Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

France Culture. Nicolas Mariot historien et sociologue. Il y a quatre ans, le confinement : et si c’était à refaire ?

il y a 2 semaines, par NorCol

Le 17 mars 2020, les premières restrictions gouvernementales tombaient sur le pays pour ralentir la propagation du coronavirus. Quatre ans après, l’heure est au bilan.

Avec

Nicolas Mariot historien et sociologue, directeur de recherche au Centre européen de sociologie et de science politique (CNRS, EHESS et université Paris 1-Panthéon Sorbonne)
Alexandra Delbot Productrice de l’émission "Avec sciences" sur France Culture
Jean-Philippe Grivois Spécialiste en médecine interne, ancien chef de clinique en maladies infectieuses, praticien attaché au service de maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris)

Sommes-nous bien vaccinés de l’expérience du coronavirus ? Alors que le pays a été bloqué pendant de longs mois et que la crise ne semblait ne jamais finir, nous sommes vite passés à autre chose lorsqu’elle s’est enfin terminée. Ce matin, quatre ans après le début des restrictions, nous tentons de revenir sur ces évènements et d’en faire le bilan. Que dire de l’efficacité des politiques mises en place dans le pays ? Qu’est-ce que la crise révèle de nos fractures sociologiques et quel a été l’impact durable des évènements ?
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Le Temps du débat
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Avec Nicolas Mariot, historien et sociologue, directeur de recherche au Centre européen de sociologie et de science politique (CNRS, EHESS et université Paris 1-Panthéon Sorbonne), auteur de L’attestation, une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020 (Anamosa, septembre 2023), rejoint par Alexandra Delbot , journaliste scientifique, productrice de la chronique “Avec sciences” sur France Culture et Jean-Philippe Grivois, spécialiste en médecine interne, ancien chef de clinique en maladies infectieuses, praticien attaché au service de maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris).
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La sévérité du confinement français

Alors que les incertitudes prédominaient au début de la crise au printemps 2020, chaque pays a construit dans une certaine hâte sa propre stratégie de protection sanitaire. L’ouvrage de Nicolas Mariot propose ainsi une comparaison internationale qui permet de mettre en exergue la spécificité de la gestion française. « Autour du monde, le confinement était d’abord une expérience d’enfermement dans les frontières nationales. Un isolement qui nous a empêché de nous comparer avec ce qu’il se passait ailleurs. Dans le cas européen, on remarque une différence fondamentale entre les États du nord de l’Europe, comme les pays scandinaves, l’Allemagne ou les Pays-Bas et les États du sud, dont la France fait partie avec l’Espagne, l’Italie et la Grèce. Les États du nord ont relativement préservé les libertés publiques en instaurant un certain nombre de restrictions comme la fermeture des écoles ou l’interdiction des rassemblements, mais pas de confinement comme nous l’avons connu. La population pouvait encore aller dans les parcs et se promener librement. »

« A l’inverse, ajoute le sociologue et historien, l’Italie, l’Espagne et la France ont mis en place des réglementations de sortie extrêmement strictes et surtout un appareil policier considérable pour les faire respecter. Dans l’Hexagone, ce sont plus de vingt millions de contrôles qui ont été effectués et plus d’un million d’amendes distribuées. Le confinement français, comparé aux autres pays, a donc été étonnement strict. On se souvient des premiers manques de masques et de la difficulté à gérer les stocks hospitaliers. A défaut de pleinement maitriser la situation sanitaire, le gouvernement un peu désemparé l’a transformé en une affaire de gestion policière. Déployer les forces de l’ordre sur le territoire et contrôler les routes était plus facile, de sorte que cette épidémie a surtout mué en une expérience de surveillance de la population. »
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Les incertitudes du corps médical

Le coronavirus a aussi été une épreuve pour le corps médical qui s’est retrouvé en première ligne des contaminations et face aux doutes et attentes du pays tout entier. Jean-Philippe Grivois, qui travaillait alors à la Pitié-Salpêtrière, nous raconte son expérience des premiers mois de l’épidémie. « Pour le personnel de santé, et particulièrement ceux impliqués dans la prise en charge des maladies infectieuses, l’histoire du coronavirus débute un plus tôt. Nous avions dès décembre 2019 des signaux faibles en provenance de Chine et notamment des informations d’hôpitaux pékinois. Le coronavirus occupait alors les discussions mais sa gravité était difficile à évaluer, certains considérant qu’il s’agissait simplement d’une petite grippe. A mesure que la situation se dégradait en Chine, que les chiffres de la mortalité apparaissaient et que les restrictions y pleuvaient, nos inquiétudes grandissaient. »

« Il était facile de pécher d’orgueil et de penser que le confinement ne serait jamais instauré en France ou que notre système hospitalier était bien meilleur que celui des Chinois, souligne le praticien. En réalité nous étions très préoccupés pour nos patients déjà immunodéprimés, atteints du VIH par exemple. Et puis inquiets pour nous-mêmes aussi. Le nombre de cas augmentait rapidement dans le pays, que ce soit à l’hôpital ou en médecine de ville, mais nous n’avions pas de tests. En février 2020, on a commencé à comprendre que la situation n’était vraiment pas habituelle et les premières annonces de confinement un mois plus tard sont finalement venues comme un soulagement. Le corps médical n’était pas impacté dans ses déplacements comme le reste de la population, mais nous pensions qu’à la vue des incertitudes sur la mortalité, toute méthode pour ralentir la contamination était la bienvenue. D’autant que les services de réanimation étaient à la limite de la saturation. »

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