Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

JIM - Autour de 47 000 décès évités grâce à la vaccination, on veut y croire …

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Paris, le mardi 31 août 2021

Nous disposons aujourd’hui d’un corpus d’études de plus en plus étoffé confirmant l’efficacité des vaccins contre la Covid, y compris quand elle est provoquée par le variant Delta de SARS-CoV-2. Les observations en vie réelle, en particulier dans les établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD) sont également éloquentes dans de nombreux pays. Enfin, le contre-exemple de la Martinique et de la Guadeloupe apparaît également signifiant.

Une évaluation complexe
Cependant, de multiples éléments rendent complexe l’évaluation précise de « l’impact » de la vaccination sur le nombre de décès (et de personnes hospitalisées). D’abord la qualité des vaccins, qui contribuent à une réduction du risque de forme grave très élevée, mais pas totale (et qui pourrait décroître légèrement avec le temps), tandis qu’ils offrent une protection incomplète vis-à-vis de la transmission (en particulier face au variant Delta). Ensuite, le contexte épidémique marqué par une forte circulation alors que toute la population n’est pas (et ne peut-être) vaccinée. Enfin, les incertitudes liées à l’évolution du virus (dont la létalité pourrait varier comme le suggère une étude analysée sur le JIM hier).

47 400 décès évités en huit mois ?
En dépit de toutes ces difficultés, une équipe mixte CNRS – CHU associant des chercheurs et praticiens de Montpellier et de Caen a élaboré un modèle mathématique. Leurs résultats viennent de faire l’objet d’une pré-publication, conduite par l’épidémiologiste Mircea T. Sofonea, signalée par le Parisien. En se basant sur les données étrangères et celles publiées dans la littérature internationale, ils ont retenu que pour les personnes vaccinées, la réduction du risque d’être infecté par SARS-CoV-2 serait de 40 % et d’être victime d’une forme grave de 88 %. Ils ont par ailleurs évalué « eux-mêmes » le risque de transmission du virus pour les sujets infectés vaccinés, compte tenu de la faiblesse des données disponibles. Ils ont ensuite établi différents scénarios d’évolution de l’épidémie en fonction du niveau de vaccination, en considérant qu’il n’y aurait dans aucun cas eu plus de 700 admissions par jour en soins critiques (pic de la première vague) : des mesures de réduction de la circulation auraient en effet probablement été prises avant ce niveau. L’application de leur modèle les conduit à estimer que jusqu’au 20 août entre 26 100 et 57 100 admissions en soins critiques ont été évitées, ainsi qu’entre 36 200 et 62 800 décès (47 4000 en valeur moyenne), comparativement à une « projection » sans vaccination. Une extrapolation suggère que grâce à une couverture vaccinale encore en progression, au total pour l’année 2021, jusqu’à 78 000 décès pourraient être évités grâce à la vaccination.

Un ordre de grandeur
Il existe évidemment des nombreuses limites à ce type de travaux que les auteurs reconnaissent eux-mêmes, qui dès l’introduction relèvent que « la mortalité peut varier pour d’autres raisons que la vaccination ». Ainsi, il n’est pas impossible que sans vaccination, le relâchement des mesures d’hygiène (port du masque, distanciation…) aurait été moins important, tandis que certaines contraintes seraient sans doute demeurées plus longtemps en vigueur. L’effet de la « pression » vaccinale sur le virus est également impossible à quantifier. Dans le Parisien, le professeur d’épidémiologie Mahmoud Zureik remarque encore que l’évolution de l’efficacité du vaccin dans le temps, conjuguée à l’apparition du variant Delta ne peut être parfaitement modélisée : les auteurs ont choisi de retenir une « fourchette basse, sinon cela aurait complexifié le modèle et aurait risqué de surestimer les effets de la vaccination » explique Mircea T. Sofonea. Aussi, tout en saluant un travail solide et des résultats attendus, Mahmoud Zureik recommande « il faut les prendre comme un ordre de grandeur et non pas comme un bilan précis ».

L’impact des chiffres
D’une manière générale, la prudence s’impose dans la manipulation des chiffres qui tendent à mettre en évidence l’efficacité de la vaccination. Ainsi, plusieurs médecins et spécialistes ont déploré ces derniers jours là sur exploitation par le gouvernement de chiffres énonçant que la vaccination diminuerait d’un facteur 8 le risque d’être contaminé ou encore que 80 % des patients hospitalisés ne sont pas vaccinés. Or, la première affirmation ne tient notamment pas compte du fait que les personnes vaccinées sont susceptibles d’être moins souvent testées, tandis que les données dont elle est tirée ne sont pas ajustées en fonction de l’âge. D’ailleurs, la DREES, citée par Le Parisien a bien indiqué mi-juillet que « tous ces facteurs (…) montrent bien qu’il n’est pas possible d’estimer précisément l’efficacité vaccinale via des simples statistiques descriptives ». À propos par ailleurs de la proportion de patients hospitalisés non vaccinés, les médecins et épidémiologistes mettent en garde contre une information qui pourrait s’inverser si la circulation virale prenait de l’ampleur parallèlement à la couverture vaccinale, sans permettre pour autant de conclure à l’inefficacité des vaccins. Ainsi, le Dr Dominique Dupagne remarque aujourd’hui sur Twitter : « Quel que soit le pays, ce qui est intéressant ce n’est pas le pourcentage d’hospitalisés vaccinés, mais le pourcentage de vaccinés hospitalisés. Cela sonne pareil mais ça n’a rien à voir, seul le deuxième taux est intéressant ». Et comme toujours, le portail VaxImpact développé par Guillaume Rozier et ses collaborateurs répond à cette subtilité. Il permet en effet de comparer le taux de personnes hospitalisées parmi les personnes vaccinées au taux de personnes hospitalisées parmi les non-vaccinées, ce qui est de fait bien plus parlant. Ainsi, on comptait le 15 août 196 admissions chez les non vaccinés pour 10 millions de non vaccinés, contre 21 admissions chez les vaccinés pour 10 millions de vaccinés.

Aurélie Haroche