Coronavirus-2019nCoV

Le Monde.fr : Le coronavirus est une « menace pour le monde »

il y a 2 jours, par infosecusanté

Le Monde.fr : Le coronavirus est une « menace pour le monde »

L’OMS met en garde au moment où le bilan dépasse les 1 100 morts.
Le Monde avec AFP

Publié le 12/02/2020

L’épidémie due au coronavirus, désormais officiellement appelée « Covid-19 », montre des signes timides de stabilisation en Chine. Quatre-vingt-dix-sept nouveaux décès ont été annoncés mercredi 12 février, contre 108 la veille, portant le total à 1 114 morts en Chine continentale – et toujours seulement deux dans le reste du monde, à Hong­kong et aux Philippines. Un décès suspect a toutefois été signalé en Iran. Dans son bulletin quotidien, la Commission nationale de la santé chinoise a également fait état pour les dernières vingt-quatre heures de 2 015 nouveaux cas de contamination, une baisse par rapport aux jours précédents. Au total, 81 % des nouveaux cas l’ont été dans le Hubei, l’épicentre de l’épidémie – où le nombre journalier de personnes nouvellement déclarées infectées est passé pour la première fois depuis le 2 février en dessous de la barre des 2 000, et 44 653 personnes ont désormais été infectées en Chine continentale.

Plusieurs officiels de la santé du Hubei ont été limogés mardi. La province continue de pâtir d’un effet de rattrapage – les hôpitaux ayant rejeté en masse des patients dans les premières semaines de l’épidémie. Dans un entretien à l’agence Reuters mardi, le professeur Zhong Nanshan, l’expert de la commission nationale de la santé chargé d’annoncer le 20 janvier la transmission du virus d’homme à homme, a dit espérer voir l’épidémie plafonner d’ici à la fin février puis baisser, pour, anticipe-t-il, se terminer en avril. Mais « nous ne savons pas pourquoi ce virus est si contagieux, et c’est un gros problème », a expliqué depuis Canton le professeur de 83 ans, connu pour son rôle lors de l’épidémie du SRAS en 2003.

« Chance réaliste »
Il estime qu’il « y a encore besoin de temps et de travailler dur à Wuhan », qu’il faut y empêcher de nouvelles contaminations, et que des incertitudes demeurent sur les modes de transmission du virus, notamment si celui-ci peut se transmettre par les matières fécales, ou sur l’existence de situations de « super-transmission » du virus, où de nombreux cas sont générés à partir d’une même personne infectée. La baisse du nombre de nouveaux cas dans la province du Zhejiang (Est), où plusieurs villes ont été mises en quarantaine, et dans celle du Guang­dong (Sud), est une « bonne nouvelle », juge-t-il.
Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a estimé mardi qu’il y avait « une fenêtre d’opportunité » à ne pas manquer et une « chance réaliste de stopper » la propagation dans le monde du coronavirus apparu à Wuhan en décembre 2019. La maladie que celui-ci provoque est dorénavant baptisée Covid-19 (pour « Coronavirus disease » suivie de son année d’apparition) par l’OMS et non plus « 2019-nCoV acute respiratory disease », maladie respiratoire aiguë due au 2019-nCoV).

L’OMS a choisi le nouveau nom afin « d’empêcher l’usage d’appellations qui pourraient être imprécises ou stigmatisantes », a déclaré mardi à Genève le Dr Tedros. « Cela reste une grande urgence » pour la Chine, « mais cela constitue aussi une très grave menace pour le reste du monde », a-t-il déclaré, ajoutant que « si nous investissons maintenant (…), nous avons une chance réaliste de stopper cette épidémie ».
L’OMS organise mardi et mercredi un forum sur la recherche et l’innovation afin de faire le point sur les nombreuses inconnues encore présentes sur la Covid-19 et mettre en œuvre la stratégie d’accélération de la recherche et du développement de traitements et d’un vaccin contre le nouveau coronavirus. De leur côté, les ministres européens de la santé devraient se retrouver jeudi à Bruxelles pour discuter de mesures coordonnées.

Foyers épidémiques hors de Chine
Malgré la circonscription de la majeure partie de l’épidémie à la Chine, et à la province du Hubei, quelques foyers épidémiques sont bel et bien apparus hors de Chine. Un Britannique qui a contracté le coronavirus à Singapour l’a ainsi transmis à plusieurs de ses compatriotes et à des vacanciers français lors d’un séjour en Haute-Savoie, avant d’être diagnostiqué au Royaume-Uni. Onze personnes ont été infectées : cinq hospitalisées en France, cinq au Royaume-Uni et une sur l’île espagnole de Majorque. En Allemagne, ce sont à présent 14 personnes qui ont été successivement infectées à partir d’une même personne, une ressortissante chinoise qui présentait peu de symptômes lors de son bref séjour en Bavière.

Par ailleurs, 39 nouveaux cas de contamination par le coronavirus Covid-19 ont été détectés à bord du paquebot Diamond-Princess mis en quarantaine près de Yokohama (sud-ouest de Tokyo), portant le total à 174, a annoncé mercredi le ministre japonais de la santé. Un officier de quarantaine a lui aussi été infecté par le virus. Au total, 492 personnes ont été testées sur les 3 711 passagers et membres d’équipage initialement présents à bord du bateau de croisière.
Bien que de nouveaux cas soient détectés, les autorités ne prévoient pas pour le moment d’étendre la période de quarantaine, qui devrait prendre fin le 19 février. « A ce stade, parmi les personnes hospitalisées [évacuées du navire], quatre sont dans un état grave, sous assistance respiratoire ou en soins intensifs », a précisé le ministre de la santé nippon, Katsunobu Kato.

Paul Benkimoun et Brice Pedroletti