Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Le couvre-feu à 18 heures a-t-il eu un effet sur la circulation du virus ?

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Luc Peillon

C’est un des éléments qui conditionnera un éventuel confinement. L’avancée du couvre-feu de 20 heures à 18 heures est-il efficace pour réduire la circulation du virus en France ? S’il est encore trop tôt pour en juger sur l’ensemble du territoire, qui s’est vu imposer cette décision depuis le 17 janvier seulement, les premiers départements à en avoir fait les frais, début janvier, commencent à livrer quelques indications.

Lors de son passage sur France Inter, mardi dernier, le ministre de la Santé, Olivier Véran, s’était ainsi montré optimiste : « Nous avons un effet couvre-feu qui tend à se faire sentir. On voyait que dans les quinze départements qui ont été mis sous couvre-feu à 18 heures le 2 janvier, l’incidence, le nombre de nouveaux diagnostics, était plutôt en baisse. Pas suffisant, ça ne fera pas reculer l’épidémie sur un temps assez court, mais en tout cas, ça permet de stabiliser les choses […], - 16
% à peu près sur une semaine. »

Contactée, la Direction générale de la santé précise que cette baisse concerne l’incidence hebdomadaire, soit le nombre de nouveaux cas pour 100 000 habitants sur sept jours, et vaut pour la période du 2 au 8 janvier, comparativement à celle du 9 au 15 janvier. Et d’ajouter que « les 10 départements en couvre-feu anticipé depuis le 10 ou le 12 janvier ont une diminution du taux de - 5,2 %». Quant aux autres départements, sans couvre-feu anticipé à cette date, ils « ont connu au contraire une augmentation du taux d’incidence de 1,6 % entre ces deux périodes ».

Pour rappel, afin de pouvoir évaluer l’effet d’une mesure de protection sur la circulation du virus, observable dans les résultats des tests, il faut attendre a minima six à sept jours (quatre à cinq d’incubation en moyenne et deux avant d’aller faire le diagnostic). Concernant le couvre-feu décidé dans ces quinze départements dès le 2 janvier, les effets commencent donc à se voir dans les tests à partir ou au lendemain du 9 janvier. Et effectivement, l’évolution, entre la semaine du 2 au
8 janvier et celle du 9 au 15 janvier, de l’incidence cumulée dans ces départements est bien de - 16 %.

Dans son dernier bulletin, Santé publique France se montre toutefois beaucoup plus prudente. Et rappelle que l’incidence avait commencé à baisser avant même l’instauration de cette mesure : « Dans le groupe 1 [les 15 départements sous couvre-feu à 18 heures le 2 janvier, ndlr], l’amélioration de la situation épidémiologique peut être en partie liée à la mise en place du couvrefeu anticipé, dont les effets sont théoriquement observables sur l’évolution du taux d’incidence à partir de la semaine du 11 au 17 janvier. Néanmoins, l’évolution de la situation était déjà plus favorable dans ce groupe que dans les deux autres groupes [départements sous couvre-feu à 18 heures les 10 et 12 janvier ou le 17 janvier] lors de la semaine du 4 au 10 janvier, alors qu’il était trop tôt pour que l’effet du couvre-feu anticipé puisse être observé. » Cette différence entre le premier et les deux autres groupes « pourrait être liée à des comportements plus prudents de la population pendant les fêtes dans ces départements où la circulation virale était particulièrement active et avait fait l’objet de campagnes de communication locales ».

En observant l’évolution du nombre de cas quotidiens (en moyenne centrée sur sept jours), on note en effet que la baisse dans ces quinze départements, si elle est plus forte que pour l’ensemble de la France, semble avoir débuté, comme pour le reste du pays, le 5 janvier, soit quatre jours avant le 9 janvier, date à laquelle peuvent commencer à être observés les effets de cette décision. Enfin, quand bien même le couvre-feu à 18 heures aurait eu un impact positif, celuici semble avoir été de courte durée : dès le 15 janvier, la circulation du virus était de nouveau en hausse moyenne dans ces quinze départements, à un rythme proche de celui observé sur
l’ensemble de la France.