Politique santé sécu social de l’exécutif

Libération - Réforme de l’assurance chômage : les syndicats se sentent dupés par le gouvernement

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

PAROLES, PAROLES

Par Frantz Durupt — 22 juillet 2020 à 18:00

Vendredi dernier, Jean Castex annonçait à la satisfaction générale le report intégral de la réforme de l’assurance chômage. Une promesse démentie par le projet de décret reçu par les syndicats.

Le dialogue social à la sauce Castex ?

Vendredi, lors d’une rencontre à Matignon, le nouveau Premier ministre faisait un geste significatif en annonçant la suspension jusqu’à début 2021 de l’intégralité de la réforme de l’assurance chômage. Les syndicats ne cachaient pas leur enthousiasme de voir ainsi neutralisé, même pour un temps, l’un des textes les plus sévères jamais adoptés à l’encontre des demandeurs d’emploi. Mais quelques jours plus tard, le projet de décret du gouvernement a de quoi entamer leur enthousiasme et ébrécher la confiance que le nouveau locataire de Matignon semblait être parvenu à installer.

Révélé par l’agence AEF, ce projet de décret prévoit en effet un retour incomplet aux règles antérieures au premier volet de la réforme, qui a durci les conditions d’ouverture des droits. Petit rappel : depuis novembre 2019, il fallait avoir travaillé six mois au cours des vingt-quatre derniers mois pour prétendre à une indemnisation, contre quatre mois au cours des vingt-huit derniers mois auparavant. De ce fait, entre novembre 2019 et février 2020, plus de 20 000 demandeurs d’emploi se sont vu refuser une ouverture de droits chaque mois, selon une estimation de l’Unédic. Or, si le retour aux quatre mois de travail est bien acté, ce sera toujours sur une base de vingt-quatre mois, et non vingt-huit. Par ailleurs, le seuil de travail permettant un rechargement des droits durant sa période de chômage passera certes de six à quatre mois, mais il n’était que d’un mois avant la réforme. « C’est quand même 10 000 personnes par mois qui verront leurs droits non rechargés et qui sortiront donc de l’indemnisation », affirme Michel Beaugas, de Force ouvrière, soulignant que « ce sont les plus précaires ».

Pas de rétroactivité
Autre mauvaise surprise : la suspension de la réforme ne concernera pas les personnes ayant perdu leur emploi entre le 1er novembre 2019 et le 1er août 2020, ce qui aurait obligé Pôle Emploi à recalculer leurs droits. Vendredi dernier, plusieurs responsables syndicaux présents à la conférence sociale avaient pourtant compris que cette suspension serait rétroactive, même si Jean Castex ne l’avait pas explicitement formulé. « Il y aura une nouvelle catégorie de chômeurs : les perdants du 1er novembre 2019 », commente Denis Gravouil, de la CGT.

Le ministère du Travail a justifié ses choix en expliquant à l’AFP « avoir pris la décision qui se rapproche le plus possible des règles antérieures et qui soit techniquement faisable par Pôle Emploi pour être le plus rapidement opérationnel pour les demandeurs d’emploi ». Mais voilà de quoi jeter un doute sur la sincérité du Premier ministre, qui vantait vendredi « la qualité du dialogue […] établi » avec les syndicats. Aujourd’hui, Michel Beaugas parle d’une « douche froide », quand Denis Gravouil évoque « un premier accroc dans la parole très franche de Jean Castex ». Et le responsable cégétiste de prévenir : « La prochaine réunion sur l’assurance chômage, en septembre, risque de voir les syndicats arriver assez énervés. »