Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Ouest-France - Comment le variant Delta du coronavirus brise le rêve de l’immunité collective grâce aux vaccins

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Selon des épidémiologistes, il semble illusoire d’atteindre une immunité collective seulement grâce aux vaccins, à cause du variant Delta du coronavirus et de sa forte contagiosité.

Ouest-France avec AFP.
Publié le 27/08/2021

Face au variant Delta du coronavirus et à sa forte contagiosité, il semble illusoire d’atteindre l’immunité collective uniquement grâce aux vaccins, mais ceux-ci restent tout de même cruciaux pour circonscrire la pandémie de Covid-19, estiment les spécialistes.

Depuis des mois, l’immunité collective, c’est-à-dire le seuil de personnes immunisées au-delà duquel l’épidémie cesse, est vue comme le Graal d’une sortie de crise. Mais comme le Graal, n’est-elle qu’une chimère ? Tout dépend de la définition qu’on adopte, répondent les experts.

Est-ce que la vaccination seule permettra de faire régresser et contrôler l’épidémie ? La réponse est non​, déclare à l’AFP l’épidémiologiste Mircea Sofonea.

En effet, deux paramètres interviennent : la contagiosité intrinsèque du virus et l’efficacité du vaccin par rapport à l’infection. Et là, ce n’est pas suffisant​, poursuit-il.

Le variant Delta désormais dominant
Désormais dominant, le variant Delta est jugé 60 % plus transmissible que le précédent (Alpha) et deux fois plus que la souche historique. Or, plus un virus est contagieux, plus élevé est le seuil nécessaire à l’immunité collective (laquelle s’obtient via les vaccins ou l’infection naturelle).

Sur le plan théorique, c’est une formule très facile à calculer​, explique à l’AFP l’épidémiologiste Antoine Flahault.

Le calcul se fait à partir du taux de reproduction de base du virus (ou R0), soit le nombre de personnes qu’un infecté contamine en l’absence de mesures de contrôle.

Pour le virus historique (au R0 de 3), le seuil d’immunité collective était estimé à 66 % ​de personnes immunisées, rappelle le Pr Flahault. Mais si le R0 est de 8 comme avec le variant Delta, on arrive à 90 %​, reprend-il.

Ce seuil pourrait être atteignable si les vaccins étaient efficaces à 100 % contre l’infection. Mais ce n’est pas le cas.

Une efficacité des vaccins revue à la baisse

Selon des données publiées mardi 24 août par les autorités américaines, l’efficacité des vaccins Pfizer et Moderna contre l’infection a baissé de 91 % à 66 % depuis que Delta est devenu dominant aux États-Unis.

En plus des caractéristiques du variant, cela pourrait être lié au fait que l’efficacité diminue avec le temps : elle tombe de 88 % à 74 % au bout de cinq à six mois pour Pfizer, et de 77 % à 67 % après quatre à cinq mois pour AstraZeneca, selon une étude britannique rendue publique mercredi 25 août.

C’est ce qui pousse de plus en plus de pays à envisager une dose de rappel (le plus souvent une troisième dose).

Tous ces paramètres aboutissent à une absurdité mathématique : pour atteindre l’immunité collective sans aucun geste barrière, il faudrait vacciner plus de 100 % de la population​, souligne Mircea Sofonea.

Un objectif également jugé illusoire par l’un des pères du vaccin d’AstraZeneca : Avec le variant actuel, nous sommes dans une situation où l’immunité collective n’est pas une possibilité, car il infecte des gens vaccinés​, a déclaré le Pr Andrew Pollard (université d’Oxford), le 10 août, devant les députés britanniques.

Les vaccins sont indispensables
Mais même si l’immunité collective via la vaccination est devenue un mythe​, selon les termes du Pr Pollard, les spécialistes insistent sur le fait que les vaccins sont indispensables.

Ce que les scientifiques préconisent, c’est le maximum de personnes protégées​, avance le Pr Flahault.

D’abord, les vaccins restent très efficaces pour éviter les formes graves de la maladie et les hospitalisations. Ensuite, ils assurent une protection collective à ceux qui ne peuvent bénéficier eux-mêmes de la vaccination : c’est le cas des gens dont le système immunitaire est affaibli par une autre maladie (cancer ou greffe, par exemple).

Enfin, il reste possible d’atteindre une immunité collective, mais pas seulement avec la vaccination​, estime Mircea Sofonea.

Cela implique de maintenir le masque et des formes de distanciation sociale en particulier sur certains territoires ​pour freiner le virus, et donc réduire les risques, au maximum.

« Pendant la pandémie de Sida, quand les scientifiques ont dit qu’il fallait mettre des préservatifs, beaucoup de gens ont répondu : D’accord pour l’instant, pendant un temps​, et finalement on a continué », renchérit Antoine Flahault. Il se peut qu’on continue à mettre le masque dans les lieux clos et les transports pendant pas mal de temps.