La psychiatrie

Site entre les lignes entre les mots - Les besoins humains de la et du sujet malade dans sa singularité sociale et culturelle

il y a 3 mois, par Info santé sécu social

Note de lecture publié le 20 mai 2019

Jean Pierre Martin propose, un Petit guide de lecture de son livre, petit-guide-de-lecture-jean-pierre-martin-emancipation-de-la-psychiatrie/, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse.

Il parle, entre autres, de ses précédents ouvrages, d’alternative à l’hôpital asilaire – mettre fin à une médecine spécifique par l’enfermement -, de la « condition aliénante pour tous ceux qui s’y retrouvaient sous contrainte, enfermés et laissés en dépôt dans leur propre étrangeté », de traitement du symptôme « sans que le malade en soit libéré et émancipé comme sujet », de transition « vers sa propre émancipation »…

« Comment résister aux réalités actuelles d’un humain de plus en plus marginalisé par le paradigme comptable, la gestion numérisée, les techniques neuroscientifiques et la contrainte médicalisée ? Comment transformer la psychiatrie dans une société soumise et dominée par les lois de marché économique, dont l’État est le régulateur et le « bras armé » ? ».

L’auteur présente succinctement un relevé de références théoriques (François Tosquelles, Lucien Bonnafé, Franco Basaglia…) du mouvement désaliéniste. Personnellement, je me souviens de l’impact de la lecture des ouvrages de Franco Basaglia.

Des dix points présentés par Jean-Pierre Martin, je souligne, la libération « des fous de leurs chaînes », la notion de « folie morale », celle de « santé mentale », « Elle combat la relégation par l’enfermement et propose un hygiénisme social qui associe le soin, la prévention et des droits humains pour les patients », la critique de l’hygiénisme, « Cette période hygiéniste va produire en Europe la perspective d’un homme nouveau, dont le résultat possible d’un eugénisme monstrueux se concrétise avec l’horreur de l’extermination des fous puis des Juifs par le nazisme, et sous le régime de Vichy pendant la Deuxième Guerre mondiale, qui laisse mourir de faim 40 000 malades dans les hôpitaux psychiatriques » (voir les différents textes d’Armand Ajzenberg publiés sur le blog), la psychanalyse freudienne, la phénoménologie et une pratique de soin relationnel, les apports de la sociologie et de la psychologie, « Elles traitent d’une connaissance des individus déterminée socialement par les rapports et les codes sociaux », la psychiatrie de l’enfant, « des besoins humains de l’enfant, relationnels, éducatifs, de la parole et des droits de l’enfant », l’antipsychiatrie, « Son approche est la dénonciation des conditions de vie et de privation des libertés et le caractère inhumain de certains traitements (électrochocs) dans le soin psychiatrique »…

Le point 9 concerne les politiques de santé mentale à l’heure des politiques néolibérales, la transformation des services publics et de la protection en « entreprises marchandes concurrentielles avec le privé », la promotion de l’« hôpital-entreprise », les « logiques économiques et d’ordre, « extérieures », qui sont imposées aux soignants et aux patients », le retour pour la psychiatrie de l’enfant aux « techniques comportementales de dressage et de prescriptions médicamenteuses qui s’inscrivent dans le seul traitement précoce de handicaps à appareiller », les mesures de tutelles réduisant « le libre-arbitre du sujet », la régression déshumanisante…

Enfin le dernier point est consacré aux associations de santé mentale, aux associations de patient es, aux associations des familles, aux collectifs et aux syndicats.

« Ce petit guide fait apparaître clairement la nécessité de reconstruire un véritable service public de soin et d’accompagnement social, en lien avec le mouvement associatif d’entraide et de défense des droits ».

« La psychiatrie est redevenue un soin médicalisé par la contrainte et la contention ». Jean Pierre Martin fait un état des lieux de la psychiatrie publique sous politique économique néolibérale. Il aborde, entre autres, les impositions extérieures aux organisation du soin, la gestion comptable et ses effets sur « le temps et l’espace du travail soignant », les experts en technique de maîtrise, les politiques de la peur et d’« une sécurité du chacun pour soi », la déshumanisation de « la psychiatrie comme soin relationnel »…

Il revient sur l’« éthique soignante », l’impensé du soin psychique « l’émancipation », la « double utopie dés-aliéniste et de la médecine sociale ». Il rappelle aussi que l’outil principal du travail de psychiatre « est la parole du patient », que le projet de libération de l’enfermement du soin psychiatrique nécessite « une remise en cause d’établissements et de lois spécifiques », que la/le malade doit être considéré·e « en sujet-patient accédant à la vie sociale », que l’objet de la santé mentale est « le traitement d’une aliénation sociale productrice de souffrance psychiques ». Il insiste particulièrement sur l’éthique soignante : « L’éthique soignante se réfère par conséquent à des situations concrètes de soins, à une clinique de l’altérité qui libère de cette norme unique qu’est l’enfermement de et dans la maladie. La psychiatrie est son cadre clinique institutionnel soignant-patients, ce qui implique la négociation du consentement aux soins des patients. Ce qui fait politique de santé mentale n’est donc ni une action « positive » en soi, ni une « bonne pratique », mais sa capacité à créer en commun une subjectivité fondé sur le lien social ».

L’auteur parle de santé et de politique, de souffrances et d’émancipation. Il propose une analyse critique des conditions historiques présidant à la naissance de la psychiatrie et de l’idée de santé mentale, une présentation des approches différenciées et conflictuelles comme creuset de l’émergence du dés-aliénisme. Il aborde la contradiction structurelle entre adaptation et libération, « Un des fils rouges de cet ouvrage est de traiter cette contradiction entre libération et adaptation, à partir de pratiques cliniques concrètes qui constituent une éthique soignante et sociale comme outils d’une pensée d’émancipation et de ses transitions », le discours politique du soin, la place de l’écoute du savoir profane des patient·es et de leur entourage, les malades et les thérapeutes comme sujets, l’historicité des savoirs et des pratiques, la violence sociale ordinaire, la souffrance au travail, « La désespérance d’une précarité généralisée témoigne et alimente le sentiment d’inexistence ou de colère », les lieux de relégation, les souffrances sociales collectives à traiter politiquement, le rôle de la psychiatrie, « La psychiatrie n’est pas un outil du ministère de l’intérieur, mais celui de la santé », l’organisation d’une déshumanisation du « commun » dans toutes les activités humaines, les techniques maltraitantes, la famille comme rapport social aliéné, le déjà-là comme transition du possible…

Sommaire :

Chapitre 1 : Une histoire critique de la santé mentale

Chapitre 2 : Aliénation mentale et aliénation sociale dans la société néolibérales

Chapitre 3 : Emancipation et institution psychiatriques

Chapitre 4 : Quelle politique démocratique de la psychiatrie et de la santé mentale ?

En conclusion, Jean-Pierre Martin revient sur quelques points : la question de l’émancipation, l’acte clinique « comme élucidation du psychisme individuel » comme acte politique, la reconnaissance de l’humanité du sujet « dans son monde imaginaire et d’étrangeté irrationnelle », les besoins pratiques des malades, l’hétérogénéité et l’imprévisibilité du psychisme humain, l’abrogation des lois sécuritaires, les nouveaux droits des patient·es, l’oppression spécifique des femmes et son impensé dans les pratiques de la psychiatrie, la constitution de l’« identité sexuelle » dans l’éducation et la socialisation…

« La richesse est, fondamentalement, une reconnaissance de l’autre dans son humanité commune »

Jean Pierre Martin : Emancipation de la psychiatrie

Des garde-fous à l’institution démocratique

Editions Syllepse, Paris 2019, 194 pages, 20 euros

https://www.syllepse.net/Emancipation-de-la-psychiatrie-_r_22_i_748.html

Didier Epsztajn