Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Lequotidiendumedecin.fr : Nouvelle-Calédonie, Autriche, Allemagne... l’idée de la vaccination obligatoire s’étend

il y a 1 mois, par infosecusanté

Lequotidiendumedecin.fr : Nouvelle-Calédonie, Autriche, Allemagne... l’idée de la vaccination obligatoire s’étend

PAR COLINE GARRÉ -

PUBLIÉ LE 03/12/2021

L’obligation vaccinale pour tous comme dernier rempart contre la cinquième vague de Covid-19  ? L’idée fait son chemin en Europe, après avoir longtemps été une exception.

Jusqu’à récemment, la vaccination n’était imposée qu’au Tadjikistan et Turkménistan, ainsi qu’en Indonésie et au Vatican, avec une effectivité contrastée, selon la disponibilité des vaccins et l’acceptation sociale. Les taux de couverture vont ainsi de 29 % de population primovaccinée au Tadjikistan, à 73 % au Turkménistan.

La Nouvelle-Calédonie, ce territoire français du Pacifique sud, a rendu obligatoire la vaccination pour tous les majeurs au 31 décembre, par un vote début septembre. Près de 63 % de sa population était totalement vaccinée au 3 décembre.

L’Autriche contrainte en février, l’Allemagne en discussion

Après avoir tenté de confiner uniquement les non-vaccinés, puis décrété un confinement général de 20 jours (jusqu’au 13 décembre), l’Autriche a décidé mi-novembre d’instaurer la vaccination obligatoire à compter du 1er février. « Malgré des mois de persuasion, nous n’avons pas réussi à convaincre suffisamment de gens à se faire vacciner », a expliqué le chancelier conservateur Alexander Schallenberg. « Augmenter durablement le taux de vaccination est le seul moyen de sortir de ce cercle vicieux », a-t-il ajouté, jugeant qu’il s’agissait du « ticket de sortie » de la pandémie. Sous la pression de la contrainte, la proportion de personnes ayant reçu au moins une dose est passée à 70,5 % et ceux ayant reçu un schéma complet sont à 66,3 %.

Cette semaine, c’est au tour de l’Allemagne de serrer la vis. La chancelière Angela Merkel a ainsi annoncé ce 2 décembre que les non-vaccinés n’auront plus accès aux commerces non essentiels, aux restaurants, aux lieux de culture ou de loisirs, et devront limiter leurs interactions sociales. De plus, un projet de loi sur l’obligation vaccinale sera soumis au Parlement allemand d’ici à la fin de l’année pour une entrée en vigueur en février ou mars, avec liberté de vote totale pour les députés.

Le successeur d’Angela Merckel, Olaf Scholz, s’est prononcé en faveur d’une telle mesure, qui devrait aussi être soutenue par les Verts, les Libéraux et les conservateurs. Seul s’y opposerait le parti d’extrême droite AfD. Selon un récent sondage, 64 % des Allemands sont favorables à l’obligation vaccinale. Quelque 68 % de la population sont entièrement immunisés, et 71 % le sont partiellement. « Du point de vue de la médecine intensive et d’urgence, la situation de la pandémie n’a jamais été aussi menaçante et grave qu’aujourd’hui », s’alarme l’Association allemande de médecine intensive (DIVI).

Alors qu’Omicron se propage, d’autres pays s’engageront-ils sur la voie de l’obligation vaccinale  ? « Il est approprié et raisonnable d’avoir cette discussion maintenant », a estimé ce 1er décembre la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, tout en ajoutant que cette décision relève des États membres. L’Organisation mondiale de la santé, elle, n’a pas donné de consignes en ce sens. Son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus a toutefois dénoncé le mélange toxique que constituent l’insuffisance de la couverture vaccinale et la faiblesse du niveau de dépistage.

Et en France  ?

La France a fait le choix, comme de nombreux pays, de ne réserver l’obligation vaccinale qu’à certaines catégories, comme les soignants, les professionnels des maisons de retraite, les pompiers, les ambulanciers et les aides à domicile - ce qui n’est déjà pas sans provoquer des mécontentements, en outre-mer notamment.

Avec un taux de vaccination complète qui s’élève au 1er décembre à près de 76 %, l’exécutif préfère encore inciter et évoquer « l’aller vers » pour convaincre les 6,5 millions de réticents à la vaccination, plutôt qu’un passage en force. Le Conseil scientifique ainsi que la Haute Autorité de santé se sont montrés jusqu’à présent réservés. Auditionné par les députés le 1er décembre, le Pr Jean-François Delfraissy a renvoyé la balle au politique : « C’est une décision éminemment politique. La primauté de la santé est essentielle, mais doit-on pour autant se priver d’une certaine forme de liberté  ? Au-delà de l’éthique, en termes d’efficacité, est-ce que l’obligation vaccinale apporterait quelque chose  ? »

Le débat est loin d’être clos. Les partisans de l’obligation pourront compter sur les Académies de médecine et de pharmacie qui, depuis le printemps, demandent la vaccination de toute la population, passe vaccinal (et non sanitaire) à la clef, ou encore sur le président de la FHF Frédéric Valletoux.