Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Le Monde.fr : « En Guyane, la crise dans les hôpitaux est comparable à celle en métropole, mais en dix fois pire »

il y a 3 jours, par infosecusanté

Le Monde.fr : « En Guyane, la crise dans les hôpitaux est comparable à celle en métropole, mais en dix fois pire »

Alors que le premier ministre, Jean Castex, est attendu à Cayenne dimanche, le président de Médecins du monde regrette que l’Etat n’en fasse pas plus pour améliorer les conditions sanitaires.

Propos recueillis par Louisa Benchabane

Publié le 12/07/2020

Le premier ministre, Jean Castex, est attendu à Cayenne, dimanche 12 juillet. « Je viens (…) avec la volonté de préparer la France à une éventuelle deuxième vague, mais surtout en préservant la vie, la vie économique, la vie sociale », a-t-il déclaré sur RMC.

L’ONG Médecins du monde est présente depuis 2004 en Guyane et depuis 2007 à Mayotte. Elle intervient surtout dans les bidonvilles, où les populations sont particulièrement exposées à l’épidémie de Covid-19. Son président, Philippe de Botton, regrette, dans un entretien au Monde, le manque de moyens des hôpitaux publics dans ces deux territoires.

En métropole, l’épidémie a fortement ralenti, mais, en Guyane et à Mayotte, la crise du Covid-19 ne faiblit pas. Comment l’expliquer ?
Philippe de Bottton : En Guyane comme à Mayotte, l’hôpital public a peu de moyens et peu de personnels. Il y a une réelle difficulté à recruter des médecins. Souvent, ils viennent de loin, de la métropole et ne restent que quelques années sur place. Là-bas, la crise dans les hôpitaux est comparable à celle en métropole, mais en dix fois pire. Par ailleurs, l’objectif affiché des autorités depuis des années est de combattre l’immigration clandestine. Cela au détriment de l’investissement dans l’hôpital public.

Nous sommes directement en lien avec les structures hospitalières et d’autres organisations, comme la Croix-Rouge. Nos équipes sanitaires font des maraudes trois à quatre fois par semaine pour orienter les personnes dans les bidonvilles et expliquer l’importance de se prémunir contre la maladie. Mais, dans ces territoires, les populations n’ont pas accès à l’eau. Il est donc compliqué de se laver les mains, de respecter des gestes barrières. Le virus s’y transmet plus facilement. Nous faisons des tests régulièrement, mais, lorsqu’ils sont positifs, il est difficile d’isoler les malades dans de telles conditions.

De plus, la Guyane partage une grande frontière poreuse avec le Brésil [le pays est l’un des plus touchés au monde par l’épidémie de Covid-19 ; le 10 juillet, 1 759 103 cas ont été confirmés]. Les mouvements de populations entre les deux pays accélèrent la propagation de la maladie.

Comment qualifiez-vous l’action de l’Etat depuis le déclenchement de la crise sanitaire à Mayotte et en Guyane ?
La principale erreur a été de confiner la Guyane et Mayotte comme en métropole, le 17 mars, alors que le virus circulait peu sur le territoire. Mais surtout de déconfiner les habitants, le 11 mai, alors que le pic de l’épidémie n’était pas encore atteint, contrairement à la métropole. Il aurait fallu mener une politique adaptée sur ces territoires.

Mais, depuis le déclenchement de l’épidémie de Covid-19, il y a eu des améliorations et nous collaborons fréquemment. L’une des rares conséquences positives de l’épidémie est que les autorités ont mis des moyens pour faciliter l’accès à l’eau dans les bidonvilles. Il faudrait en faire beaucoup plus. Est-ce que les autorités ont les moyens et la volonté de le faire ? Je n’en ai pas l’impression. Et la visite de Jean Castex prévue dimanche 12 juillet en Guyane ne me donne pas plus d’espoir. Pourtant, l’accès aux soins est un besoin fondamental, au même titre que l’accès à l’éducation ou à l’alimentation.

Est-ce que les retours des bénévoles sur le terrain permettent d’espérer un endiguement de l’épidémie ?
Je pense que nous sommes en bonne voie pour endiguer l’épidémie. Pour cela, il faut dépister et isoler les personnes testées positives pour casser la chaîne de contamination du Covid-19. En Guyane et à Mayotte, nous mettons à profit l’expérience acquise ailleurs dans le monde, sur des terrains où l’épidémie s’est répandue bien avant.

Mais à la crise sociale qui va suivre la crise sanitaire risque de causer de nombreux dégâts. Beaucoup d’habitants de ces territoires, qui travaillaient dans le secteur informel, ont été privés de job dès le début du confinement, le 17 mars 2020. De quoi accroître le taux de pauvreté, qui à Mayotte par exemple atteint déjà les 77 %. Nos bénévoles sur le terrain nous font remonter des cas de familles qui n’arrivent plus à accéder à l’alimentation.

Louisa Benchabane