Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

JIM - Rappel boudé, incrédulité quant à l’immunité collective : la campagne vaccinale de nouveau dans une mauvaise passe ?

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Paris, le jeudi 9 septembre 2021

La campagne de rappel vaccinal contre la Covid ne connaît pas un démarrage très dynamique. Ainsi, selon des chiffres donnés hier par le ministère de la Santé, autour de 120 000 injections de rappel ont été administrées en France, ce qui constitue « un très faible pourcentage de la population éligible à ce stade » reconnaît le ministère de la Santé (15 millions de personnes seraient concernées !). Côté, prise de rendez-vous, après l’euphorie des premiers jours, on ne compte désormais pas plus de 30 000 créneaux réservés quotidiennement. Par ailleurs, les commandes passées par les Établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHAPD) suggèrent que dans ces structures, la campagne connaît un lancement aussi prudent qu’en janvier dernier. Jean Castex a d’ailleurs signalé hier que l’heure était au « recueil du consentement des résidents », soit comme un air de déjà-vu. Dans ce contexte, et alors que l’Organisation mondiale de la Santé a une énième fois rappelé qu’à son sens, il était prématuré d’organiser des campagnes de rappel vaccinal, les seuls qui semblent en France impatients sont les médecins. Dans un communiqué publié mardi, l’Ordre insiste en effet pour que les praticiens comptent dès maintenant parmi les personnes éligibles à l’administration d’une troisième dose. La circulation du variant Delta rend urgente cette demande, plaide l’Ordre qui redoute que ce dernier n’entrave la continuité des soins, si un nombre trop important de soignants, dont la vaccination éloignée dans le temps serait moins efficace, était infecté.

Le rythme des primo-injections jamais été aussi faible depuis six mois
La timidité avec laquelle débute la campagne de rappel vaccinal pourrait n’être qu’un symptôme d’une opération qui globalement s’essouffle. Fin août, c’était l’heure des satisfecit répétés, avec notamment le dépassement par la France de plusieurs nations occidentales qui étaient hier encore citées non seulement comme exemple, mais également comme la démonstration des insuffisances de notre pays. Fin août encore, le gouvernement en était convaincu, l’atteinte de l’objectif de 50 millions de personnes vaccinées était en passe d’être atteint. Mais voilà, en ce 9 septembre, avec un peu moins de 49 300 000 personnes ayant reçu une première injection, et moins de 100 000 nouvelles primo-injections par jour, la réussite de l’objectif ne cesse de reculer. De fait, contrairement à ce qui avait été espéré, la rentrée n’a pas (encore ?) entraîné de rebond de la vaccination (ce sera peut-être le cas avec les campagnes organisées dans les collèges et lycées). Comme le signalait le spécialiste des data, Guillaume Rozier en début de semaine, « le nombre de premières injections quotidiennes continue de baisser sensiblement, le rythme n’a jamais été aussi faible depuis six mois ».

Pfizer arrive en ville !
Comment atteindre les 15,4 % de Français éligibles qui n’ont encore reçu aucune dose de vaccin (soit un peu moins de 9 millions de Français) ? Surtout, comment convaincre les 15 % de personnes de 60 à 79 ans non encore protégées, mais qui représentent encore les trois quarts des personnes hospitalisées ? Pour les atteindre, le gouvernement sait aujourd’hui, qu’il doit d’abord s’appuyer sur la médecine de ville, d’une part parce que le lien de confiance entre les praticiens et leurs patients peut permettre de déconstruire de nombreuses réticences et d’autre part parce que cela facilite les vaccinations à domicile. Pour ce faire, le nouvel atout est la mise à disposition du vaccin Pfizer chez les professionnels libéraux. Hier, le ministre de la Santé a annoncé qu’il pourrait être utilisé par les médecins, pharmaciens, sage-femmes, infirmiers libéraux dès le 1er octobre. Pour ce faire, les commandes pourront être passées dès la deuxième quinzaine de septembre, a-t-il promis.

Ne dites pas que l’immunité collective est impossible

Parallèlement à ces outils pratiques, la relance de la campagne de vaccination passe également encore une fois par une communication repensée. Sur ce point, l’Académie de médecine a mis en garde contre le discours actuel qui, même chez les plus fervents partisans de la vaccination, tend à présenter l’immunité collective comme un mythe, inatteignable. Ces déclarations risquent en effet d’avoir un effet contre-productif sur l’adhésion aux vaccins, insiste l’Académie de médecine qui en conteste en outre la parfaite pertinence d’un point de vue épidémiologique. « De telles déclarations pessimistes, largement diffusées au cours du mois d’août, n’ont pas été contredites, aggravant l’hésitation vaccinale chez les indécis et permettant aux mouvements anti-vaccination de renouveler un argumentaire défraîchi. Les vaccins de première génération utilisés depuis le mois de décembre 2020 ont été homologués pour leur incontestable efficacité dans la prévention des formes symptomatiques et des formes graves de Covid-19. Leur effet sur la prévention du portage asymptomatique et sur la transmission, non évalué dans les études préliminaires de développement, s’est par la suite révélé variable suivant les vaccins et les variants du SARS-CoV-2. Des infections, généralement asymptomatiques ou bénignes, ont ainsi été rapportées parmi des professionnels de santé complètement vaccinés. De telles constatations peuvent-elles remettre en cause l’objectif d’une couverture vaccinale globale capable de mettre fin à la pandémie de Covid-19 ? Cette pandémie prendra fin, tôt ou tard, lorsqu’une immunité collective, soit post-infectieuse, soit post-vaccinale, parviendra à la contrôler. La différence entre les deux stratégies se comptera en années de crise sanitaire et en centaines de milliers de morts. On sait à présent que la vaccination ne permettra pas d’éradiquer le SARS-CoV-2. Des variants dominants continueront de circuler sur un mode endémique ou épidémique, même dans les populations bien vaccinées, mais avec de faibles taux de morbidité et de mortalité. L’évolution prévisible de la pandémie vers un profil d’infection banale à recrudescence saisonnière peut être accélérée par l’immunité collective obtenue au moyen d’une vaccination universelle », insiste ainsi l’Académie de médecine.

Le passe à 12 ans peut attendre
Forte de cette conviction, l’Académie de médecine exhorte le gouvernement à redoubler d’effort et préconise notamment de remplacer le passe sanitaire par un passe vaccinal. Mais l’heure est plutôt au sein des pouvoirs publics de corriger certains des couacs du dispositif. Ainsi, face aux nombreux parents d’enfants dont le 12ème anniversaire le 30 septembre ou juste après allait rendre particulièrement complexe leur existence à l’heure où le passe sanitaire leur serait exigé (sans qu’ils aient pu se faire vacciner auparavant), Gabriel Attal a annoncé que la limite d’âge retenue serait finalement de 12 ans et 2 mois.

Aurélie Haroche