Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde.fr : Dans les hôpitaux, « on est toujours en surrégime »

il y a 1 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : Dans les hôpitaux, « on est toujours en surrégime »

Si le nombre de patients atteints du Covid-19 en réanimation est désormais inférieur à 3 000, les médecins essayent de rattraper le retard accumulé ces derniers mois tout en se préparant à une potentielle troisième vague.

Par Camille Stromboni

Publié le 11/12/2020

Un malade du Covid-19 hospitalisé toutes les minutes, un nouveau patient placé en réanimation toutes les sept minutes… Si Olivier Véran a annoncé le passage « juste sous la barre » des 3 000 patients « Covid » en réanimation jeudi 10 décembre, soit le seuil fixé par le président de la République pour enclencher la deuxième étape du déconfinement, la tension demeure forte dans les hôpitaux.

Depuis une semaine, « la baisse ralentit », a rappelé le ministre de la santé, lors du point presse au côté du premier ministre, Jean Castex. « Nous savons que ça ne baissera probablement plus d’ici une à deux semaines compte tenu de la dynamique épidémique actuelle », a-t-il assuré. Des évacuations sanitaires, en provenance de la Bourgogne-Franche-Comté, ont même dû reprendre cette semaine, en raison de « la situation hospitalière préoccupante ».

Outre un niveau général encore élevé de patients contaminés par le Covid-19 hospitalisés (25 199) au 10 décembre et en réanimation (2 949), les hôpitaux doivent tout à la fois se préparer à une potentielle troisième vague et essayer de rattraper le retard accumulé ces derniers mois.

« Opérer, consulter, faire des bilans »
« On tourne à plein, c’est une course contre la montre pour que tous les patients qui ont dû être reportés soient de nouveau pris en charge », souligne François Crémieux, directeur général adjoint à l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris). Dépistage, diagnostic, prise en charge… le responsable espère rattraper le retard d’ici janvier, « c’est notre priorité absolue et l’enjeu des prochaines semaines », dit-il, alors que le nombre de patients atteints du Covid-19 dans ses lits de réanimation a été divisé par deux depuis le pic de la mi-novembre.

Dans les régions plus fortement éprouvées par l’épidémie ces derniers mois, comme l’Auvergne-Rhône-Alpes, bloquée depuis une semaine sur une « tendance en plateau », la reprogrammation des patients apparaît plus difficile. « La situation est tendue, on est toujours en surrégime, rapporte Olivier Claris, président de la commission médicale d’établissement (CME) des Hospices civils de Lyon. Aucun bloc opératoire n’a pu reprendre à plein son activité, on reste sur le qui-vive. » Dans la région, au 8 décembre, le nombre de lits de réanimation ouverts est encore de 1 022, soit le double de la capacité habituelle de 559 lits. Un système de « solidarité » doit permettre de parer au plus pressé, rapporte le professeur Claris : « Pour les patients qui ne peuvent plus attendre, on admet la possibilité d’aller les opérer ailleurs, dans l’établissement public ou privé dans lequel cela est possible. »

Même constat à Lille, où les médecins et les chirurgiens voudraient « opérer, consulter, faire des bilans », mais où l’activité normale n’a pu reprendre qu’à 75 % à ce jour, évalue François-René Pruvot, président de la CME du CHU de Lille. « Tout le monde souhaite utiliser à plein les deux semaines qui nous restent, avant la trêve des confiseurs », souligne le médecin. Lui comme d’autres le disent : la fenêtre de tir est serrée avant que les hôpitaux voient eux aussi leur activité ralentir, pendant les congés de Noël. « Le mois de décembre ne permettra pas de rattraper le retard pris ces derniers mois, c’est une évidence », reconnait-il.

« Nos équipes sont à bout »
Reste des régions où la reprise de l’activité est déjà menacée par des indicateurs qui ont arrêté de baisser ces derniers jours. Le Grand-Est et l’Occitanie se trouvent ainsi dans une « tendance légèrement ascendante » concernant les contaminations, d’après les autorités sanitaires. « Nous sommes dans un moment de suspension, reconnaît Bertrand Prudhommeaux, directeur de l’offre de soins à l’agence régionale de santé (ARS) Occitanie. Cela peut repartir d’un côté, comme de l’autre. » Ce n’est qu’en début de semaine que l’ARS a pu décréter la fin du niveau maximal de déprogrammation.

La consigne de prudence est générale, alors que la menace d’une troisième vague est dans toutes les têtes : impossible de désarmer totalement les unités déployées pour les patients atteints du Covid-19. « On doit laisser une veilleuse », explique François-René Pruvot, à propos d’unités Covid-19 « un peu sous-employées ». « Pour pouvoir reprendre si nécessaire des malades immédiatement, on a demandé à des infirmiers et des médecins de rester », dit-il.

Le rythme demeure d’autant plus dense que beaucoup des patients contaminés par le Covid-19 hospitalisés aujourd’hui en « réa » sont dans un état très lourd. « Nous sommes encore dans la deuxième vague », pointe Dominique Rossi, président de la CME à l’AP-HM (Assistance publique-Hôpitaux de Marseille). Dans l’institution marseillaise, on est loin du reflux intervenu après la première vague, avec toujours la moitié des 130 lits de réanimation occupés par des patients atteints du Covid-19, soit « dix fois plus » que cet été. « Nos équipes sont à bout », pointe le professeur, qui évalue la reprise de l’activité « normale » à 70 %. « On est obligé de tenir compte de l’état physique des personnes, reprend le professeur. Ce ne sont pas des pions qu’on peut remettre comme ça au bloc opératoire dans la minute. »