Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Covid-19 L’exécutif en stade d’attente

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Devant la situation des hôpitaux menacés de saturation, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a rajouté jeudi trois départements à la liste des territoires confinés, sans toutefois modifier sa stratégie. Le gouvernement se donne le temps de mesurer l’efficacité des mesures prises le 18 mars.

Par Lilian Alemagna et Aude Massiot
26/03/2021

Espérer que la semaine prochaine, voire dès ce week-end, les restrictions en vigueur depuis une semaine dans les départements les plus touchés par la pandémie de Covid-19 fassent leur effet et éclaircissent l’horizon des hôpitaux en saturation. Et cela avant l’étape cruciale du week-end de Pâques, puis celle des vacances scolaires, qui débutent le 10 avril (pour la zone A). Pour l’instant, on en est très loin. « La tendance est presque partout à l’accélération de l’épidémie », a déclaré jeudi le ministre de la Santé, Olivier Véran, lors de sa conférence de presse, où il a endossé un costume de pédagogue lugubre n’apportant aucune nouveauté.

Le taux d’incidence dans l’ensemble du pays est pourtant à 325 personnes contaminées en une semaine pour 100 000 habitants, soit bien au-delà du seuil d’alerte de 250 fixé par le gouvernement. Dans les Hauts-de-France, les hospitalisations ont dépassé les niveaux atteints lors des deux premières vagues, a annoncé jeudi l’agence régionale de santé (ARS). En Ile-de France, 7 000 malades du Covid sont hospitalisés, 1 410 patients sont en réanimation. Mardi, le système de santé régional a lancé un plan pour l’ouverture prochaine de 2 250 lits supplémentaires, entraînant l’annulation de 80 % des autres activités programmées (actuellement de 35 % à 40 %). « Nous poussons les murs partout », a insisté Véran. En déplacement avec Jean Castex au centre hospitalier de Melun (Seine-et-Marne), le directeur de l’ARS d’Ile-de-France, Aurélien Rousseau, s’est fait le témoin de « patients de plus en plus jeunes, très jeunes, touchés par des formes particulièrement sévères ». La situation est particulièrement critique en Seine-Saint-Denis, où le taux d’incidence atteint un niveau de 700 (pour une moyenne nationale de 325), avec la courbe des patients en réanimation qui ne cesse d’augmenter. Par ailleurs, le taux de vaccination y est particulièrement bas, avec 7 % de la population qui a reçu au moins une dose, contre 10,2 % au niveau national.

Une marche supplémentaire ?

Mais si la barre symbolique des 100 000 morts se rapproche (actuellement 93 000 Français sont décédés du Covid), le gouvernement ne change pas de cap. Il compte sur le seul « respect des gestes barrières », l’accélération de la vaccination et un reconfinement qui n’en est pas un dans une partie du pays pour sortir de cette crise. A ceux qui critiquent l’exécutif sur le caractère trop léger des mesures prises depuis une semaine, Véran a répondu qu’« il n’y a pas un confinement » mais « cinquante nuances de mesures ». Nuance en effet. « Ce n’est pas hors de contrôle, veut croire un membre du gouvernement. C’est un virus qui circule et donc il y a nécessité de bien respecter les règles individuelles, de comportement, la distanciation physique, le port du masque… » Sauf que ce variant anglais circule tellement vite que Véran a confirmé que trois autres départements (l’Aube, le Rhône et la Nièvre) auraient désormais les mêmes règles que l’Ile-de-France, les Hauts-de-France, les Alpes-Maritimes, l’Eure et la Seine-Maritime : fermeture de certains petits commerces jugés « non essentiels », interdiction de faire plus de dix kilomètres hors de son domicile ou de se rendre dans une autre région sans motif valable.

Une marche supplémentaire avant un reconfinement plus dur ? « Il est trop tôt pour juger si les mesures [actuelles] sont efficaces », a assuré le ministre de la Santé, qui a toutefois prévenu : « Si la situation devait s’aggraver, si les hôpitaux devaient déborder, alors nous serions amenés à nous poser la question de savoir si on doit aller plus loin et avec quels types de mesure. »

« Il y aura un après »

Jusqu’à une fermeture des écoles réclamée par les enseignants et certains élus locaux, qui voient de plus en plus de classes touchées ? Toujours pas, alors que de nouveaux pays européens - Belgique, Autriche, Finlande - finissent par s’y mettre eux aussi. « La fermeture des écoles est une décision de dernier recours. Elle a des conséquences très lourdes pour les élèves et les parents », souligne Véran. En revanche, contrairement au ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, qui minimise depuis des semaines les contaminations en milieu scolaire, il a assuré que le gouvernement ne « ni [ait] pas que le virus peut se transmettre à l’école, puis de l’école vers les familles ». Allant ensuite jusqu’à citer Nelson Mandela - « l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde » - et assurer : « Il y aura un après-Covid, bientôt. » Véran a promis un nouveau protocole renforcé pour les écoles que doit dévoiler Blanquer ce vendredi.

Le gouvernement ne reprend donc pas (encore ?) la proposition de la présidente (ex-LR) de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse. Elle préconisait mercredi d’avancer de deux semaines les vacances de printemps pour la zone qui la concerne. Soit faire coïncider le début de ces congés26/03/2021 about:blank about:blank 5/5 avec le week-end de Pâques. « Toutes les propositions sont utiles, surtout quand elles ne nient pas la réalité des faits et qu’elles cherchent à trouver des solutions », a répondu le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, jeudi matin. Le gouvernement mise avant tout sur l’« accélération » souhaitée de sa campagne de vaccination. Dès samedi, tous les Français de plus de 70 ans pourront désormais se faire vacciner et l’assurance maladie doit, en parallèle, lancer une opération d’appels « systématiques » des plus de 75 ans qui n’ont pas encore reçu leurs injections. Véran le garantit : « Plus de 10 millions de personnes seront vaccinées d’ici trois semaines », moment où le vaccin Janssen du labo américain Johnson & Johnson devrait arriver en France.

Au passage, Véran n’a pas hésité à critiquer le maire Les Républicains de Cannes, David Lisnard, qui a décidé d’ouvrir dans sa commune la vaccination à toutes les personnes de plus de 50 ans, depuis jeudi. Une initiative peu au goût du gouvernement. Le ministre de la Santé l’a ainsi assuré : ce dispositif ne devrait être ouvert que dans un cadre national.