Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Libération - Covid-19 : remettons de l’humilité dans le débat !

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

12 octobre 2020

La science et la médecine sortent enfin de leur tour d’ivoire pour occuper le débat public, mais les médias comme les scientifiques doivent cesser les déclarations péremptoires et alarmistes, en finir avec les improvisations intempestives, avoir le courage de dire ce que l’on sait et ce que l’on ignore.

Par l’Association S3Odéon, Yves Agid Neurologue et neuroscientifique, membre fondateur de l’Institut du cerveau (ICM), Jean-François Bach Biologiste et immunologiste, secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie des sciences, Jean-Michel Besnier Professeur émérite de philosophie à l’université de Paris-Sorbonne, Agnès Renard Présidente de l’association S3Odéon, Didier Sicard Médecin, ancien président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

Le jeudi 15 octobre

Tribune. Jamais la science et la médecine n’ont occupé autant de place dans le débat public. Elles occupent les plateaux de télévision, déferlent sur les réseaux sociaux, monopolisent les médias et envahissent même nos conversations quotidiennes. Nous médecins et chercheurs devrions en être enchantés… Enfin nos spécialités deviennent le centre de tous les forums médiatiques, politiques et citoyens. La science sort enfin de sa tour d’ivoire pour devenir, en quelque sorte, « virale ».

Hélas, trois fois hélas, ce déferlement se fait en dépit du bon sens, dans une confusion générale qui voit les médias s’improviser experts sanitaires - à grand renfort de fausses certitudes nourries de chiffres de prévalence, d’études sur les derniers tests PCR ou de modèles de contagion - et les scientifiques eux-mêmes disperser leur précieux savoir en commentaires qui roulent et se contredisent, se dispersent et se rétractent, d’une chaîne, d’un journal, d’un réseau social à l’autre, laissant le citoyen assommé d’informations incomplètes et d’affirmation péremptoires.

Bien entendu, il y a en science comme en toute matière des désaccords et des débats. Ils sont normaux et légitimes, c’est l’intérêt de nos métiers et ils font souvent progresser la recherche. Mais lorsque ces discussions débordent nos laboratoires et nos cénacles pour inonder la place publique et envahir les plateaux de télé, elles ne font qu’ajouter à la peur et à la confusion. Comme si les scientifiques, débordés par l’enjeu et parfois, peut-être, reconnaissons-le, par leur « célébrité » médiatique soudaine, n’avaient pas su faire leur travail : éclairer le chemin sans chercher à tirer, à toute force, la couverture d’un côté ou de l’autre.

Non, la science ne peut pas se perdre dans ce « direct » contradictoire et permanent, alimenté et enflammé par les médias et les réseaux 24 heures sur 24. Au contraire, elle doit apaiser et donner des réponses. Des réponses à ses questions et à ses inquiétudes, c’est, légitimement, ce que le citoyen attend de nous : sur les masques, le risque pour les enfants, la contagion du virus à l’école, au travail, au restaurant, à la piscine, les traitements, les vaccins etc. Mais pour cela, il faut un peu de modestie et de calme. C’est sans doute ce qui nous a manqué le plus, depuis six mois.

Oui, il faut remettre de la raison scientifique dans ce débat et la science au cœur du village. Avoir le courage de dire ce que l’on sait et ce que l’on ignore (ou en tout cas, ce que l’on ne sait pas encore…). C’est une tâche difficile, bien sûr, car l’approche scientifique est lente pas nature. Elle peut hésiter, et même se tromper. Mais aussi impatients que nous soyons tous face à ce virus qui déstabilise nos sociétés, seule une information fondée sur des observations rigoureuses et des faits scientifiques validés peut servir de socle à l’adhésion citoyenne. Car seule une vraie démarche scientifique peut nous permettre de passer cette crise.

C’est pourquoi il est important de dire à nos concitoyens ce que nous savons mais aussi ce que nous ignorons ou ne savons pas encore avec certitude. Ne confondons pas nos avis de spécialistes et nos opinions de citoyens. Evitons les déclarations péremptoires et les prédictions alarmistes. Faisons comprendre les limites de nos travaux, mais aussi la vitesse fulgurante à laquelle nous avançons dans la lutte contre un virus encore inconnu il y a quelques mois, grâce à l’alliance de toutes les forces au niveau mondial. Oui, notre connaissance de ce virus a progressé à la vitesse de la lumière et oui, cette connaissance rationnelle, maîtrisée, ouvre des voies de traitements et de vaccins.

Nous, membres fondateurs de l’alliance S3Odéon, sommes convaincus que si nous éclairons le chemin avec humilité, nous aiderons nos sociétés à mieux affronter cette crise. Nous guiderons mieux les décisions politiques et nous permettrons de restaurer la confiance des citoyens qui est impérative pour contrôler la pandémie.