Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Le Covid hors de contrôle, le confinement se confirme

il y a 3 semaines, par Info santé sécu social

Par Alain Auffray — 27 octobre 2020

Après l’échec de toutes les solutions alternatives, Emmanuel Macron appelle à l’union nationale et annoncera, ce mercredi soir à 20 heures, des options plus dures, qui seront votées jeudi par le Parlement. Un confinement de quatre semaines est sur la table.

Une circulation du virus hors de contrôle, une deuxième vague potentiellement plus haute encore que la première : alors que tous les experts confirment ce sombre pronostic, le gouvernement en appelle à l’union nationale avant de prendre les décisions « difficiles » qu’Emmanuel Macron confirmera lui-même ce mercredi à 20 heures. Le retour au confinement total ? Le chef de l’Etat avait promis de « tout faire » pour l’éviter. Pas sûr que cela ait suffi. L’option d’un reconfinement de quatre semaines était mardi soir évoquée avec insistance. « On espère pouvoir garder les écoles ouvertes », confie à Libération un dirigeant de la majorité.

Action rapide
Pilonné par des oppositions qui lui reprochent de décider seul sans contrôle parlementaire et sans débat démocratique, le Premier ministre, Jean Castex, a reçu mardi soir à Matignon tous les chefs de parti et de groupe parlementaire. Après l’avoir systématiquement écartée ces dernières semaines, il a annoncé que la solution retenue par l’exécutif serait soumise jeudi à un vote du Parlement. Conformément à l’article 50-1 de la Constitution, le Premier ministre fera une déclaration suivie d’un débat mais aussi d’un vote, ce qui n’est pas une obligation constitutionnelle.

Devant les responsables de la majorité, Jean Castex a admis dans la matinée que la stratégie retenue à la fin de l’été - celle d’une riposte « graduée et territorialisée » à grand renfort de couvre-feu - n’avait pas l’efficacité espérée face au coronavirus, qui a contaminé plus de 33 000 personnes au cours des dernières vingt-quatre heures et en a tué 288 rien qu’à l’hôpital. Plus question d’attendre la fin de semaine pour en mesurer précisément les effets. Une action rapide semble s’imposer, avec la menace de plus en plus pesante d’un confinement généralisé.

Mardi matin, un Conseil de défense a été convoqué en urgence à l’Elysée par le chef de l’Etat. Après la rencontre de Castex avec les responsables politiques, Macron devrait de nouveau réunir ce mercredi cette instance pour rendre les ultimes arbitrages qui seront annoncés aux Français puis soumis au vote des parlementaires. « Il faut prendre des décisions dures […] comme tous nos voisins » européens, a estimé le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, mardi matin sur France Inter, avant de se rendre à l’Elysée. Depuis plusieurs jours, le gouvernement souligne avec insistance que le rebond brutal de l’épidémie est un phénomène mondial et tout particulièrement européen. De l’Espagne à l’Allemagne, il est vrai que le Covid-19 frappe durement la plupart des états de l’Union européenne, quelle qu’ait été la stratégie de leurs gouvernements respectifs dans la lutte contre l’épidémie.

« C’est un coup de massue. Même dans les prévisions les plus préoccupantes, on ne s’attendait pas à cette accélération », reconnaissait mardi sur BFM le chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon, Gilles Pialoux. Pour lui, pas de doute, Macron doit revenir à son « quoi qu’il en coûte » de mars et donc reconfiner le pays, quitte à sacrifier l’économie. « L’économie c’est rattrapable, la réanimation loupée c’est irrattrapable », ajoute l’infectiologue. La veille, son collègue Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, ne disait pas autre chose : « On avait prévu qu’il y aurait cette deuxième vague, mais nous sommes nous-mêmes surpris par la brutalité de ce qui est en train de se passer depuis dix jours. »

« Train de retard »
Pris de court par cette accélération, le gouvernement table sur la cohésion du pays et de sa classe politique. A en juger par les débats des derniers jours, l’objectif paraît bien ambitieux. Dans sa « guerre » contre l’épidémie, il n’a pas plus de soutien de ses oppositions que dans celle qu’il vient d’engager contre le « séparatisme ».

« Improvisation », « manque d’anticipation », « atterrant »… En sortant de Matignon mardi soir, les chefs de LR et du RN, Christian Jacob et Marine Le Pen, étaient encore très loin de participer à l’union sacrée. Avant de retrouver Jean Castex, le chef de file des députés Les Républicains, Damien Abad, était formel. La stratégie sanitaire du gouvernement est un « fiasco » : déconfinement « raté », « échec de la politique d’isolement », « beaucoup de failles » dans la politique de tests. « On nous demande de choisir entre le tsunami hospitalier et l’effondrement économique et social », s’est désolé le député LR de l’Ain. Son collègue marseillais Julien Ravier a été plus virulent encore à l’Assemblée nationale lors de la séance de questions au gouvernement. « En six mois, vous avez été incapables de nous préparer à cette deuxième vague », s’est-il exclamé, fustigeant « l’échec cinglant » du gouvernement.

Dans le même registre, le député PS Boris Vallaud a constaté qu’un vent « de panique » soufflait sur l’Elysée. Selon lui, le gouvernement a toujours « un train de retard » et les Français seraient « aussi inquiets par la pandémie que par la gestion de la crise par le gouvernement ».

Répondant à ces critiques, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, les a qualifiées d’« irresponsables » : « Vous attisez les craintes et les doutes […], vous feignez d’ignorer la situation que connaît le monde ! » s’est-il emporté dans sa réponse à Julien Ravier. Le député LREM Roland Lescure se disait lui aussi sans voix « devant tant d’irresponsabilité ». Un peu désabusé, l’élu macroniste estime toutefois que le gouvernement a bien fait de « perdre vingt-quatre heures » pour consulter, écouter et tenter de resserrer les rangs.

Alain Auffray