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Le Quotidien du médecin - Un médecin sur deux en burn-out, révèle une méta-analyse incluant 15 000 praticiens

il y a 1 semaine, par Info santé sécu social

Sophie Martos
| 11.01.2019

Un médecin français sur deux est en situation de burn-out, révèle une méta-analyse menée par une équipe médicale de l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM), publiée le 7 janvier dans la revue « Journal of Affective Disorders ». Les médecins urgentistes ainsi que les jeunes médecins – internes, chefs de clinique et assistants – sont plus exposés au risque de burn-out.

L’objectif était d’évaluer la prévalence du syndrome de burn-out dans ses trois dimensions (épuisement émotionnel, déshumanisation et faible accomplissement personnel) en synthétisant les données et analyses existantes. « Plusieurs études ont été effectuées mais beaucoup étaient contradictoires sur les facteurs de risques », explique le Dr Ziad Kansoun, psychiatre et addictologue à l’AP-HM, co-auteur.

Les auteurs – 5 psychiatres et un médecin de santé publique – ont passé au peigne fin 37 publications scientifiques publiées entre 2000 et 2017 représentant 15 183 praticiens en France – hospitaliers ou libéraux. Ils ont ensuite étudié et évalué spécifiquement les trois dimensions du burn-out.

Les jeunes moins aguerris, les urgentistes confrontés à l’agressivité
Les résultats sont accablants : 49 % des praticiens éprouvent l’un des trois symptômes caractéristiques du burn-out. Toutes les spécialités ne sont pas logées à la même enseigne. Cet épuisement professionnel est plus marqué chez les urgentistes (57 %) et les jeunes médecins (52 %) devant les généralistes (48 %) et les anesthésistes-réanimateurs (44 %).

« Les jeunes médecins sont moins aguerris, ils ont moins d’expérience, ils sont donc plus stressés, explique au "Quotidien" le Dr Guillaume Fond, psychiatre à l’AP-HM et co-auteur. On leur demande beaucoup pour les gardes par exemple. Ils doivent aussi s’occuper de patients "difficiles" au sens relationnel comme les SDF ou les patients psychiatriques, et ils ne peuvent pas refuser ».

Selon l’étude, 5 % du panel présentent un burn-out « sévère » combinant un fort épuisement émotionnel, une dépersonnalisation élevée et une perte d’accomplissement personnel. Ce chiffre grimpe à 12 % chez les urgentistes. « A priori, ils cumulent plusieurs facteurs de risques. Ils sont confrontés à toute la population et à la détresse sociale, les motifs de recours ne sont parfois pas de l’urgence, ce qui joue sur le sentiment d’utilité. Ils sont aussi confrontés à l’agressivité des patients, au manque de reconnaissance et à des conditions de travail moins bonnes » liées au manque d’effectifs et à la démographie, décrypte le Dr Fond.

Les médecins sous-estiment le risque

De façon plus détaillée, les travaux suggèrent que 21 % des praticiens éprouvent un épuisement émotionnel (forte fatigue et diminution des ressources émotionnelles) avec, là encore, des écarts entre spécialités. 24 % des généralistes sont touchés contre 13 % des anesthésistes. Les résultats sont encore plus édifiants sur la dépersonnalisation (attitudes négatives et cyniques) qui concerne 43 % des urgentistes et 34 % des jeunes médecins. Enfin, 29 % des sondés ont un sentiment de non-accomplissement personnel au travail (sentiment d’incompétence et d’inefficacité) mais plus d’un tiers des urgentistes et des jeunes médecins.

Les auteurs veulent aussi s’intéresser à d’autres spécialités comme la psychiatrie « qui partage des facteurs de risques communs avec les urgentistes », ajoute le Dr Fond.

En attendant le Dr Kansoun espère que cette étude fera réagir. « Certains médecins continuent de sous-estimer le risque d’épuisement professionnel auprès de leurs patients et de leurs confrères. Ils en rigolent ! Cette méta-analyse permettra de les sensibiliser »