Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

L’Humanité - En Seine-Saint-Denis, on craint « la première vague, mais en pire »

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Vendredi 26 Mars 2021
Lola Scandella

Le département francilien affiche le taux d’incidence le plus élevé du pays, avec 701 cas pour 100 000 habitants. C’est aussi un territoire qui se classe à la 94e place sur 100 en termes de dotation de lits d’hôpitaux. La flambée virale fait craindre aux soignants d’être une nouvelle fois submergés par l’épidémie.

« Va-t-on revivre l’enfer du printemps dernier ? » À l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis, Maud, infirmière en réanimation, s’interroge. « Cela fait au moins trois semaines qu’on voit augmenter le nombre de malades atteints de Covid à l’hôpital. » Avec 155 patients actuellement en réanimation, la Seine-Saint-Denis a dépassé le pic de la seconde vague (il y en avait 122 le 12 novembre) mais elle reste pour l’instant en dessous de celui de la première flambée (247 patients en réanimation le 9 avril 2020). « C’est inquiétant, on se demande jusqu’où cela peut aller », s’alarme Maud, qui confie sa « fatigue » alors que son hôpital fait face à un afflux massif de patients Covid pour la troisième fois.

Les indicateurs observés en Seine-Saint-Denis dessinent l’une des flammes d’un brasier épidémique qui consume actuellement toute la région Île-de-France, les Hauts-de-France et la Provence-Alpes-Côte d’Azur, où les services de réanimation sont saturés. « Si, dans quelques jours, on s’aperçoit que les chiffres ne s’inversent pas, que les tendances ne se calment pas, il faudra appuyer sur le bouton stop, c’est-à-dire un bouton de reconfinement réel », s’est inquiété le président de la Fédération hospitalière de France, Frédéric Valletoux, mardi 23 mars sur LCI.

« Au pic de l’automne, ça faisait plus de quinze jours qu’on était en confinement, des mesures de freinage très fortes avaient été prises », a-t-il souligné. Plusieurs voix font part de leur crainte de voir la propagation virale continuer d’augmenter malgré les restrictions supplémentaires en vigueur dans 16 départements depuis le 19 mars.

« L’hôpital prend en charge les malades Covid mais aussi les autres »
« Les mesures décrétées ne sont pas à la hauteur », estime Yasmina Kettal, infirmière à l’hôpital Delafontaine et membre du syndicat SUD santé. « On se trouve déjà aujourd’hui dans une situation comparable à la première vague, sauf que nous ne sommes pas en confinement strict, l’hôpital prend en charge les malades Covid mais aussi les autres patients, les accidents, la vaccination… Je ne sais pas comment on va faire pour tout gérer », détaille la soignante, qui a peur de devoir affronter « la première vague, mais en pire ». « On se retrouve avec des files d’attente en consultation, trop de monde dans les salles d’attente et un risque majeur de contamination à l’hôpital au regard de la circulation virale dans la Seine-Saint-Denis », alerte une médecin hospitalière du département.

Mardi 23 mars, l’agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France a demandé aux hôpitaux franciliens d’ « anticiper une montée en charge du nombre de lits » de soins critiques. Objectif : atteindre 2 200 lits pour les patients Covid. 1 577 sont actuellement disponibles, impliquant la déprogrammation de 40 % des activités médicales et chirurgicales. À l’hôpital Delafontaine, « les deux tiers des unités de six lits sont actuellement remplies de patients » malades du coronavirus, indique Maud.

Huit lits d’un service d’urgence ont été transformés en lits de soins continus. « On se demande avec quels moyens humains nous allons assurer les suivis », confie l’infirmière. « Former de nouveaux soignants à la réanimation prend du temps, nous sommes déjà en sous-effectif », poursuit celle qui voit sauter ses jours de repos et travaille « en moyenne 40 à 50 heures par semaine ».

Autre donnée inquiétante pour la Seine-Saint-Denis : son taux d’incidence, le plus élevé de France, grimpe à 701 cas pour 100 000 habitants. Au pic de la deuxième vague, il s’établissait à 538 selon les données de Santé publique France. « Il faut bien comprendre que nous en sommes à ce niveau mais que ça risque fortement de continuer de grimper… alors que les réanimations sont déjà pleines », alerte un médecin réanimateur du département, qui indique transférer « un à trois patients par jour » vers d’autres hôpitaux franciliens.

La situation de son département inquiète mais n’étonne pas vraiment Yasmina Kettal. « Rien n’a bougé depuis la première vague. Beaucoup de gens vivent dans des appartements suroccupés, sont atteints de maladies chroniques qui les rendent plus fragiles face au virus et, cette fois-ci, en plus, aux variants… », énumère-t-elle. Un tiers des habitants de Seine-Saint-Denis vivent dans un logement suroccupé, selon l’Insee. Le département se classe à la 94e place sur 100 en termes de dotation de lits d’hôpitaux. Des inégalités qui illustrent à nouveau la triste réalité des plus fragiles, premiers à être touchés de plein fouet par la pandémie et ses conséquences sur leur santé.