’EMDR pour soigner mes chocs post-traumatiques [une technique de traitement des souvenirs douloureux par des mouvements oculaires, ndlr]. Mais à 70 euros la séance, je ne pouvais pas. C’est dix ou quinze jours de courses alimentaires. »

Le suivi par un psychologue pèse lourd dans un budget. Eliane (1), 26 ans, est infirmière en psychiatrie et se dit prête à changer de mutuelle s’il le faut. Le remboursement va lui permettre de reprendre les séances. Depuis un an, le coronavirus a déclenché chez elle une détresse, la menant à une tentative de suicide en décembre. « Il faudrait que je voie mon psy toutes les semaines, mais là, je ne l’ai pas vu depuis deux mois. Pourtant je suis en arrêt maladie. Mais financièrement, c’est compliqué, ça me revient à 200 euros par mois », déplore-t-elle.

Les psychologues devront-ils se préparer à une nette augmentation des réservations ? La nouvelle a en tout cas décidé Nicolas (1), Strasbourgeois de 30 ans, à prendre rendez-vous. « Le télétravail à temps complet est dur à supporter, j’ai commencé à dire à mes collègues que ça commençait réellement à me peser », confie-t-il, évoquant un quotidien solitaire, contraint par les couvre-feux et les confinements. Comme Nicolas, ils pourraient être nombreux à prendre rendez-vous. Mais ensuite ? Patrick-Ange Raoult, du SNP, prévient : « Désormais, il faut aller au bout de l’accompagnement et ne pas laisser les gens après quelques séances. »

(1) Les prénoms ont été modifiés.« »