Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde.fr : Covid-19 : sans la vaccination, le nombre de morts aurait été le double en France

il y a 1 semaine, par infosecusanté

Le Monde.fr : Covid-19 : sans la vaccination, le nombre de morts aurait été le double en France

Le premier confinement a réduit de 84 % le nombre de nouvelles infections, et les vaccins, eux, ont évité 159 000 décès entre fin 2020 et octobre 2021 en France, montre un travail de modélisation.

Par Florence Rosier

Publié le 08/02/2024

Endiguer le flot des contaminations, alléger le fardeau de la mortalité. L’impact des confinements et des autres mesures de restriction des contacts sociaux, d’une part, des vaccins, d’autre part, a été chiffré dans une nouvelle étude en France, sur la période entre mars 2020 et octobre 2021. Publiées le 2 février dans la revue Epidemics, ces estimations confirment l’ampleur de l’efficacité de ces deux boucliers sanitaires déployés contre le Covid-19.

Le premier confinement, en particulier, a réduit de 84 % le nombre de nouvelles contaminations. Quant aux vaccins, ils ont évité 159 000 décès entre fin 2020, quand les premières formulations à base d’ARN sont apparues, et octobre 2021. Sans eux, la mortalité liée à l’épidémie aurait donc plus que doublé, puisque le Covid-19 a tué, sur la même période, 116 000 personnes, estime l’Insee.

Ce travail de modélisation confirme aussi « l’importance des prises de décision rapides en cas d’épidémie émergente, à la diffusion exponentielle », souligne Rodolphe Thiébaut, de l’université de Bordeaux (Inserm et Inria), qui a coordonné l’étude. Si le premier confinement avait été instauré dès le 10 mars au lieu du 17 mars 2020, quand la première vague a déferlé sur la France, de 13 000 à 26 000 vies auraient été épargnées, montre l’étude.

« Seule la modélisation permet d’évaluer l’impact de différentes mesures, explique Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles-Saint-Quentin (Yvelines). L’approche suivie ici est classique et généralement robuste, avec des limites inhérentes. »

Données météorologiques
Les auteurs sont partis d’un modèle capable de reproduire la dynamique de l’épidémie. « C’est une approche qui estime l’évolution du taux de transmission du virus et de ses différents variants », indique Rodolphe Thiébaut. Les scientifiques ont calibré ce modèle avec les données régulièrement publiées par Santé publique France, département par département, sur la période étudiée : nouveaux cas de Covid-19 confirmés par test PCR, admissions à l’hôpital, en soins conventionnels ou critiques, décès liés au Covid-19. Ils ont aussi intégré, dans ce modèle, les données météorologiques, notamment l’effet de la température.

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Pour évaluer l’impact des diverses mesures mises en œuvre au fil du temps, ils ont comparé l’évolution des taux de transmission avec le calendrier des mesures prises : confinements plus ou moins stricts, couvre-feux ; fermetures des écoles ; simples gestes barrières…

Résultats : le premier confinement a été le plus efficace, diminuant la transmission de 84 %. Le deuxième l’a freinée de 74 % et le troisième, « qui n’avait de confinement que le nom », glisse Mahmoud Zureik, de 11 %. Un couvre-feu à 18 heures ou à 20 heures ont respectivement fait baisser de 68 % et de 48 % le risque de contaminations.

Les fermetures d’écoles (imposées par les pouvoirs publics ou liées aux vacances scolaires) ont quant à elles réduit de 15 % la transmission. Mais « elles ont toujours coïncidé, en France, avec d’autres mesures de restriction, note Mahmoud Zureik. Leur effet propre n’est donc pas facile à mesurer ». D’autres études, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, suggèrent que fermer les écoles pourrait diminuer de 30 % à 50 % le risque de transmission.

Quant aux simples « gestes barrière » (port du masque, lavage des mains, aération, limite des contacts et respect des distances physiques…), ils font baisser le risque de 10 % à près de 50 %, selon les périodes. « En cas de nouvelle épidémie, des mesures moins contraignantes que le confinement, mieux acceptées, pourraient être d’une certaine efficacité », commente l’épidémiologiste. La saison estivale, par ailleurs, a diminué la transmission de 20 % ; quand la saison hivernale l’a accrue de 10 %.

Confinement plus précoce
« Que ce serait-il passé si… ? » A ce jeu de la réécriture des scénarios, la modélisation a permis aux chercheurs d’avancer leurs estimations. La limite basse de la fourchette du nombre de décès évités par un confinement plus précoce – décrété une semaine plus tôt – rejoint ainsi l’évaluation effectuée en mai 2020 par l’équipe de Mircea Sofonéa, maître de conférences à l’université de Montpellier, selon qui une telle anticipation aurait permis de sauver 13 000 vies. « Pour les décideurs et le grand public, il est important de disposer de plusieurs estimations, souligne l’épidémiologiste. Cela valide, avec du recul et des méthodes qui s’améliorent, les premières évaluations réalisées durant l’épidémie. »

Et si le bouclier vaccinal n’avait pas été déployé, à partir de fin 2020 ? Il y aurait eu, jusqu’en octobre 2021, 159 000 décès supplémentaires en France, ont donc estimé les chercheurs. Un ordre de grandeur jugé crédible par Mahmoud Zureik et par Mircea Sofonéa. Selon une étude de l’Organisation mondiale de la santé publiée le 13 janvier en preprint (c’est-à-dire non encore validée par les pairs), les vaccins anti-Covid-19 ont permis de sauver près de 120 000 vies en France, entre décembre 2020 et mars 2023 (une période plus longue que dans l’étude française, mais la mortalité liée au Covid-19 a chuté après janvier 2022).

A l’inverse, si un vaccin avait été disponible très tôt, dans les cent jours après l’identification du virus, plus de 71 000 décès auraient été évités, suggère la nouvelle étude. « Trois mois pour concevoir, produire et évaluer un vaccin, une fois un nouveau pathogène identifié, cela peut sembler très court, note Rodolphe Thiébaut. C’est pourtant l’objectif fixé par la Coalition internationale pour les innovations en matière de préparation aux épidémies. » Un objectif ambitieux mais atteignable, selon le chercheur, à condition de mettre en place des plates-formes et des systèmes de développement adaptés.

Comme toute évaluation, celle-ci a ses limites. Par exemple, la structure d’âge de la population n’a été prise en compte, regrette Mahmoud Zureik, alors que son effet est très important sur les hospitalisations ou les décès. A l’inverse, salue Mircea Sofonéa, les auteurs ont considéré le déclin de la réponse immunitaire vaccinale au fil du temps, « ce qui évite de surestimer l’impact des vaccins ».

Florence Rosier